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Fucking class hero

 

Il n’y a pas que le cul dans la vie. Mais un peu pas mal tout de même. Sans sexe, que serions-nous sinon des espèces de tristes myxomycètes ? Sans sexe, pas de déconnologie : au grand dam des biomormons − ces saloperies de puritains des temps modernes − les grosses blagues de cul nous font rire grassement. Le cul est un des ciments liant ces êtres si différents les uns des autres que nous sommes. Et il est aussi à l’origine des toutes premières discussions de joyeux drilles partant en vrille qui nous caractérisent et que le monde entier nous envie − nous jalouse : je le dis tout net. 

Or donc tout a démarré en 82 quand les DNA avaient lancé l’expérience Grétel : l’ancêtre du Minitel. C’était gratuit et réservé à quelques dizaines d’utilisateurs, dont une vieille copine − pseudonyme : Gnominette − qu’était en manque de mec. Ce réseau expérimental n’avait pas été conçu pour la discussion, mais un bidouilleur ingénieux eut vite fait de trouver le moyen d’arranger ça : le premier forum de discussion venait de naître. Et dans la foulée le premier pseudonyme olé-olé apparut : « Peggy la cochonne ». Le succès des messageries roses a culminé avec le célèbre 3615 ULLA à partir de 1988 : une usine à pognon. 

Aux USA, les premiers groupes de discussion de Usenet balbutiaient, à la même époque. Mais le concept était autrement plus affriolant que celui du Minitel : gratuit, totalement décentralisé et sans modérateurs. Les premières années les forums étaient purement techniques : échanges entre profs de facs et informaticiens principalement. Et puis des étudiants ont commencé à y accéder[1] et là tout a basculé. 

Au commencement Dieu créa les étudiants en rut et les ordinateurs, et Il les connecta entre eux…

Il y eut trois groupes de discussion débridées initiaux : alt.sex, alt.sex.stories et enfin : alt.sex.bondage. C’est sur ce dernier que les premiers déconnologues distingués − nos vénérables ancêtres − ont commencé à sévir et à TOUT inventer. Le hors-sujet d’abord, sans lequel nous ne serions pas : en effet ce groupe était dédié au BDSM[2] sujet maintenant facile à aborder, mais qui ne l’était pas du tout à l’époque. Donc tomber la cravache cravate et causer de frichti était aussi salutaire que quand nous autres sur l’Icyp, passons de débats philosophico-politiques à la recette du poulet aux asperges.

Et puis le plaisir d’écrire en ligne, de bien tourner ses phrases, de faire des bons mots ou des calembours débiles, de publier des histoires réelles ou inventées : plusieurs grandes plumes s’y sont affûtées, dont celles d’Elf Sternberg [3] et Mary Anne Mohanraj[4] : l’internet, c’est l’écriture comme je dis souvent. Et quelques autres tout aussi douées, restant anonymes… dont les fameuses Saltgirl et STella. Saltgirl a été la première à parler ouvertement sur le réseau, de sa sexualité très particulière en termes directs et crus, en s’affichant souvent avec son vrai nom, prenant des risques considérables dans une Amérique puritaine. Et STella a tout simplement inventé le raout déconnologue : ça s’appelait un burger munch, néologisme plus tard abrégé en munch [5] : une réunion de joyeux convives autour d’une tablée de hamburgers mitonnés, au resto du coin. Dans ces raouts ça ne causait pas spécialement de cul, bien au contraire : c’était une manière de prolonger les papotages du forum et de se claquer la bise pour de la vraie. 

Pour qu’un forum pulse, il faut tout ça et encore et surtout : que les gens y soient les plus divers possibles. Ce qui était le cas de celui dont je cause : il y avait des intellectuels, des midinettes, des gros ploucs, des dandys, des scientifiques, des patrons de grosses boîtes, des petits employés, des chômeurs, des super branchés sadomasos californiens et des infirmières collet monté de l’Indiana. Des vieux, des jeunes, des fauchés et des rupins. Des républicains, des démocrates et des gauchistes dépenaillés. Pas de fachos : ces gens-là n’étant pas des bons vivants. Et un mécano : le leur s’appelait Michael et arrangeait le coup quand le serveur déconnait, ou que quelqu’un galérait pour publier un texte un peu trop long. Plus c’est mélangé, mieux ça marche : règle numéro un. 

Les trolls n’existaient pas encore, et personne ne cherchait alors à péter plus haut que son cul comme ça se fait de nos jours sur tous les grands forums : il n’y avait que 2300 commentaires par jour, publiés sur la planète entière en 1989, émanant de quelques centaines de personnes. C’était bon enfant et pourtant les sujets abordés étaient profonds et graves, bien souvent… entre les parties de rigolade salvatrices. 

