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La Transparence qui couine

Illustration © Pierre Auclerc 2010Fini le souterrain : tous sous les projecteurs. Pleins phares dans la gueule et étalez-vous les tripes à l’air, et qu’ ça saute.

Et sous caoutchouc : bien transparents et transpirants, comme bites sous capote. Un monde-latex, lisse et laissant transparaître sa viscère ; bien consentant ; qui se rend au boulot dans d’infâmes embouteillages en pleine tempête de neige en s’enquillant dans les carambolages la joie au cœur, d’aller se faire pomper les meilleures années de sa vie en openspace : la promiscuité contraignante à l’état brut, pire qu’à Çatal Höyük où ils vivaient pourtant tassés comme en caque, les ancêtres du genre urbain.

Plus transparent qu’une grosse de bureau[1] qui couine sous les néons d’un openspace, il y a quoi ? une vieille souris qui stridule en agonisant au grand soleil, et encore. Et quoi de plus caoutchouteux et, osons le dire : visqueux ? Le petit comptable. Oui : le petit comptable. Pas mieux que la grosse de bureau, le petit comptable : un fléau.

Tous les ans à pareille saison la grosse de bureau et le petit comptable parlent de la neige en hiver. Ça les émeut plus sûrement que les grands malheurs du pauvre monde. Qui malgré le flot continu de dépêches d’ambassades déversé par WikiLeaks, l’indiffèrent. Tout est tellement normal dans le normonde : celui dans lequel le travail est la règle, et l’inutilité d’icelui patente dans nombre de cas. Parce qu’il faut voir les choses en face : on peut très bien se passer de la grosse de bureau et du petit comptable : ils ne sont là que pour la décoration, et ils décorent très mal.

Il y a de la neige en hiver et ça glisse, et le concours de miss à la télévision. Et WikiLeaks. Le 5 décembre 2010, c’est réglé comme du papier à musique : il y a ça et quelques autres trucs à lire dans la presse mondiale, mais rien de fracassant. Encore que des myriades de cols du fémur se fracassent, rapport au verglas. Si seulement la grosse de bureau et le petit comptable pouvaient se faire un col du fémur, mais même pas : opiniâtres comme ceux de Stalingrad, ils n’ont pas froid aux yeux dans le blizzard. Ils vont bosser. On se les farcira toute la sainte journée.

Leurs chaussures couinent en patinant sur la neige mouillée sous l’œil bienveillant des caméras à rayons X du ministère qui voit tout leur dedans : le grand néant.

E la nave va…

Sur des idées de Banana, Manue, Numerosix et compagnie… ICI et .

 

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  1. © Numebert VI. []
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SELF SERVICE

Animation maison extraite du film Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1982) On n’arrête pas le progrès. Qu’on dit. Mais est-ce qu’il va bien droit devant comme il devrait, le progrès ? ou est-ce qu’il fait la toupie en se bouffant la queue et tout le reste jusqu’à la disparition ? Comme Ginkoland, il m’est avis que oui. Pas comme l’ouroboros des anciens : je l’entends d’Ici qui se grignote, le progrès qui progresse dans son œuvre de suicide nihiliste, le progrès de l’Humanité.

Au passage il se fait jouir les papilles, le progrès. Et puis il n’y a plus rien. Que le goût du sang de guerre et l’amertume de la poudre explosive. Le sentiment de l’inutile après un effort gigantesque, pantelant et vide ; prêt à gober des cachetons pour se faire la nuit et le jour plus opaques et sirupeux : le Sheol ; un purgatoire sans trop de peine et fort peu de plaisir.

On n’arrêtera pas le progrès. Il sucera jusqu’à la dernière goutte de pétrole dans les sables profonds et les fosses marines, et puis il n’aura plus rien à sucer alors il s’ingérera lui-même. Il en aura pour un bon bout de temps encore parce qu’en deux gros siècles, le progrès a super pris de l’embonpoint. Il est gras comme une loche, le progrès, au point d’étouffer en s’auto-cannibalisant.

On n’a pas le choix : c’est le progrès ou rien. Qu’on nous dit. Mais en y réfléchissant un peu, on voit bien qu’il va droit au rien de rien, la mâchoire et les crocs en avant. On le voit bien tous les jours en ouvrant le journal, surtout ces derniers jours : le progrès c’est la mafia, les armes, la dope, les putes, le pouvoir politique corrompu jusqu’au trognon. Partout ou quasiment.

C’est ça qui envoie de la chair à canon à l’autre bout du monde au nom de la démocratie. Qui délocalise en Corée du Nord et fraternise avec les princes dictateurs pétrolifères. C’est ça qui nous gouverne, ça que la plupart des gens suivent aveuglément, sans se poser d’autre question que l’heure de la diffusion des concours de miss.

Ça, c’est l’idéal de vie qu’on nous impose : le progrès laïc, gratuit et obligatoire. Encore que pas si gratuit que ça.

Et rien à l’arrivée : le Sheol pour tous.

Et merci à Wikileaks.

E la nave va…

 

Publié dans Billet Express, Binosophie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , , , , | 590 commentaires
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