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Rue88

© Annie Luraghi 2008

« La violence est préférable à la lâcheté,
la non-violence est préférable à la violence. »

Gandhi

 

J’ai quitté Rue89 en demandant à l’équipe de supprimer mon compte, et d’effacer l’intégralité de mes messages. Je veux qu’il ne subsiste pas la moindre trace de mon passage dans cette rue qui pue.

Au printemps, après y avoir écrit deux mois durant, je l’avais déjà quittée en expliquant pourquoi.[1] En novembre, j’y suis retourné comme si de rien n’était, et, de fait : rien n’était. Je m’étais souvenu de l’immeuble, au 89, avec ses affiches publicitaires et sa façade lumineuse, où les actualités défilaient à toute berzinque en clignotant, et de ses caves comme un tunnel de métro bondé, aux odeurs d’aisselle, de suint de rat et d’eau de toilette bon marché, d’épices exotiques et de cols amidonnés.

Mais là, au fur et à mesure que j’arpentais en sifflotant, j’ai eu un doute : je me serais-t-y pas gouré, des fois ? Pas de rue, non, mais de numéro : ça reniflait comme dans le vieux chenil pourri d’en face, au 88, d’où émanait déjà une violente odeur de merde et de sang séché.

BLOCK 88 sur l’enseigne.

Huitième lettre de l’alphabet, deux fois, comme Heil Hitler. Un signe de reconnaissance des nostalgiques du grand Nettoyeur.

 

Rue88, donc. OK, je me pince le nez : ils ont changé de locaux, c’est tout, que je me dis. Mais non : le décor était tout pareil ; j’étais bien là où il fallait. Les voisins avaient juste sous-loué une partie des caves, d’où la pestilence. Y avait l’odeur, et le bruit qui va avec : des hurlements répercutés sur le béton, claquant sonore. J’ai dit bon, quand faut y aller, faut y aller, faire les pleins poumons et arrêter de respirer… et taper, taper, taper, sur mon clavier comme au concert de casseroles. Et puis avant-hier, j’ai eu mal au bout des doigts : je me suis senti tout clou. Coincé entre marteau et enclume. Entre le hautain garde-chiourme et la soute à gros fachos.

***

La Rue88 est devenue le coupe-gorge favori d’une bande de salauds qui s’en donnent à cœur-joie. Ce n’est pas nouveau : au printemps, j’avais tiré ma révérence pour cette même raison. Et là, je me suis fait eu  dans le cul comme un bleu : j’ai cru, une fois de plus à la publicité mensongère qui proclame haut et fort que chez eux, c’est « l’Info à trois voix », la troisième étant celle des internautes, dont je suis.

Mais non : comme l’écrivait ce matin Marie-Sophie Keller à l’ami Kebra :[2]

« La révolution par les trois voix, c’est en terme de provenance de l’info, pas de mode d’organisation. »

Pour aller lire le dialogue en question sur leur site : CLIC ! Elle a raison, Marie-Sophie : c’est nous qu’on est cons. Quand Sarkolas-le-Maudit me dit : casse-toi pauv’ con, j’obéis, et à Marie-Sophie aussi, et à Chloé Leprince, et à toute la salle de rédaque.

Si je les fait plus chier que le gang d’identitaires islamophobes, alterophobes et phobes tout court, ben je me casse : si je suis plus indésirable qu’un profanateur de cimetière ou d’un autre qui écrit qu’ils faudrait priver les détenus de nourriture pour les calmer (Signé Ouko, Célibataire) ou un ‘Pedro66’ qui souhaite ardemment renvoyer les Sans Papiers raflés tassés dans des charters dont on aurait arraché les sièges… ou que ‘Bardamu’ insulte la mémoire des époux Aubrac en se présentant toujours propre sur lui comme un simple citoyen ‘de droite’ et que la rédaque ne voit pas, parce qu’ils n’ont pas ‘quatre bras’, comme ils disent… et certainement pas non plus quatre cervelles, et encore moins quatre cœurs, sans parler de quatre nez : c’est pas des fins limiers ni des bons truffiers, ah ça non !

Moi, je pense surtout – comme Kebra – que c’est une rédac de notaires. Qu’il n’y a pas de big boss totalement barge comme Jean-François Bizot, par exemple… qu’il n’y a pas de fine équipe. Rue88 est un gratuit jetable et qui en jette : c’est la presse Kleenex qui n’a pas d’opinion, pas de goût, pas d’odeur. Quand ça sent la merde dans la soute, pschittt-pcshittt, comme faisait Chirac : un bon coup de déo et ciao.

Rue88 s’en fout : elle est goudronnée de frais, il ne lui manque plus que les plumes pour faire bon effet.

Rue88 n’est qu’un des petits reflets de ce qui se passe partout ailleurs sur l’internet mercantile : une ville pourrie aux rues jonchées de merde avec des poubelles dégueulantes sans gardiens de la paix, quadrillée par des miliciens de Darnand ivres de haine traquant l’Étoile Jaune, avec Philippe Henriot à fond à la radio.