23 ans plus tard je suis assez fier que l’Icyp soit ce qu’il est : un des bons fruits de cette bonne graine. J’y suis pour pas grand-chose, n’ayant fait que respecter mon credo personnel d’électron libre en mettant mes petites idées à l’œuvre sur le terrain, comme toujours. Alors bien sûr c’est différent : tout le monde ne fout pas les pieds sur l’Icyp, c’est clair. Je bloque le portillon d’entrée comme bon me semble. On n’est plus au siècle dernier : il suffit de voir ce que sont devenus ces antiques forums de Usenet que je cite dans ce billet, pour se rendre à l’évidence : c’est pourri de spam et c’est la foire aux trolls depuis au moins quinze ans. Ici n’entrent que des gens bienveillants et bons vivants, ne cherchant pas noise à leur prochain, lui fut-il opposé en tout ou quasi : c’est le seul et unique critère. Une fois dans la salle : « fays ce que vouldras »… et pour celles et ceux qui penseraient connement que ça voudrait dire que l’Icyp est un forum libre et sans borne, qu’ils se détrompent vite en lisant lentement comme on déguste un grand cru, les chapitres dans lesquels Rabelais parle de l’abbaye de Thélème. N’entre pas qui veut. 

***

Et il y eut l’Infirmière Jones − Nurse Jones − et plus rien ne fut comme avant. Elle a été la première à réaliser ce qui allait se passer… enfin : elle s’est légèrement gourée tout de même, l’internet en gésine n’allait pas devenir que l’instrument de la thérapie planétaire dont elle rêvait, hélas. J’ai passé pas mal d’heures la nuit dernière à retrouver ce commentaire… culte :

26 octobre 1991
Sujet : N’est-ce pas curieux

De l’Infirmière Jones :

Jadis, avant d’avoir lu Saltgirl, je pensais être une perverse solitaire isolée. Puis j’ai lu ASB[6] et découvert qu’en fin de compte je n’étais pas si malsaine que ça. En fait j’ai même été choquée et (si j’ose) : débectée par certains commentaires.

N’est-ce pas curieux que désormais je sois devenue désireuse de tolérer − voire de comprendre − les perversions des autres, de manière à trouver un foyer pour mes propres perversions. Pensez-vous qu’il soit possible que l’idée sous-tendant les discussions du type de celles d’ASB ou genre, soient les prémisses de quelque chose de gigantesque ? D’une thérapie de la tolérance pour le monde entier ? Si une pedzouille prude/perverse du Midwest telle que moi est devenue capable d’apprendre la tolérance, alors peut-être qu’un jour des milliers d’autres personnes, apprendront à leur tour qu’elles ont leur place dans le monde en parlant − sous anonymat pour certaines − au reste du vaste monde, ainsi.
Quelqu’un devrait se soucier de sauvegarder tout ce qui se dit ici. 

Imaginez : vous pourriez avoir été ici alors que Freud, Darwin ou Einstein étaient en train de faire des expériences et d’être à l’origine d’une IDÉE GÉNIALE. Le concept de thérapie planétaire est fabuleux. Si ça devait arriver un jour, quelqu’un écrirait un bouquin sur comment tout ça avait démarré, à tous les coups…

Désolé, c’est vendredi soir et il est bien tard, et comme toutes les fins de semaine j’ai tendance à faire de la philosophie à trois balles.

L’Infirmière (C’est qui c’te dame toute vêtue de blanc/Libère mon peuple[7] ) Jones

Tout y est dit, je trouve ;-)

Et dans la foulée, je remets en ligne son récit autobiographique − le plus ancien jamais publié sur ce support flambant neuf − : La Liste. Je l’avais traduit il y a douze ans. C’est… chaud chaud chaud… et très marrant, vous verrez : il faut faire un réel effort pour se plonger dedans mais vous ne regretterez pas  :  CLIC !

Sur des idées de Marina, Mon-Al et Paul Durand, dans les commentaires du précédent billet : CLIC

E la nave va !
  1. Depuis leurs facs : les ordinateurs coûtaient une fortune. []
  2. Acronyme inventé sur alt.sex.bondage en 1991. []
  3. Auteur de SF et de romans érotiques. []
  4. Une des auteures de romans et nouvelles érotiques les plus célèbres mondialement. []
  5. Se prononce « meunnche » : onomatopée reproduisant le bruit de la mastication d’un hamburger. []
  6. Le newsgroup alt.sex.bondage []
  7. Parodie du gospel song « let my people go ». []
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Nouvelles lumières

Il y a les mauvais côtés de la circulation globale des idées et des denrées : la gloubiboulguisation ; et puis les bons : le temps des nationalismes belliqueux vit ses derniers soubresauts, après des dizaines de milliers d’années de règne sinistre et sans conteste.

