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Publié en 1532 Proscrit en 2010

Hieronymus Bosch - Le Jardin des Délices (détail, source Wikimedia Commons) - 1503 / 1504

Adapté du moyen Français par mes soins, voici un petit fabliau extrait du chapitre XV du Pantagruel de not’ bon maître François Rabelais (édition de la Pléiade 1955).

Bien sûr, Rabelais trouverait de nos jours un éditeur sur papier… mais pas si facilement que ça sur l’internet − ce nouveau support de l’écriture. Une historiette telle que celle offerte à votre lecture aujourd’hui, serait immédiatement mise à l’index  en 2010 par les puritains, nos ennemis jurés de toujours ; ceux que nous appelons les biomormons.

Parce que de leur point de vue, cette fable rigolote comporte des scènes épouvantablement choquantes : ça saigne à mort, ça chie et ça pète, ça baise à tire-larigot, c’est atrocement zoophile …et gérontophile pour couronner le tout.

Rabelais ne tiendrait pas chronique sur Rue89 (magazine propre sur lui), c’est un fait. Ni ailleurs, fors Ici.

Comme la canicule échauffe les sens, éclatez-vous et foutez-en partout, dans la Joie et la franche rigolade !

Vot’ Cypounet, kondukator de croisade anti-puritains.

***

« Au temps où les bêtes parlaient (il n’y a pas trois jours) un pauvre lion se promenant dans la forêt de Bièvre[1] et récitant ses oraisons passa sous un arbre dans lequel était monté un vilain charbonnier pour abattre du bois.

« Lequel voyant le lion, lui jeta sa cognée et le blessa énormément à une cuisse. Alors le lion, clopin-clopant courut tant et à traque la forêt pour trouver de l’aide qu’il rencontra un charpentier, lequel bien volontiers regarda la plaie, et la nettoya du mieux qu’il put et l’emplit de mousse, lui disant qu’il esmouchait[2] bien la plaie pour que les mouches n’y fassent leur ordure pendant qu’il irait chercher de l’herbe au charpentier[3] .

« Ainsi le lion guéri se promenait par la forêt à laquelle heure une vieille sempiternelle taillait des bûchettes et amassait du bois dans ladite forêt ; laquelle voyant le lion venir, elle tomba de peur à la renverse de telle façon que le vent lui renversa robe, cotte et chemise jusqu’au dessus des épaules.

« Ce que voyant, le lion accourut par pitié pour voir si elle ne s’était  fait aucun mal, et considéra son …je ne sais nommer ; il dit:

« Ô pauvre femme, qui t’a ainsi blessée ? « Et ce disant, il aperçut un renard, qu’il appela, disant : « − Compère renard, oh dis : mate-moi ça, là. « Quand le renard fut venu, il lui dit: « − Compère, mon ami, l’on a blessé cette bonne femme ici entre les jambes bien vilainement et il y a une solution de continuité manifeste[4]. Regarde comme la plaie est grande : depuis le cul jusqu’au nombril, elle mesure au moins cinq empans et demi[5].

« C’est un coup de cognée ; je me doute bien que la plaie soit vieille. Pourtant, afin que les mouches n’y prennent, esmouche-la[6] bien fort, je t’en prie, et dedans et dehors.

« Tu as une bonne queue bien longue, esmouche mon ami, esmouche je t’en supplie, pendant ce temps je vais quérir de la mousse pour l’y mettre, car c’est ainsi qu’il nous faut la secourir l’un l’autre, Dieu le commande.

« Esmouche fort ; ainsi, mon ami, esmouche bien : car cette plaie veut être esmouchée souvent : autrement la personne ne peut être à son aise.

« Or donc esmouche bien mon petit compère, esmouche ! Dieu t’a bien pourvu de queue ; tu l’as grande et grosse à l’avenant ; esmouche fort et ne t’ennuie point.

« Un esmoucheur, qui, en esmouchetant continuellement, esmouche de son mouchet, par mouchves ne sera jamais esmouché. Esmouche, couillaud ; esmouche, mon petit bedaud ! [à ta place] je n’arrêterai guère.

« Puis il va chercher force mousse, et quand il fut quelque peu plus loin, il s’écria, parlant au renard :

« − Esmouche bien toujours, compère ; esmouche et ne cesse jamais de bien esmoucher, mon petit compère, je te ferais esmoucheteur à gages de la reine Marie ou bien de don Pietro de Castille. Esmouche seulement et rien de plus.

« Le pauvre renard esmouchait fort bien, et en dessous et au dessus, dedans et dehors ; mais la vieille pissait et chiait puant comme cent diables.

« Le pauvre renard était bien mal à l’aise, car il ne savait de quel côté virer pour évacuer le parfum des pets de la vieille ; et alors qu’il se tournait, il vit qu’il y avait derrière encore un autre pertuis[7], pas aussi grand que celui qu’il esmouchait, dont lui parvenait ce vent si puant et infect.

« Le lion finalement s’en revient, portant plus de mousse qu’il n’en tiendrait en dix-huit balles[8]. Il commença à en mettre dans la plaie à l’aide d’un bâton, et y en avait déjà mis seize balles et demi et s’ébahissait :

« − Que diable ! cette plaie est profonde : il y entrerait bien plus de deux charretées de mousse.

« Mais le renard l’avisa : « − Ô compère lion, mon ami, je te prie, ne mets pas ici toute la mousse, gardes-en quelque peu, car il y a encore ici dessous un autre petit pertuis qui pue comme cinq cent diables. J’en suis empoisonné de l’odeur tant il est punais[9]. »

 

  1. Fontainebleau []
  2. Esmoucher = s’escrimer ; ramoner, astiquer, baiser, dans son sens grivois. []
  3. Du millefeuille []
  4. Évidente. []
  5. Plus de un mètre vingt. []
  6. Voir note N° 2 []
  7. Trou. []
  8. Ballots. []
  9. Puant. []
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