***

Dans la Rue88, il ne faut surtout pas faire ce genre de parallèles : on vous saute tout de suite sur le paletot, et même pour moins que ça… Pourtant, je persiste : les fascistes actuels n’ont fait que remplacer l’antijudaïsme par l’islamophobie et le bolchevique exécré par une tarnacoise de la Cellule Invisible. L’histoire se répète alors que les cendres des fascismes du siècle mort sont encore chaudes…

***

Cet après-midi, j’ai reçu dans mon atelier monsieur Francisco, son fils Jean-Claude qui est un bon copain, accompagné de sa fille : trois générations. Monsieur Francisco a vécu la guerre civile espagnole et il veut raconter ce qu’il a vu : il en est très marqué. Comme Lucie Aubrac et d’autres Résistants, il veut transmettre sa mémoire : je me suis proposé de les recueillir et de les transcrire, pour les publier ensuite, sur le papier et sur le Net.

En quelques petites phrases, ses yeux clairs plantés dans les miens, j’ai réalisé combien il était important de dire l’indicible, de l’écrire et de l’offrir à la lecture publique : ce qu’il a vu dans les jarres d’huile trouvées par les Républicains dans un couvent aux nonnes presque toutes enceintes, dépasse l’entendement et se doit d’être brandi, puis projeté comme un brûlot à la face des ignorants qui ne réalisent pas à quel point le danger est grand de laisser parler les fascistes de notre temps.

Rue88 les laisse agir librement : c’est leur petite affaire, leur boutique, leur fond de commerce. Leur responsabilité. Leur choix. Pas le mien ! 

cyp
en ligne(s) et à l’œil
« compte supprimé 24 »

*** 

Merci à G2G pour sa trouvaille : Rue88 ! Five points.

 

  1. Lire le billet lié « À la Rue » []
  2. Note Venue Du Futur : Kebra le « bisounours killa » , qui n’est plus du tout mon ami depuis bien longtemps. []
Publié dans Pilotique, Spectacle, Trollogie, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , | 232 commentaires

lamorille vilain pas beau

© Cyprien Luraghi 2008

 

lamorille est un as ; un as de l’escadrille des blogueurs de Rue89.

Un message lapidaire de la rédaque de la Rue l’a prévenu aujourd’hui qu’il fallait qu’il arrête ses digressions, sinon couic, on te saque ton compte et tu te retrouves SBF : Sans Blog Fixe ; en plein hiver. 

« Bonjour,
Si vous ne cessez pas immédiatement de régler vos comptes sur Rue89 avec différents riverains et si vous continuez dans le hors sujet, votre compte sera désactivé.
Cordialement »
 

J’ai toujours exécré cette formule de politesse hideusement faux-cul, mais c’est la meilleure de ma collection. Cordialement. Du mot cœur

Du coup il nous a prévenus ici : CLIC 

Depuis deux bonnes semaines, j’ai honteusement délaissé mon blog chéri pour aller me noyer au milieu de la foule : j’ai toujours aimé ça ; j’en ramène une moisson à la fois bienfaisante et un petit goût amer, depuis des années que je pratique cet artisanat de forcené : j’aime le frotti-frotta mambo en gente compagnie et la rude couenne velue du troll, c’est comme ça.

lamorille, comme auparavant pas mal d’autres blogueurs, était passé à la maison avec sa petite famille, cet été. Dans quelques jours un autre, Dulconte, viendra faire le crochet : ceux qui disent que l’internet est virtuel sont des cons.

Et des cons, on en croise sur les forums, et celui de rue89 est un haut lieu idéal pour ça : encore mieux que le défunt blog du gras DSK, ce qui n’est pas peu dire. Mais les cons, passe encore : le plus navrant ce sont les trolls : eux ne sont là que pour tout bousiller.

Un troll, c’est avant tout un mec. Peu de filles sont dans le métier. Un mec extrêmement d’extrême-droite, presque toujours. Nazi, hortefiste, sarkolâtre, penophile, homophobe, outrancièrement raciste, etc.

Ils agissent en toute impunité, quasiment à visage découvert. La moindre disccussion intéressante est systématiquement bousillée par ces salauds qu’il ne faudrait pas avoir à croiser en temps de guerre.

lamorille combat valeureusement et avec beaucoup d’humour, ces râclures marronnasses, depuis longtemps ; après le boulot ou au petit matin, juste avant d’y aller. Parfois jusqu’à pas d’heure.

Et c’est LUI, pas un autre, que la rédaque de Rue89 a choisi parmi tant, d’admonester comme un minot. Rien que pour ça, je les méprise !

Nous avons donc décidé spontanément, à une bonne vingtaine de blogueurs et sans nous êtres concertés, de soutenir notre excellentissime ami, parce qu’il ne mérite pas ça.

