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Piquons à vif !

© Cyprien Luraghi 2012

 

Vu ce dont ces pourris se sont rendus coupables, faudrait te leur arracher les organes avec les dents, et puis te les couler lentement dans le béton et te les y laisser mariner jusqu’à ce qu’ils y claquent, en bloc. Après les avoir enduits de goudron puis saupoudrés de plumettes. Et poinçonnés à vif à l’Opinel king size. Tranchés façon jambon de Parme avec un couteau à beurre émoussé. 99 ans incompressibles à l’île du Diable, les fers aux pieds. Ou camisolés chimique à l’asile de fous à vie à se baver dessus, légumisés. Pilorisés sur l’internet à perpète. Livrés aux mouches. Jetés au tonneau à limaces après entartage aux clous rouillés. Et enfin leur décapiter la tête

C’est la première chose qui frappe sur les grands forums de l’internet : partout ce ne sont qu’appels à la mort et aux pires sévices, dans les commentaires. Les guillotines y sont bien engraissées et en pressant la sciure du plancher de ces échafauds et piloris modernes, le raisiné jute franchement, qui fournira le boudin poisseux dont la foule fera ses choux gras. 

C’est l’intérieur des tripes de cette multitude que je lis sur l’internet. Déballées sans vergogne sous couvert d’anonymat. J’adore. Quelle belle obscénité que voilà, et bien puante et fumante encore. Inutile de se crever le cul à dégoter un petit forum planqué, hanté de psychopathes thanatophiles : il suffit d’ouvrir n’importe quel quotidien régional ou national pour tomber dessus, pour peu que le sujet de l’article s’y prête − crimes sordides de toutes sortes − : ça gueule contre la lapidation des femmes dans les pays lointains, en vouant leurs bourreaux aux gémonies pour balancer ensuite le coupable préalablement tranché fin-fin dans la géhenne, de manière tout aussi sadique qu’icelui. Par exemple. 

Fascinant spectacle que celui de cette cette agora électrique transformée en place de Grève internationale. Étonnant grand-guignol gratis que cette brochettes de clients droits surgis de ces comptoirs en zinc d’autrefois, où pogromes et ratonnades en cancans allaient bon train tout en sirotant des blancs-cass’ : maintenant c’est tout un chacun qui y va de son petit jeu de massacre perso dans les catacombes du réseau à touches martelées de haine vengeresse, et le monde entier en profite. Étrons humains à masques de soie artificielle en plein rite sacrificiel après le turbin. Double peine capitale et exclusion définitive du circuit : si leur imagination morbide passait à l’action, notre planète bleue rougirait du sang de leurs victimes et les astronomes d’outre galaxie se gratteraient le crâne en apercevant cet étrange phénomène dans leurs lorgnettes. 

Bon : pendant ce temps-là ils font pas de bêtises, nos bourreaux de canapés. Les pédophiles satanistes de l’ultragauche barbue peuvent dormir sur leurs deux oreilles en rêvant à la commission de leurs prochains méfaits : les octets font tampon et rien de matériel, tranchant ou contondant, jamais, ne franchit la barrière des écrans. Seuls des petits grains de lumière colorée viennent frapper la rétine et se frayent leur chemin jusqu’à ma boîte à comprenette. Qui y trouve un plaisir joyeux sans cesse renouvelé ; la vision d’une vilaine troupe de méchants cuistres s’agitant en vain étant des plus distrayantes. 

Le problème sur l’Icyp, c’est que personne n’y souhaite jamais la mort de quiconque et que quand on y tranche des gens en rondelles, c’est pas pour de vrai. D’où le risque terrible de voir l’ennui mortel se pointer. 

C’est pourquoi en tant que Kondukator Kosmoplanétaire de la Déconnologie Pilotique (lamorillienne), je nomme Mon-Al bourrelle officielle à vie de l’Icyp : elle saura nous estrapasser nos condamnés après leur avoir fait cracher leurs aveux au concasseur à poulets,[1] j’en suis certain.

