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En bande de bande

Photographie de Paul Grély - 1954 © fonds Auzanneau - ICYPSalut bande de bande ! À l’heure où j’écris ce petit billet, le 444 444ème commentaire s’apprête à être pondu icy. Comme les malheureux lecteurs ne peuvent lire que les billets, je vais me charger de leur filer quelques nouvelles de nos petites pommes. Histoire qu’ils ne soient pas trop frustrés, car la frustration peut mener tout droit à la folie furieuse. Donc d’abord : tout va bien à bord de notre petit navire. C’est encore l’été alors on se la coule douce en en foutant le moins possible à traîner des savates. Certains d’entre nous sont rentrés de leurs vacances et ils turbinent en tirant peu ou prou la gueule. C’est d’un banal, mais il convenait que ce fut su. Pour ce qui me concerne, j’ai passé l’été à réparer les ordinateurs de mes clients : c’est super original. Pour l’anecdote − totalement croustillante − : d’ordinaire au mois d’août c’est le calme plat mais grâce au nouveau Windows qui a planté plein de machines, les clients se sont pressés au portillon. Je remercie donc Bill Gates une fois de plus : ce bienfaiteur de l’humanité m’aura encore fait gagner plein de sous-sous cette année. Je remercie aussi les orages de la fin du mois dernier, qui ont eu la gentillesse de carboniser quelques ordis de mes clients adorés.

Sinon pour le reste, nous ourdissons toujours des tas de complots pas croyables, à l’abri de vos yeux indiscrets et de vos oreilles poilues : les déconnologues de la Franc-Limaçonnerie ne sont jamais en reste pour ce genre de conneries : entre l’invention du levier à renverser le monde et celle du jeu de mots ultra pourri capable de transformer en cake aux nouilles le plus robuste des militants national-fiontiste. On a aussi créé plein de nouveaux slogans démoralisants : c’est toujours bien d’en avoir quelques uns d’avance pour monter au front. C’est qu’on ne se bat pas avec des manches de pioches ou des kalachnikovs, nous autres, mais en balançant des bêtises à la tronche des fâcheux. Qui sont de tous bords de nos jours tant la confusion est à son comble…

La Grande Désabusion approche ! Rajoutons-en !

…E la nave va, les aminche(tte)s !

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C’était mieux avant

Ma pomme devant la plaque de la rue Boris Vian à Paris.

Quand j’ai vu la plaque, je me suis dit : oh putain… jusqu’au bout ils te le classeront paria, le père Boris, même overmort. La rue Vian à Paris, elle est pas possiblement moche. Elle renifle le vieux pissat de zombies élimés et le vomi demi-sec des sans toits qui dorment dans ses encoignures, furtifs, la nuit venue. 

C’est même pas une rue, celle qu’ils ont fourguée à Boris, mais de nos jours faut pas trop chercher à comprendre : le sens des mots est devenu imprécis et vague comme ce monde errant dans l’espace sans autres dieux que caricatures, ni but. C’est une espèce de volée de marches d’escaliers, la rue Vian. À quoi elle mène, et d’abord : à quoi ça rime tout ça : ces immeubles neufs et déjà branlants ; cette misère toute fraîche comme une couche de peinture sur une merde. Ce fumet de thénardier suintant par tous les pores du béton maigrelet. C’est ça, le XXIe siècle : du vieux pauvre qui pue, ripoliné. 

Je me souviens de notre ancien propriétaire qui répondait à chaque fois que je lui demandais : alors comment ça va ? Comme un vieux, ça va. Avec un air de chien battu, les yeux las. Il était comme ce nouveau siècle : triste à crever. Sans idée, sans rien dans le bel emballage : que de la poussière et cette odeur nitrée émanant des vieux bouquins qu’on ne lit jamais plus dans la bibliothèque. 

C’était mieux avant, tant qu’à faire : au moins les choses étaient claires. Y avait pas l’eau chaude au robinet, ni le RSA et pas d’assistantes sociales à l’horizon. Pas non plus de cellules psychologiques, ni d’internet. Pas de peinture fraîche tartinée sur la misère ; pas de rideaux masquant le vide constitué par une brochette d’avachis se gavant de télé poubelle et de cahuètes en commentant les actualités face à un écran coloré. 

C’était mieux avant parce que Boris Vian n’était pas une non-rue, mais un artiste vivant dont tout le monde se foutait bien en ce temps-là, sauf ses amis zazous. 

Je dédie ce billet à Michelle Vian et aux SDF de la rue Vian à Barbès. 