J’en vois qui ricassent : et gnagnagni et gnagnagna : discours de bisounours neuneu, et cætera. J’ai l’habitude et pour le dire tout net : si ça m’a parfois fait grommeler ce n’est plus le cas depuis longtemps. J’ai l’habitude, j’ vous dis… rodé, le mec.

Tout se casse la gueule gentiment comme au jeu de quilles et les prophètes de l’Apocalypse couinent comme des yétis châtrés, et les nostalgiques désabusés rêvent de révolutions comme dans le bon vieux temps, et de groupes terroristes vengeurs terrorisant l’oligarchie mondiale de la Banque et tout le tralala. Et ça se fout de la poire des indiniais, et ça dit que la jeunesse n’a envie de rien et n’a rien dans le ciboulot, sinon des envies d’un conformisme consternant comme me le rappelaient il y a quelques petites années, nos enfants : « papa : c’est terrible ; t’as pas idée : ils rêvent tous d’avoir une baraque à crédit, de se marier, d’avoir des mioches et un boulot à la con. Et ils ont seize, dix-sept ans ! » 

Ben oui, mais voilà : y a pas que la petite vieille France et la misérable ligue marchande européenne, dans tout ça : ailleurs, ça se bouge un peu plus le cul qu’ici : aux USA par exemple où les mouvements de protestation contre le Merdier ne font que prendre force et vigueur ces derniers temps… mais c’est pas dans les journaux français que ça en cause, parce que le pisse-copie national de base s’intéresse nettement plus aux débats néo-féministes débiles sur le scandale du bleu et du rose dans la layette, ou à la bite de DSK. Soyons Français : pensons avec le trou du cul bien resserré, et conchions le reste du monde en projetant nos crottules avec parcimonie.

M’en fous : j’ suis pas français, sinon de papiers, c’est-à-dire de rien du tout. Ça me concerne vraiment pas des masses, les débats nationaux et la question nationale me fait une belle jambe. Ce qui m’intéresse est ailleurs : ici c’est mort de chez mort ; il y a bien longtemps que les Lumières se sont éteintes au royaume de France, avec ses petits rois présidicules et ses laquais amidonnés, gardiens du temple d’une culture morte et d’une langue desséchée.

C’est ailleurs que ça a commencé à se passer et comme en 68 personne ne voit rien venir ici. Tellement ça se tripote le nombril à plein temps.

Vous le saviez qu’aujourd’hui le mouvement des 99 percent a coordonné une occupation de tous les grands ports des USA ? Lisez ça (en anglais) : CLIC, et ça : CLIC… quelques minuscules exemples de de qui est parti de ce petit blog de rien du tout : CLIC.

Et ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’un petit début… mais un bon début : celui de l’anéantissement d’un système barbare d’une rare sauvagerie, qui au lieu de faire profiter l’humanité des bienfaits du progrès, l’a avilie, maintenue dans la servitude et sucée jusqu’à la moelle : une idéologie tout aussi mortifère que le nazisme et le stalinisme est à l’œuvre et il s’agit maintenant qu’elle est clairement identifiée, de l’anéantir.

Et ce n’est certainement pas avec les idées venant des siècles morts ou de cultures défuntes comme celles du vieux monde que ça marchera, mais avec les nouvelles lumières qui s’allument de partout jaillissant des esprits déliés.

E la nave va !

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L’EAU CHAUDE AU ROBINET

Un des plus gros flips irraisonné dans le vieil Occident est pour ses aborigènes, de croire que les Indiens et les Chinois rêvent tous d’avoir une bagnole et que par conséquent ce serait l’enfer à cause de l’effet Coriolis poussant ces gaz délétères jusqu’au cœur de l’espace Schengen au grand dam des gabelous de service sur le limes

Rien ne coincera jamais le flux continu soufflant de l’Orient depuis la nuit des temps, autant le savoir tout de suite et éviter ainsi de sombrer dans la paranoïa générale, constatée à la lecture d’articles apocalyptiquement cons fleurissant un peu partout comme des chiures de mouche ces derniers temps.

Autrefois le monde était simple pour le fruste esprit occidental : en Inde, y avait des vaches sacrées et des miséreux qui ne les mangeaient pas et c’est d’ailleurs pour ça qu’ils crevaient la dalle. En Chine les chinois étaient cruels, point barre. Réflexions entendues mille fois du temps où j’étais guide de voyages, et maintenant étalées par des myriades de connards sur les forums de l’internet… et des connards de toutes obédiences politiques, en plus.

