Eighties

Olympe de Gouges dans La Fée electronique - © Nam June Paik 1989 - tritouillé par Cyp.

 

Je sais pas si vous avez remarqué, mais depuis que la société du spectacle de masse s’est imposée au monde occidental, il est des périodes régressives durant lesquelles on se plaît à faire un tour en arrière, de 20 ou 30 ans; enfin les tenants des rênes de la com’. La nostalgie, ça paye avec des générations vieillissantes et bankables. En ce moment, c’est les années 80 qui ont le vent en poupe comme pour le premier film que je vais évoquer. Je me garderais d’aller voir le navet français Stars 80, la bande annonce suffisant.

Affiche de Stars 80

 

Ted a été un immense succès outre-atlantique, un tabac inattendu. Comme en Plouquie l’offre cinématographique étant particulièrement pauvre cet automne et que j’avais vaguement entendu parler de cette comédie régressive – adjectif qui automatiquement a sur moi des effets attractifs – je profite d’un mercredi triste pour aller tester. Première surprise, je suis seul dans la salle obscure, visiblement le succès n’aurait pas traversé l’océan. Curieuse sensation que d’être l’unique spectateur…

L’histoire. John a 8 ans dans les 80’s, il n’ a pas de copain, seulement un ours en peluche, Ted, auquel il se confie et qui, par le miracle d’un voeu exaucé après le passage d’une étoile filante, va s’animer et devenir vivant. Ted et John se jurent fidélité. Saut dans le temps, de nos jours. John a 35 piges et fument des bangs avec Ted sur son canapé. Lori, sa chérie, en a assez de cette vie qui n’a pas des sens, à savoir sans le mariage et ce qui va avec. Pour John, c’est le dilemme…mais bon, il choisit la meuf et se sépare de Ted, enfin pas vraiment ; dès lors les séquences comiques, enfin propres à la comédie américaine s’enchaînent : affrontement de milieux sociaux différents, scènes conjugales et rabibochages, bagarre dans une chambre d’hôtel où tout doit être cassé, fête entre jeunes….

Bon, quand on parle de comédie régressive, on s’attend à du lourd, du pas très fin, du prout, du pipi-caca, du potache quoi. Ici, à part quelques dialogues arrachant un vague sourire et deux-trois situations gagesques, le film hésite constamment entre comédie romantique, comédie trash, étude de moeurs, hommage appuyé à une décade, voire même au film d’action et… à force d’hésiter n’aboutit à rien. Sinon à l’enfilage de scènes hyper référencés 80’s : Flash Gordon en vrai et en vieux, musique ringarde, expressions surannées, danses disconisantes et défonce à donf.

Pire, seul l’ours joue convenablement son rôle. Mark Wahlberg a un charisme de crustacé, toutes les filles sont des abruties ou des nunuches arriviste; le récit débute et finit comme un conte Disney niaiseux. Les quelques écarts de langage et de situations, genre une fille a chié sur le parquet, comme ça, gratuitement, ne sauvent pas cette bande bien terne au pseudo-second degré même pas assumé.

Affiche de Ted

 

Les années 80, c’est cinématographiquement Maniac. Le film de William Lustig est un condensé du slasher urbain nauséeux et délétère. Son slogan : « Je vous avais dit de ne pas sortir ce soir ». L’histoire. Elle est vachement chiadée, un tueur en série hante New York la nuit et tue à l’arme blanche plutôt des filles, mais pas que. Il les scalpe et place méticuleusement les chevelures sur des mannequins qui hantent son taudis. Psychanalyse de bazar – ah ces mères autoritaires ! -, solitude urbaine, moiteur suintant des pores de Joe Spinell – inquiétant – et des murs sales d’une ville sans âme, absence de suspense quant au dénouement.

Affiche de Maniac

 

C’est hésitant, mal filmé, surjoué, plein d’erreurs et de faux raccords ; la perche du preneur de son se repère à quelques reprises, ce qui relativise la dramaturgie du moment, par exemple. Pourtant, la liberté de ton, le côté bouts de ficelle, l’agressivité et le péssimisme ambiant sont symptomatiques de ce genre à cette époque, qui donnera un chef d’oeuvre – Henry, portrait of a serial killer – ; pas d’humour noir, ni de références amusantes, du brut, du direct, du sang, des couteaux.

Affiche de Henry, portrait d'un serial killer

Mes 80’s vous paraîtrons peut-être bizarres. Ce que je sais, c’est qu’elles sont passées bien vite et que j’en retiens une sorte d’hymne funèbre : CLIC

 

E la nave va…

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