Enfer et dame nation

Illustration © Cyprien Luraghi 2019 - ICYP

Autant le dire tout de suite : pas plus que la Moutche sur le rebord de la fenêtre, je n’en ai quoi que ce soit à foutre de l’incendie de la grosse église moche parisienne. Des monuments morts j’en ai fait visiter un max au siècle passé, quand j’étais guide de voyages lointains. Avant ça j’avais carrément bossé deux ans aux Monuments Historiques. Les monuments me sortent par les trous de nez : ils me rappellent le boulot. Les monuments sont en quelque sorte la concentration et l’accumulation spectaculaires de pensées claniques, du simple menhir aux lieux de cultes mégalomanes, de toutes sortes de croyances mystiques gazeuses. Ou encore d’amassements d’œuvres d’artistes morts, pour la plupart devenus célèbres après avoir clamsé dans la mouise et l’indifférence générale. Ou alors on y vénère de répugnants holocaustes guerriers orchestrés par la goule appelée nation avec un grand n. Les monuments sont les lieux de festins cannibales, donc. Des cérémonies d’appropriation y ont lieu. C’est en leur sein que le quidam pense en ingérant ses victimes, s’emparer de leurs qualités, qu’elles soient d’ordre magiques − divines, disent-ils − ou artistiques. Car le quidam n’est pas gâté par la nature en ces matières. Alors il dévore, comme la Moutche le fait de ses souris et autres croquettes et moi de mon omelette. Tout en contemplant le monde qui va et vient dans la ruelle, sous la fenêtre. Pensivement.

E la nave va. (et merci à Dul pour le titre)

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