E la nave va…

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Mise en boîte

 

Les vieux sont d’un âge avancé et les jeunes avancent en âge, de concert. Parce qu’il ne faut plus dire vieux, mais senior ou personne d’âge avancé dans la langue nouvelle, sans cesse renouvelée par des commissions créées pour notre plus grand plaisir, citoyens. Pendant ce temps-là tout le monde avance en âge, même les bébés. 

Le franc-limaçon aussi avance, glisse et s’immisce caparaçonné suant mucus sur sol sec, à défaut de rosée sur mousse. Et suce le suc aux joubarbes, tire les poils des pattes aux barbus et râpe de sa langue le duvet des velus, leur amollissant le cuir. 

Le franc-limaçon est une espèce d’anarchiste à part. Un anar dont les anars de gauche disent qu’il est un anarchiste de droite et que les anars droitistes définissent comme anarchiste hippie. Donc de gauche forcément… le hippie étant l’espèce la plus universellement méprisée avec le zazou. Dont il est l’héritier direct, fors l’accoutrement. Or donc pour trancher cette interrogation provoquant tant de céphalées chez les emboîteurs forcenés cartésiens en diable, je décrète le franc-limaçon comme étant un anar centriste. Comme ça les emboîteurs seront heureux de pouvoir nous coller dans une boîte avec une étiquette dessus. S’ils ne peuvent pas emboîter, étiqueter et ranger sur des étagères ils sont malheureux comme des pierres et deviennent très méchants, voire fous comme des lapins. Ce que nous ne voulons pas, car les anarcentristes de la franc-limaçonnerie ne désirent qu’une seule chose : le bien de l’humanité. Notre seul ennemi étant l’inhumanité, laquelle se manifeste malencontreusement dans bien trop de carapaces à formes humaines. 

Le franc-limaçon est majoritairement un bobo [1] , aussi. Enfin : c’est les emboîteurs qui disent et il ne faut surtout pas les contrarier sinon ils échouent invariablement sur Overblog où ils ouvrent des tas de blogs paranoïaques et conspirationnistes dénonçant le complot franc-limaçon satanopédotrotkyste bobo situationniste à la solde de la juiverie cosmopolite multiculturelle chelou[2] . Nous sommes grassement payés par le Dalaï-Lama et sa clique, tout le monde sait ça. Car le franc-limaçon est juif, mais bouddhiste renégat de surcroît. Prévoir une grosse boîte pour fourrer tout ça dedans. Mais les emboîteurs ont toutes sortes de boîtes à leur disposition et je leur fais confiance : ils sauront nous y coller… comme nous saurons nous en carapater, hé hé ;-)

Une autre illustration de Philoche se trouve ici : CLIC. Ce billet a été intégralement pondu à partir de commentaires recyclés à bilan carbone déplorable, provenant du fil de discussion précédent. 

E la nave va…

  1. Le bout de discussion qui cause des bobos se trouve sur le fil précédent, ici : CLIC []
  2. Éventuellement pro-palestinienne et pro-tibétaine, tant qu’à faire… []
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Au feu rouge

 

La politique fait partie des trucs qui m’emmerdent au plus haut point : tout autant que la religion dont elle a hérité de toutes les tares. Culte du chef ou du gourou, éloge du sacrifice et abdication du libre arbitre  à son profit ; enfin : au profit de la Cause. 

Et puis la politique, c’est un truc pour les grands… d’ailleurs c’est tout petit que j’entendais les grands en parler et ça ne faisait pas vraiment envie. D’abord je n’y comprenais rien, et puis ça s’engueulait ferme sur ces sujets qui à l’époque − les années 60 − étaient De Gaulle et la guerre d’Algérie, et puis mai 68 : j’avais dix ans. 

C’était très vague. Ça causait aussi énormément de la guerre contre Hitler, forcément, et puis de ce salaud de Mussolini puisque s’il y avait un point sur lequel tout le monde était d’accord dans la famille du paternel, c’était bien celui-ci : tous farouches antifascistes épidermiques ils étaient. Et rouges, ça va de soi. Et ça alla de soi que plus tard et de manière chromosomique, j’en sois un moi aussi, tant qu’à faire. Comme d’autres qui sont nés dans des familles de catholiques pratiquants… ce que les vieux n’étaient pas, bien qu’ils nous aient envoyés nous faire chier à la messe chaque dimanche. 