J’exige que la rédaction de Rue89 lui fasse des excuses publiques, comme tous ceux et celles de l’esca-drilles, qui sont le vrai moteur de Rue89 : nous sommes lus chaque jour par des milliers de passants. Notre seul plaisir est celui de vous faire rire avant d’aller au turbin, de vous faire réfléchir, d’exciter votre curiosité.

Un grand blogueur tel que lamorille est aussi indispensable au moral de la France de Sarkolas, qu’un Pierre Dac à la radio de Londres dans nos chaumières maréchalisées !

 

Soutenons lamorille !

 

Publié dans Déconnologie, Humain, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , | 425 commentaires

À la Rue

Encore un billet sans illustration. Un billet noir.

Pendant deux mois, j’ai blogué sur Rue89 et puis aujourd’hui, j’arrête tout.

Je rouvre ma petite piaule : ça sent un peu la poussière et le renfermé ; j’ai plein de textes en attente : je suis chez moi.

Je n’ai plus envie de parler avec les autres, ni de pilotique, ni de quoi que ce soit ; j’ai uniquement envie d’écrire, seul et à ma façon.
Je n’ai pas d’amertume : je n’attendais rien en retour de la part de l’équipe de Rue89 : j’étais juste un blogueur parmi les autres, c’est-à-dire rien du tout.
J’ai appris plein de bonnes choses, comme d’habitude, mais là je me sens à l’étroit : j’ai fait le tour de leur petit îlot et comme je n’ai pas la mentalité d’un îlien, j’ai pris la poudre d’escampette et sauté dans la première chaloupe ; le courant m’a ramené ici, directement. Comme toujours.

Personne ne m’a viré ; je suis parti comme ça, les mains dans les poches et en sifflotant.
Je suis un chien qui batifole.

 

Publié dans Humain, Pilotique, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , , | 93 commentaires

Aplatissons les mouches !

Scan direct © Cyprien Luraghi 2006



Les mouches nous emmerdent, c’est l’automne.
Après avoir abondamment copulé tout l’été pendant qu’on turbinait au blogue, voilà que ces connes sont de rentrée. Constellant le Net de leurs chiures mal torchées, les mouches à lettres de l’octobre tournicotent avant d’aller crever dans le vaste Jamais.

M’en fous, j’ai ma tapette à chieuses.
Et mon scanner Epson cuvée nonante sept.

Là, je fais mes gammes : pan pan t’es mort.

Je vous ponds cet édit parce que j’ai lu ce soir des choses bien hideuses.

Il ne sera pas dit que le Kondukator de ce blogosse ne ferait pas de mal à une mouche !

Publié dans Édits Vespéraux, Trollogie | Autres mots-clefs : , , , , , | 9 commentaires

Trollogie

© Cyprien Luraghi - collection personnelle.

Aleister Crowley, troll noir

© Cyprien Luraghi - collection personnelle.

Georges Gurdjieff, psychopathe

© D. W. – 1977 – avec autorisation de l’auteur – collec perso

 

Mon copain Nonihil, comme tant d’autres, est victime sur ses blogs d’un assaut de trolls déchaînés.

Tout a commencé par l’apparition de bouses textuelles émises par un trou du cul signant gmc.

Ce sale type a pour habitude de conchier les blogs tiers afin tout à la fois de se faire mousser, et de susciter une polémique -qui n’a pas lieu d’être- sur sa prose lourdingue.

Dans sa foulée évoluent une troupe laide de vicieux planqués derrière des pseudonymes ronflants.

Bref, la trollogie se porte bien, de nos jours.

J’ai donc décidé, en grand Kondukator, de ne pas me laisser emmerder par de tels connards, et je me ferais un plaisir de faire ce que bon me semblera de leurs chiures.

Ce blog N’EST PAS démocratique, loin s’en faut. Et il ne le sera jamais.

Les derniers temps, sur mon vieux site, j’avais boulonné les écoutilles en me faisant la réflexion que le Net était autiste, en fin de compte… et, plus exactement, un reflet de notre monde : chacun pour sa gueule et je te la bouffe si je peux. Une horreur, donc, puisque je suis aux antipodes de cette non-pensée.

Et tous ces boutonneux mentaux drapés dans leur Nietzsche mal digéré, leur Gurdjieff de pacotille et leurs écrits sacrés accommodés à leur sauce aux grumeaux… hé bien je leur dis merde.

 

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Bon ben c’est pas tout ça, mais Drukpa Kunley, c’est mieux :

Amasser des connaissances tout en ignorant la méditation sur la nature de l’esprit, n’est-ce pas se laisser mourir de faim alors que le garde-manger est plein ? Vêtu d’habits grossiers et inconfortables, quel bonheur espère gagner l’ascète en souffrant un froid d’enfer dans sa vie? Lorsque l’on est incapable de méditer spontanément, que peut-on attendre d’un effort violent de la pensée? Si une perspective lumineuse n’est pas ouverte par sa propre intuition, que peut rapporter une quête systématique?
Extrait de « Le fou divin », éd. Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes  
Publié dans Trollogie | Autres mots-clefs : , , , , , , , , | 18 commentaires
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