En noir et gris

Scan brut © Nono 2010

 

C’est la réflexion du fiston à propos de Frankenweenie que nous sommes allés sagement voir lui et moi au cinéma. De prime abord, ça m’a surpris ; et puis, en y pensant, je me suis dit qu’il n’avait pas entièrement tort le potiolo.[1] Pourquoi d’ailleurs parle-t-on de film en noir et blanc alors que les nuances de gris sont bien plus mystérieuses que le blanc immaculé ? Peut-être parce qu’il est un blanc maculé, ce gris. Le noir, par contre, effrayant, fascinant, remplit son rôle, du moins dans ce magnifique film d’animation de Tim Burton.

 

L’histoire. Victor, un petit garçon solitaire et féru de bricolages scientifiques, à l’imagination, disons, débordante, aime ses parents… mais surtout son fidèle cabot Sparky. Il se confie à lui, ingénument, pour toutes les choses de la vie. « Forcé » de s’intégrer à l’école, donc à la bonne société américaine, il daigne pratiquer le base-ball, suivi de son chien. Qui ne trouve rien de mieux que se faire écraser en allant chercher la baballe. Inconsolable, Victor ne se résigne pas pour autant à la mort Sparky. Tilt ! son prof de sciences, via une expérience qui consiste à faire réagir une grenouille morte par des décharges électriques, va lui donner l’idée d’une résurrection. 

Sparky

Il s’attelle donc à la tâche dans le grenier de la bicoque familiale, en secret. Tel Frankenstein, il va chercher son chien au cimetière et le ressuscite. Le clebs est suturé de partout, en perd sa queue de joie, sent un peu le rat mort, mais tout va pour le mieux… jusqu’à ce que d’autres enfants n’aient vent de ce miracle et se mettent à leur tour à faire revivre leur animaux fétiches morts… qui deviennent monstrueux et ne trouvent rien de mieux à faire que dévaster la bourgade. Victor et Sparky vont leur faire rendre gorge, non mais !©

 Victor et Sparky

D’aucuns n’en finissent pas d’enterrer Burton, de railler son manque de créativité, genre « il fait toujours le même film », gnagnagna… Des jaloux moi j’dis, des vieux dans leurs têtes ! Le scénario est haletant, les séquences s’enchaînent impeccablement, jusqu’au dénouement final hélas disneyen, seul bémol à ce conte en noir et gris, alternant tours de force, gags et moments émouvants.

L’animation, à l’ancienne, est superbe. Elle est un vibrant hommage aux grands noms des FX du 20e siècle, Harryhausen ou O’Brien entre autres. Les références burtoniennes sont multiples mais pas lourdes. De même, l’hommage au cinéma horrifique des années trente, notamment Frankenstein, donne une patine gracieuse pas nostalgique à la toile. La présence d’une tortue géante évoque l’épopée des Godzilla, plus récente. Enfin, le professeur, un Vincent Price « retravaillé » nous emmène dans un monde où le fantastique se voulait abracadabrant, avec ses visages grimaçants et ses corps torturés.

Une fois de plus, Tim Burton réussit la gageure de nous faire partager son monde, celui d’une enfance libérée des contingences matérielles, rêveuse, cauchemardesque et merveilleuse. Il est une sorte de grand frère resté au stade des débuts de la vie et conteur sage à la fois. Il s’adresse à nous sans arrières pensées, que l’on ait 8 ou 45 piges.

Affiche de Looper 

Bonus. Deux bonnes surprises dans le domaine de l’action movie : Looper et Skyfall. Le premier est film de science-fiction couillu qui raconte l’histoire d’un homme chargé de flinguer des hommes envoyés du futur par une machine à remonter le temps détenu par la Mafia. Tout se passe bien pour lui, jusqu’au moment où… il se retrouve en face de lui-même en plus vieux. Suspense, bastons, FX efficaces : une bonne toile. Le second est un Bond haletant et noir, dans lequel les personnages sont beaucoup plus fouillés que d’habitude : le méchant – Javier Bardem – est plus qu’équivoque et les scènes d’action, initiale et finale, sont particulièrement réussies. De plus, la James Bond girl se fait fumer au bout de vingt minutes, ce qui m’a particulièrement réjoui – oui, je sais, je suis sadique. Un agréable moment.

 Affiche de Skyfall

Vous pouvez, par contre, oublier le dernier Astérix, maniéré et mou du genou, les gags y tombent à plat, même s’ils se veulent hyper « pointus », c’est du sous Zucker, donc méga bof. Voilà, c’est tout pour ce billet. La bise à tous, même aux nouveaux ;-)

E la nave va…

  1. NDK : Nino dit « le potiolo », le fiston de lamorille. []
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