Cet édit est dit et édicté et l’infaillibilité kondukatoriale étant ce qu’elle est, la séance est close. Et indiscutablement discutable, juste en dessous de ce billet.

 

En partant de ce commentaire de Homère sur le fil précédent : CLIC 

E la nave va… 

  1. …ou pire… []
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J’encule la liberté d’expression

Illustration © Pierre Auclerc 2011

L’autre soir on a frôlé l’irrémédiable en revenant de chez la tribu girondine dans la BX, Annie et moi. Dans le noir sous la branchure trempouille et glaciale de la forêt primitive du Périgord noir, cahotant sur les nids de poules profonds comme des lochs écossais, nos yeux scrutant le vide obscur de cette routelette ondulante paumée dans le vide effarant de la Plouquie Profonde peuplée d’aborigènes rares et frustes.

La bagnole d’en-face fonçait à tombeau ouvert quand, soudain, deux bêtes noires d’un calibre démesuré, couvertes de soies rêches, surgirent dans le pinceau blême et cru des lanternes de notre phaéton à michelins. Il s’en fallut de peu pour que le choc pliât notre caisse et nous envoie bouffer les pissenlits par la racine dans la glaise frigide. Seuls les réflexes en inox de la conductrice nous évitèrent le pire : son coup de volant salvateur mit fin à ma rêvasserie et mes yeux se retrouvèrent soudain en face de leurs trous respectifs, dans lesquels ils se lovèrent douillettement, ronronnant d’aise.

− Hé bé dis-donc : on l’a échappé belle !  Une fois de plus tu nous a sauvé la vie, o ma douce héroïne !

Ses beaux yeux lasers gris-bleus croisèrent les vieux miens, tout myopes, fermement engoncés dans leurs orbites désormais. Je frissonnai de l’échine, ému, transi, pantelant, le palpitant à 140.

***

Justement, j’étais en train de songeoter au sujet du billet que j’écris présentement, quand deux marcassins dodus ont déboulé, trottinant prestement sur le goudron. On ne roulait pas vite vu l’état de la départementale rapiécée, et la bagnole d’en-face itou.

Faut pas exagérer : au pire on aurait plié le pare-chocs et bouffé du sanglochon en daube. Mais quand on est entre deux comme je l’étais l’autre soir[1] on voit tout en trop énorme, et déformé. Un peu comme les paranoïaques qui voient des ennemis imaginaires partout.

Comme ce petit faf repenti dont le témoignage publié dans Midi Libre qu’on peut lire ici : CLIC me trottait dans la tête, quand les sangliers ont surgi hors de la nuit dordognote. EulChe l’avait collé dans les commentaires du fil précédent et on en avait discuté à partir d’ici : CLIC. (Accessible uniquement aux membres de l’Icyp)

Le mec, il voyait des islamigrés partout, dans sa pauvre tête de sale petit con teigneux malade qui se fait chier dans son patelin de la mort à se pignoler le soir venu en rêvant à la fantasmatique gauloise de souche idéale qu’il ne tiendra jamais entre ses bras. Et à casser de l’Arabe à coups de pompes à clous avec ses copains. Et à faire des descentes en bande organisées sur les grands forums, peinardement, en niquant comme il le dit bien dans son interview, ces tristes cons de modérateurs gogols cramponnés à leurs chartes imbéciles : après avoir écrit cinq ans sur l’un d’entre eux − celui du magazine Ubu89 −, doté d’une telle charte de merde conçue par des biomormons psychorigides réacs malfaisants qui se la pètent, j’ai renoncé à tenter quoi que ce soit d’autre que de cracher mon mépris à la face de ces collabos des temps modernes comme je le fais maintenant.