Coco et catho ça va bien ensemble. Ça procède de la même essence en réalité : ça veut un homme meilleur dans un monde meilleur plein de travail obligatoire, et gratuit ; laïcards d’un côté et culs bénis de l’autre : voilà leur but ultime commun et avoué ; seule la méthode diffère un tout petit peu ; d’ailleurs elle est pomme de discorde et il ne faut pas s’étonner que les anticléricaux les plus virulents, soient des curés honteux dans toutes leurs façons. Sauf que le monde meilleur hé ben tintin, et pour ce qui est de l’homme amélioré itou : ce que je voyais autour de moi n’en était pas l’exemple et c’est peu de le dire. D’ailleurs je n’en dirais pas plus ce soir : ce n’est pas encore opportun. Vaut mieux pas. 

Or si j’ai très tôt apostasié ma religion de naissance[1] ça m’a pris plus de temps à réaliser que le paradis rouge n’était pas plus tangible que le jardin d’Éden. Et qu’il avait l’air tout aussi chiant. 

Donc j’ai été jeter un œil à d’autres crèmeries, toutes à gauche puisqu’il est difficile de changer la place de son cœur au creux des poumons. Ceux qui s’y essaient y laissent bien plus que la peau. Ainsi Hulk et irrémédiablement de droite comme je suis invariablement de gauche, et ce n’est pas parce que quelque vengeur masqué planqué derrière son masque de carnaval sur un forum, beuglera que je ne le suis pas, que ça changera quoi que ce soit à l’affaire : c’est comme ça et pas autrement. 

Il y a toutes sortes de gauches. Donc dans le tas, je devrais trouver celle qui me conviendrait à coup sûr. Hé non. Y en a pas une pour racheter l’autre. Et pourtant j’ai bien cherché. Ma famille politique. Il en faut une il paraît, comme une religion. Il faut adhérer peu ou prou à un dogme, se conformer à une doctrine sinon tu n’existes pas : c’est marqué dans les livres sacrés. Qu’il faut avoir lus ; mais j’avais déjà bien donné avec la bible du curé, alors me farcir la prose des flopées de grands penseurs de la gauche, il n’en était pas question. En plus c’est chiant comme pas permis et sans la moindre scène d’orgie : pas le moindre pharaon à l’horizon chez Marx et compagnie, pas l’ombre d’un duvet de mousmé potelée et nul prophète squelettique halluciné scrofuleux : rien que de pénibles almanachs rédigés en pattes de mouches par des petits comptables pète sec. 

Si tu n’adhères pas à une religion politique, tu n’as pas voix au chapitre : c’est ça le truc. Or j’aime à donner mon avis sur ci et ça sans tenir compte du prêchi-prêcha du ratichon perché en chaire, ou des beuglements du tribun crachotant au pupitre à la Mutu.

Postillon et goupillon… 

 

J’ai si peu d’emprise sur les grandes choses, étant resté tout petit, de toute façon. C’est qu’on n’a guère de choix en étant catapulté dans la cour des grands à quatorze ans[2] : ces grands qui resteront des étrangers tout le temps. Ces grands qui pensent le monde et veulent à tout prix le conformer à leur image, le façonner, le dominer et surtout : te l’imposer.

Carotte et bâton. 

 

Dans les églises, les hommes doivent se découvrir  le chef et les femmes se le couvrir ; manières de soumission. Il en va de même dans les écoles politiques : tu te soumets à leurs lois ou tu te casses. Debout ! les damnés de la terre ! …certes ; et c’est un bien joli programme, mais tout d’abord il faut ployer l’échine sous le joug des règlements internes. Très peu pour moi. Et n’allez pas croire : chez les anarchistes c’est le même plan à la con. Ils ont des dieux, des maîtres, des césars et des tribuns comme partout ailleurs. Ils en ont un peu honte, c’est tout. 

À gauche ils sont comme à la droite ; d’ailleurs ils lui ressemblent terriblement, j’ai bien l’impression. Aux extrêmes, ils se foutent sur la gueule à coups de barres de fer entres fafs et antis, voire posent des bombinettes et sulfatent à la kalach mêmement. Et plus ça va au mitan du spectre politique, plus ça s’affadit en un camaïeu d’épais fessiers roses pâles et de chemisettes bleu ciel. Avec une cravate cramoisie pour faire bon effet : S.P.Q.R. et tout le tralala, la grande gueule en avant. 

Le seul truc bien avec la religion de gauche, c’est qu’il n’est nul besoin de l’abjurer : l’excocomunication se fait de manière naturelle, tant c’est instinctif chez ses adeptes, que de prôner l’amour de son prochain en le foutant au pilori − quand ce n’est pas au bûcher. 

Hérétique et zazou.


Résister au feu comme salamandre et passer son chemin : c’est ça le truc.