Et puis un jour, Lakhsmi Mittal a racheté Arcelor et les aborigènes occidentaux n’ont plus tellement parlé des vaches sacrées.

Alors ils se sont tournés une fois de plus vers l’Amérique, mais il n’y avait plus d’Amérique… juste des GI’s enlisé dans les sables pétrolifères, et une planche à billets imprimant de manière aussi frénétique ses dollars pourris, que celles de la République de Weimar après la guerre de 14-18, ses Papiermarks.

Et pendant ce temps-là, l’Inde négocie paisiblement avec l’Iran, le payement de ses importations de pétrole en belles et bonnes roupies : CLIC (en anglais).

« Il y a péril en la demeure et il n’est pas que jaune : la fin du monde est proche ! », hurlent les demeurés de service beuglant leur prédictions hallucinées sur les blogs et gazettes de l’internet en s’arrachant la toison à pleines poignées : les nouveaux Speaker’s Corners des tribuns à trois balles adulés par des indigents de la comprenette tristes comme des jours sans pain.

On va se faire bouffer tout crus par les asiates après avoir été asphyxiés par les gaz d’échappement d’un milliard trois cent millions de Tata Nano : brrrrrr !

Un jour l’eau coulera librement dans tous les robinets de notre vieux monde : c’est tout le malheur que je nous souhaite.

E la nave va…

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À bas mots, Président.

© Cyp Luraghi 2008

Dictionnaire Érotique Moderne – Alfred Delvau 1874 – collection personnelle

  

Le Président Abamo ne lit pas, pourtant il peut.

Il n’aime pas les lettres ;

Elles sont trop fixes, à son avis.

Aux beaux hauts mots de haute graisse

il hausse les épaulettes ;

mais au bas mot épingle

la rosette

d’honoré légionnaire

au revers de la boutonnière

d’une pépinière

de vils bubons chancreux

et creux ;

ses chevaliers des Arts et Lettres.

***

Le Président abat mots :

à défaut de parler la France,

il cause serial-culeur,

et casse

en quatre petits mots

le pauvre con qui s’ose

et se lâche, ce lâche,

face à lui.

***

Le Président ne lit pas même

aux cabinets de l’Élysée

où c’est plein de papier, pourtant.

Il se torche

de la biblioche

n’en ayant plus besoin pressant :

il a déjà posé devant

pour la photo,

alors hein.

***

Nonobstant, nous gens des lettres,

souhaitons un bon et prompt départ

au fin fond de l’Alabama

avec et dans le bush

à Abamo et à tous ses bas maux dits

Et faits.

Et vite.

Dégage !

Mot dit.

 

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Au Couinistan

© Gouvernement du Bihar

 

Je le dis tout net : les Ricains me sortent par les trous de nez. Ils ne font rien qu’à couiner comme des sales mioches et jouer aux cowboys.

J’écoute à nouveau la radio depuis quelques jours et ça n’arrête pas : les speakers se succèdent en rafale au micro pour nous annoncer que ça craint aux USA ; gros cyclone en vue et tout le toutim. Après les jeux mondiaux de la dope et du fric dégueulasse en dictature chinoise, voilà qu’ils nous bassinent en relayant les jérémiades américaines.

Y a un cyclone, dis-donc ! Et tout le monde fout le camp en mouillant son froc ; le gros molosse aboie, alors les caniches de la presse européenne font leur concert de roquets, en guise d’écho. Un quart de seconde pour nous parler des 85 morts de Cuba, et des tartines de commerçants louisianais larmoyants sur leur stock de steaks congelés dégoulinants faute de jus.

***

Et pas un mot à propos de la rupture du barrage de la rivière Koshi, à la frontière indo-népalaise.

L’an dernier déjà : 8 millions de personnes évacuées, deux fois la France sous les eaux et au moins 6000 morts. Pas un mot.

Et cette année… La pire mousson depuis plus de cinquante ans ; les rivières qui dégueulent depuis l’Himalaya, dont les glaciers fondent dix fois plus vite que prévu par les plus pessimistes ; le déboisement accéléré par l’exploitation rapace ; négligence et corruption…

L’Inde, c’est les vaches sacrées, Mittal et Gandhi.

L’Inde, c’est Noland à la radio ; mais les Américains, c’est quelque chose.

Ils peuvent pas s’empêcher.

Sortez les serpillières… pour essuyer les yeux de crocodiles des uns, et emballer les morts des autres.

 

Publié dans Inde, Népal, Pilotique, Spectacle | Autres mots-clefs : , | 42 commentaires
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