Il n’y a rien à espérer d’un internet tenu par de tels débiles, pour qui la liberté d’expression se doit d’être absolue, pourvu que le néonazi ou assimilé, proférant les pires saloperies, le fasse en y mettant les formes. Les grands forums, c’est tout dans la forme et rien dans le fond du slip, sinon des traces douteuses dûment désodorisées.

Idem : Luc a collé un autre lien qui en dit long sur cette connerie de liberté d’expression hier, sur le fil… Dans cet article − CLIC − on lit qu’un épouvantable fumier à gueule de con tamponnée sur l’œuf postant des horreurs sur un forum de libre expression américain, s’est fait démasquer par un journaliste, au grand dam de la horde de petits cons ignares défendant cette fameuse liberté d’expression avec laquelle je me torche comme avec le drapeau d’un pays dont la devise nationale comporte elle aussi ce mot le plus dévoyé du monde : LIBERTÉ.

Ma liberté m’enjoint de boucler la gueule à ses ennemis, aussi j’encule la liberté d’expression des fafs, des nazis, des corbeaux de l’internet, des propagateurs d’idéologies mortifères, et je surencule (le Lexique de l’Icyp n’est accessible qu’aux membres insccrits) les modérateurs collaborationnistes, les patrons de plateformes d’hébergement de blogs de corbeaux pourris,[2] les journalistes de la presse geek complices de ce sinistre état de fait et tous ceux qui les soutiennent, pauvres petits cons d’anonymous ridicules de mes couilles.

E la nave va !

  1. La digestion du poulet assoupit le consommateur : j’en suis un exemple vivant. []
  2. OverBlog, tout particulièrement ; lire ce billet. []
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LACANICULE

Il y a des températures positives sur Mars : le gros robot à roulettes américain vient de nous apprendre ça. Ça cogne, comme sur Terre. Mais ça ne se cogne pas dessus comme ici : au pire ça heurte gentiment un gros caillou pour repartir lentement en marche arrière, le contourner et aller de l’avant comme si de rien n’était. 

Ici, ça se cogne sur la gueule en plein cagnard. Notre robot à roulettes cahote et se faufile entre les obstacles sur le sol sec. Que de cons : contingent compact à perte d’horizon du continent. Et roule droit dedans et rentre dans le lard de la planète en perforant sa couenne avec des instruments acérés. Il scrute et gratte l’écorce, guettant toute réaction des formes de vie présentes en masses. 

Dans la fournaise les esprits s’échauffent : les récepteurs d’infra-rouges de notre engin le confirment. Ça sent chaud le soufre et ça s’échauffe tant et plus entre les êtres : sur les plages ça rôtit, marmaille braillante en fond sonore ; au taf ça marine et la maltension se propage à la vitesse du nuage des sueurs axillaires mêlées. Le boss est parti se dorer la pilule aux Seychelles alors grisettes et geekounets se la pètent un max en pétant câble sur câble : tout le stress de l’année il faut l’évacuer là, d’un coup d’un seul à grands coups de gueule, tonitrués. 

Passé les 37, ça commence à craindre pour les fragiles créatures des contrées tempérées qui sous la canicule s’effusent de l’ego pis que chez le psy. Et s’épanchent en torrent de tripes sous les néons des bureaux et sur les forums de l’internet, speedés comme des malades derrière leurs écrans à marteler nerveusement leurs claviers infortunés. Les doigts tout moites. Dans la touffeur les haines crépitant sont comme gouttes en caléfaction sur fonte chauffée à rouge. Face à face ça crache et chuinte en se grinçant des mots poignards. Le dialogue paraît en lui-même constituer une renonciation à l’agressivité[1] : les caméras de notre robot à roulette terrien ont observé ça : vu de loin tout n’est que politesse, mots léchés, agréés par les saintes chartes régissant les relations entre individus. Mais en y regardant de plus près, les instruments d’analyse embarqués captent alors tout autre chose. Dans ce petit cratère, l’agitation molenculaire est à son comble

Un fruste geekounet en chef adjoint super vénère semble ignorer la notion de dialogue, pour commencer. Quand les gens lui disent des trucs très vrais, ils leur crache son venin à la face en retour. Il n’est doté que d’un émetteur, son récepteur atrophié semblant inapte à capter quoi que ce soit d’autre que son blablabla intérieur. Le mimi chatouilleur en platane iridié[2] lancé tout zigouigoui dehors, se prouve inopérant, le sujet étant récalcitrant à toute sollicitation bienveillante. 

