Flux continu

Une de plus, une de moins : c’est ça qu’est bien à la fin de l’année : ça sent le sapin, la bûche, la chaudière et la terre mouillée. Et les gadgets électroniques confectionnées en Chine Populaire scintillent de toutes leurs diodes luminescentes pour le plus grand plaisir des plus petits et la joie vibratile des grandes personnes au soir venu, les samedis.

C’est ça les fêtes : tout le monde offre du plaisir à tout le monde et se fait plaisir au passage.

Bon : j’ai tendance à voir ça de l’extérieur. Ayant pas mal vécu dans un pays où l’an neuf se fête quatre fois l’an[1] j’avoue m’en foutre un petit peu, de tout ce tralala de circonstance. Entre le solstice d’hiver et l’équinoxe suivant, c’est la nouba au pays des yétis. Bombance, dévotions et supplications à une infinie brochette de déités ; beaux habits et congrès familiaux.

Et puis il y a le bilan de l’année écoulée : tradition universelle s’il en est, depuis que l’écoulement du temps se mesure : à l’aube du temps des machines. La première mécanique a été celle des ancêtres de l’horloge atomique, c’est chose connue[2] : avant ça il fallait se contenter d’observer le ciel avec effroi et humer le fond de l’air dans l’angoisse en poireautant dans la caillante jusqu’à renifler enfin la première effluve des jeunes pousses dardant au soleil forcissant pour une raison ixe, plongeant la jeune humanité dans des abîmes de perplexité à intervalle régulier.

Là, les choses sont devenues simples, claires et nettes : au bout de tant et tant de temps : Nouvel An, donc bilan. Reluisant ou pas : bilan obligatoire pour tous. Nul ne doit y échapper sous peine d’excommunication. Un blogueur bloguant communique son bilan de fin d’année dans un billet spécial pour : j’ai vu ça partout sur l’internet. Où que je pousse la souris : rien que des bilans. Avec ou sans paillettes, petits cœurs animés et chatons débiles. Bilans super chiants de la presse économique ; exaltés chez les conspirationnistes pour qui c’est tous les ans la fin du monde ; consternants pour les consternés ; hallucinants pour les cinglés et tous autres bilans à l’avenant.

Quant à moi : dépôt de bilan.

Voilà : j’ai accompli le rite de passage d’un jour à l’autre. Il faut pas m’en demander plus : le grand bon vent propulse l’Icyp et chasse les miasmes du vent mauvais en flux continu, comme d’hab’. Belle et bonne routine ; doux ronron.

Je vous souhaite rien que du bon, toutes et tous : amour, amitié, de la rigolade à gaver, plein de sous, zéro gniasse pour vous pourrir la vie et l’éjection du gniaf au joli mois de mai, olé !

E la nave va…

  1. Dans la vallée de Katmandou il y a le Nouvel An des hindous, celui des bouddhistes, puis celui des Néwars et enfin le même que dans le lointain Occident. []
  2. Lire le bouquin passionnant de Daniel Boorstin « Les découvreurs » en vente dans toutes les bonnes librairies. []
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