Pampa lotoise

Illustration © Pierre Auclerc 2009Évidemment, tout le monde ici sait très bien que ce n’est pas la pampa, mais c’est comme ça que disent ceux qui nichent dans les bois, sur la rive nord. J’en fus et puis je suis descendu dans la basse vallée avec la petite famille il y a cinq ans de ça ; bientôt six.

Dès que tu es paumé au loin, c’est la pampa ici. La nôtre était touffue, intime, secrète ; à dix kilomètres à peine de Puycity et de ses terres limoneuses où pousse la vinasse, de frustes aborigènes décortiqueurs de châtaignes et héritiers directs de Cro Magnon, mâtinés du sang des envahisseurs successifs, − Romains, Wisigoths et Anglois − s’épanouissent sur les coteaux de molasses érodées.

Le département du Lot n’existe que par décret républicain ; un petit bout de Périgord au nord, des plateaux blancs au Midi, peuplés de sauvages secs gobeurs de mûres et de pruneaux et croqueurs de brebis, et la vallée avec ses dynasties de notables pinardiers, ventripotents et consanguins. Et puis Cahors et ses usuriers lombards, les Cahorsins que Dante colle en Enfer dans sa Divine Comédie.

Mais je suis aveugle aux divisions administratives : il y a simplement ce pays où tout se côtoie et s’agrège et dans lequel je prends plaisir à vivre depuis le quart d’un siècle ; parce qu’il faut bien le dire et l’admettre : j’ai vu largement pire, en France. Peu de gens pressés, dans la pampa : tout tourne à gentil train-train et le quart-d’heure y fait bien sa demie, pesée bon poids sur la balance. Il n’est pas coutumier d’être ponctuel sauf pour quelques renégats, indignes résidents trop pressés de mal embrasser la vie, qui le mérite et se déguste en gascon : peinardement.

Autre plaisir que je n’y boude pas : le facho n’y court pas les rues et le nationaliste en est absent. Le travailleur travaillant plus pour gagner plus n’est pas non plus monnaie courante ; et la monnaie tout court nous avons peu, car l’industrie n’y a pas cours. Voilà : le Lotois n’est pas zélé ni industrieux : deux qualités fondamentales à mes yeux pour que je daigne poser mon sac quelque part. Les contrées septentrionales peuplées de stakhanovistes sarkolâtres, j’en ai soupé et n’en veux plus.

D’ailleurs, je pense fermement que faire l’apologie du travail est signe indubitable de trouble mental. Les livres sérieux parlent souvent de la rude vie de nos lointains ancêtres cavernicoles, mais ils mentent. Pareil que pour la vie de chien ; alors que le clébard de base n’en fout pas une rame.

Admirer le soleil caressant la forêt après la saucée dans la pampa lotoise et puis aller pisser un coup dans les buis pour en rajouter, c’est la seule chose qui compte.

 

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