zexploitationé

Extrait de Cannibal Ferox (animation © Cyp Luraghi 2011)

600, c’est le nombre moyen de commentaires chez l’ami cyp. ça doit être aussi, à la louche, le nombre de films dits d’expoitation couvrant un genre cinématographique spécifique. le cinéma d’exploitation, ou bis, ou b, ou z existe depuis l’enfance muette de cet art et certains spécialistes ont tenté de l’embrasser le plus largement ; en tant que fumiste notoire, je me contenterai d’évoquer l’âge d’or du cinéma bis italien des 70’s [en gros].

car s’il y a bien de fieffés [au sens premier] exploitants en matière de cinoche, ce sont bien les italiens. au moment où la tendance américaine s’enferme dans des genres spécifiques, comme la blaxploitation ou la sexploitation, l’industrie filmique transalpine les abordent tous, en surenchérissant à donf.

ça commence dans les années 60 avec une flopée de polars et de péplums pas franchement extras et des westerns velus, ça explose à la décade suivante avec l’horreur, le fantastique et l’érotisme. on cite souvent 68 comme étant la pierre angulaire de la libération des moeurs, soit, mais on omet souvent 69 et la nuit des morts vivants de george romero, qui allait libérer l’horreur. les producteurs italiens prennent conscience des capacités qu’ils ont en matière de financement, d’infrastructures et de liberté pour se lâcher.

c’est d’autant plus facile, que la main d’oeuvre est pléthorique et que le marché de la vidéo naissante laisse entrevoir de substantifiques profits. les niches ne sont pas fiscales, elles abritent de sacrés mâtins. la sexploitation ne sera pas mon propos : c’est très mauvais et voyeuriste. nunsploitation, nazixploitation, femmes en prison, comédies sexy, péplums trash. la réputation sulfureuse de ces films sera à la hauteur des déceptions de l’ado de base triturant, entre autres, son magnétoscope. de même, je n’aborderai pas le polar, se divisant en giallo (gothique, avec quelques chefs d’œuvres) et bande musclée (façon dirty harry).

de plus en plus glauque. dès les années 60, un genre horrifique spécifique se développe : le mondo. il s’agit d’un genre se voulant documentaire montrant des images chocs avec des commentaires soi-disant neutres. c’est très malsain, voire carrément raciste. on se doit de montrer de plus en plus, fini l’évocation ! il est donc logique que le film de cannibale succède au mondo ; on oublie qu’il fut un genre très…populaire et aussi objet de fantasme pour le jeune public : le dernier monde cannibale, cannibale holocaust [ruggero deodato], cannibal ferox, la secte des cannibales [umberto lenzi], cannibal apocalypse [antonio margheriti] sont les plus célèbres.

le film de cannibale possède des caractéristiques communes : c’est filmé à la serpe [pseudo-documentaire], le propos se veut ethnologique [il est raciste en fait], les cannibales mangent les entrailles et les viscères, souvent crues [oui la gastronomie anthropophagique laisse à désirer], la musique, omniprésente, est insupportable, disco ringard pour les scènes urbaines obligatoirement tournées à new york, synthé lourdingue pour les scènes de jungle [faut bien compenser l’absence de talent], des effets gores plutôt réussis [la moitié du budget du film].

le spectateur oscille entre dégoût et fascination. le film de cannibale est peut-être celui qui pousse à son paroxysme le genre horrifique, flirtant avec le snuff, le réalisme cru et les fantasmes recuits. très vite le genre périclite, les derniers avatars mettent « en scène » des cannibales vs des zombies [zombie holocaust] ou un anthropophage grec se dévorant lui-même [antropophagous], signe de la décadence. il est désormais confiné au marché du z, dans lequel a officié, par exemple, le cinéaste de référence en matière de nanar, bruno mattéi, décédé il y a peu, véritable objet de culte pour cyp et moi-même. et oui ! nous sommes mattéistes ! mais chut, c’est un peu la honte quand même. voilà, j’espère que vous me pardonnerez ce ton docte ainsi que d’avoir abordé ce sujet velu comme une araignée amazonienne. lamo.

e la nave va…

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