Loin de loin

© Cyprien Luraghi 1985/2018 - ICYP

La meilleure porte de sortie, c’est l’entrée des artistes. Quitter un monde grouillant, sur les nerfs dans sa plaine gangétique. Les foules survoltées comme sur les réseaux sociaux, s’émouvant de peu par effet de promiscuité contraignante. Emprunter la grand’ route afin de mieux la fuir elle-même. Puis les lacets des premières collines et leurs touffeurs. Les douceurs cachemiries, enfin. Plus haut encore au bourg à l’étape sur la ligne de cessez-le-feu, l’œil noir de feu et le ressentiment insensé des populations empreintes d’une hérésie barbue, qui nous perce. Les sentinelles de part et d’autre des ponts métalliques rouges et blancs, se grognant au museau, sur le pied de guerre. Les convois civils et militaires bariolés comme des coccinelles, arpentant la montagne sèche, une fois franchie la zone des moussons, et au troisième jour tout là-haut cet unique panneau planté avant la première ligne droite, œuvre d’un rond-de-cuir enfoui dans sa paperasse à la capitale. Les tympans qui résonnent encore longtemps après l’extinction du moteur, et lentement la scansion des pas martelés sur la caillasse du grand chemin. Et au soir se poser jambes croisées devant la flambée de genévriers. Conter la vie d’un bout du monde à l’autre en comité restreint, sirotant du chaud, minuscules loupiotes immergées dans le vaste et bel univers. E la nave va…

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