Après carottage à cœur du sujet, il apparaît que celui-ci est creux. Passons-donc à autre chose de plus roboratif pour nos antennes. Roule petit robot sous le grand soleil… roule, roule…

Ce billet est composé en grande partie de distillats d’idées lancées dans le dernier fil de discussion par pas mal de monde. 

E la nave va…

  1. Jacques Lacan dans « L’agressivité en psychanalyse« , Thèse III, 1948 []
  2. Arbre sacré du peuple déconnologue d’Alpha du Centaure, dont on confectionne le Poteau 62. []
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Le but du Je

Celle-là, elle ne rigole que quand les chiens se battent. Expression poitevine. Souvent je l’utilise en commentant les fils de discussion des grands forums. Oh putain que c’est sérieux, tout ça. C’est moi qu’ai raison et j’en démordrai pas, et t’as tort, et je te ferais ramper plus bas que terre et me lécher les pompes ; les commissures abaissées, les yeux fixes, enfourchant la hampe de son drapeau, tel ou tel. Déployant la bannière, fier, campé sur ses positions, planté sur ses ergots, l’air le plus sérieux et farouche du monde, tout jabot, déployé en grand ; à la parade et la joute. 

Ça fait maintenant seize ans que j’ai découvert l’internet et douze que j’écris en ligne − et à l’œil − sur mes sites et quelques autres : je connais la musique : elle n’a pas varié d’un iota depuis le tout début. L’internet est le royaume des gens sérieux. Mais alors super sérieux, et d’un bout à l’autre. Un monde de vieux garçons pointilleux et de vieilles filles revêches, pète-sec, qui savent tout mieux que vous forcément. 

Très majoritairement c’est comme ça et pas autrement. Plantés sur leurs manches à balais, c’est le grand bal masqué des trous du culs. Faut faire le poirier pour les voir sourire, ces tristes cohortes légionnaires. Ces missionnaires de leur cause, polis chinois polichinelles resuçant tout Wikipédia plus vite que l’éclair pour mieux vous aplatir de leurs arguments copicollés. Ils savent, eux. Et nous autres en face non. Ça ne rigole pas : le monde est en crise et c’est pas marrant du tout. Il paraît. 

Aller discuter le bout de gras sur un grand forum tel que celui de Rue89, c’est se projeter dans une arène au milieu des fauves et des gladiateurs comme une vierge chrétienne à demi nue. C’est se retrouver largué dans une fête chiante comme Hrundi V. Bakshi dans The party[1] : les convives ont des us et coutumes pénibles et incompréhensibles pour le joyeux péquin de base. Faut avoir fait Polytechnique pour causer sur Ubu89[2] ou au moins être ingénieur en informatique avec un QI de 250.[3] 

Justement : c’est pour ça que plus que jamais, faire le mariole sur les forums est une tâche nécessaire ; c’est bien le but du jeu. Parce que la vie est un roman et qu’arracher un sourire à un malheureux en se foutant de la triste poire des précieuses ridicules tartinant leur confiote d’ego sur les forums, c’est œuvrer utilement au bonheur de l’humanité… qui en a bien besoin par les temps qui courent. 

 

E la nave va…

  1. Disponible dans la Cambuse uniquement pour les icypien(ne)s ici : clic. []
  2. Ou Libération, le Monde, etc. []
  3. Fine allusion à « Jexiste« , à qui ses admirateurs attribuent un QI hors-normes. []
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Le fion de gauche

 

Les chiens sont mes copains. C’est poilu et chaud, ça pue pire que du vieux frometon à l’usage, ça se laisse tapoter et c’est ou bien très con ou très futé. C’est très humain, un chien. D’ailleurs ça mord. 