E la nave va…

  1. C’était la religion des cathos, mais ça aurait été pareil avec n’importe quelle autre. []
  2. C’est l’âge auquel je me suis cassé de chez les vieux pour de bon. []
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LA BANDE À CYP

 

Dans mon billet précédent, je me foutais de la poire des jérémiades du Yéti − blogueur sur Ubu89 − et bien évidemment le Yéti n’a pas apprécié : c’est logique. Je n’écris pas pour plaire et ne m’attends pas à autre chose que d’en prendre plein les lunettes en retour. Lire ce qu’il nous m’envoie dans les gencives ici : CLIC.

Bonne poire pour sûr, ma pomme… et j’en ai une bonne en retour aussi, de poire.[1] Chargée à l’acide satirique.

Mais bon : je suis pas tout seul dans ce cas parce que nous sommes une bande − ou meute − et que j’en suis de manière connement naturelle, le chef désigné par les tristes poires et autres phénomènes gniasseux. Mais une bande de quoi ? et qui sont ces désignateurs ?

D’abord un désignateur vise le chef désigné, sinon ça n’en est pas un. Vachement pratique, le chef désigné : ça évite de trop réfléchir. M’enfin j’assume : puisqu’ils le disent tous autant qu’ils sont, ces gniasses, alors pourquoi ne pas être un vrai chef de bande comme ils disent si bien ? Ou mieux, de meute : les désignateurs adorent parler de meute, pour désigner les déconnologues distingués se foutant de leur poires ridicules en ribambelle.

Si c’est le prix a payer pour le ticket d’entrée à la cabane de foire pour le jeu de massacre de ces pompeux cornichons à la chantilly cloutée : je suis leur homme, toujours partant ; leur blouson noir, hippie, immobiliste railleur,[2] anarchiste de droite,[3] sataniste pédotrotskyste à revenus occultes, harceleur de harcelées professionnelles[4] et tout ce qui leur passera par la tête : plus ce sera gros, plus ça me fera rigoler et comme le rire est bon pour la santé, hein…

***

Au début j’ai eu un peu de mal à m’y faire : c’était surprenant et assez désagréable de s’en manger plein des dents gratis, parce que Machinette ou Bidulon de l’Icyp, s’étaient attirés les foudres de Cacador et Indignette sur le forum d’Ubu89 alors que j’y étais même pas [m’ sieur Pion].

Mais là je le dis tout net : ça m’amuse beaucoup. Ce petit bal masqué ridicule qu’est l’internet pour la majorité des gens qui s’y exhibent. Ce théatricule sur la scène duquel ça se pose là, chacun bien campé dans son rôle et sérieux comme pape. Sérieux : c’est ça leur truc. Si t’es pas sérieux t’es foutu, de nos jours. Le monde est une affaire sérieuse et il n’est pas question d’en rigoler sinon couic.

Même à propos d’articles parfaitement débiles, il faut écrire des choses sérieuses et deviser doctement de ces débileries avec des connards masqués pontifiants à mort. Sinon bye bye. Les vengeurs masqués rappliqueront et se chargeront de vous tailler une e-réputation sur mesure. Je sais tout ça : tapez mon nom sur Google et vous pigerez vite que le Luraghi de l’Icyp est au moins aussi vil que Blondeau Georges Jacques Babylas.[5]

Or donc ça a non seulement fini par me foutre la bonne humeur au beau fixe, mais aussi à m’épater de manière permanente en constatant que mes désignateurs les plus fervents, étaient de toutes sortes : de l’intellectuel bobeauf de gauche enculturé à la bignole sous neuroleptiques abrutie devant sa télé poubelle en passant par les cas psys tamponnés sur l’œuf.

Justement : c’est cet édifiant spectacle de ces désignateurs si unis dans leur cause commune qui me réjouit tant : quel plaisir délicieux que de les voir dans le même sac, en effet. Je tiens là le bon bout de la queue du Mickey au manège : c’est qu’ils se prennent tous au sérieux, eux.

Pas moi, pas nous : Ici on se fend la poire pour un rien, et même qu’on se gausse des malheurs du monde parce qu’ils sont bien assez chiants comme ça et qu’on n’y est pour rien. Et moi au premier rang en bon chef de bande de zazous.

Jusqu’ici sur Terre
Un homme pouvait être
Blanc ou noir ou jaune
Ou rouge et puis c’est tout
Mais une autre race
Est en train d’apparaître
C’est les Zazous, C’est les Zazous…

(Brigitte Fontaine : extrait de « Zazous »)

E la nave va…

 

  1. À gauche sur l’illustration. []
  2. © Kebra []
  3. © Brogilo []
  4. © Jexomil, Pipirella et la Gloglo − voir dans le Lexique []
  5. Le vil Vil dans les œuvres de Marcel Gotlib : CLIC []
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