Tout petit, je passais les jours sans école sur les chantiers sauf les dimanches à cause de la messe. J’adorais ça : voir le vieux travailler avec les deux ouvriers de l’entreprise ; monter des murs, tirer des chapes, poser le carrelage. Pour les petits travaux je filais le coup de main : frotter les joints du carrelage à la sciure, cirer le dessus des tomettes avant la pose pour pas que le ciment les souille. Passer les plaques de petits carreaux, laver les outils. C’était bien, j’aimais beaucoup. Assortir les carreaux cassés pour en coller sur les terrasses des belles villas : fallait pas me le demander deux fois, par exemple. Cent fois mieux que les legos.

C’était presque toujours des grosses baraques de gros rupins : l’entreprise était réputée pour la qualité de son travail, vieille tradition familiale oblige. Quand les clients venaient sur le chantier, j’étais la mascotte : le bon petit toutou que ces dames pomponnées et ces messieurs calamistrés tapotaient gentiment sur la tête. Ils étaient d’un autre monde où tout semblait doux ; ils ne sentaient pas le ciment ni l’acide chlorhydrique[1] ni le chorizo gras de Ramon[2] et le suint de mouton d’Attouille[3] ni la tétine de vache poêlée qui constituait souvent l’ordinaire à la maison, pendant les intempéries.[4] 

Il y avait le tas de sable sur lequel je jouais à temps perdu à faire des pâtés.

Un jour où j’étais dans le sable, devant la belle villa d’en face il y avait un chien enchaîné ; un berger alsacien aboyant en continu, tout en bave et crocs en ma direction. Et puis tout a été très vite comme dans un rêve : soudain plus de cliquetis de chaîne − brisée−, mais le silence et la douleur : il s’était jeté sur moi et me bouffait le mollet gauche, dodelinant de la tête et pouf : je suis tombé dans les pommes après avoir vu des mosaïques défiler derrière le rideau rouge des paupières. 

Il m’avait bien amoché, le cabot : j’en porte encore les cicatrices. Après, j’ai très longtemps eu peur des chiens. Et puis j’ai appris à mieux les connaître bien plus tard, en héritant d’une antique clébarde de dix-sept ans couverte de croûtes en débarquant dans le Lot en 85 : ses proprios déménageaient pour l’Australie et la condition sine qua non pour récupérer leur bicoque dans les bois, était que je prenne soin de leur bestiau. Ce que j’ai fait : la vieille a passé l’arme à gauche cinq ans plus tard, après avoir été dûment poupougnée et tapotée jusqu’au shoot vétérinaire final.

Pas de vie de chien sans tapotage et sans dressage. Croquette et  gourdin. Tapoté par les clients bourgeois du paternel, et dressé à la tatane par icelui : religion du travail à tous les repas, apprentissage du joug ; faire le beau : la meilleure éducation qui soit, la seule appropriée aux gens comme nous autres de la race des cynanthropes. Prends ça dans la gueule : tu deviendras un clebs, mon chiot. 

C’est ce que j’ai fait dès mes quatorze ans, en décanillant loin de la niche familiale sur mes papattes : soudain le vaste monde face à moi : ni vieux tatanants, ni maîtres tapotants ! Chic ! 

Lâché sans laisse ni collier sur l’agora au milieu des braves toutous et de leurs bons maî-maîtres : ça ne me changeait guère de l’ordinaire sauf que je pouvais désormais me balader pépère. Pour la gamelle, pas de problème : il suffit de faire les poubelles. Pour le reste c’est plus discutable : les gros rupins ne tapotaient plus mes bouclettes et mes congénères me mataient d’un œil mauvais. Chien sauvage, c’est mal. Pour eux tout du moins parce que pour moi et les copains de la meute échappée, la vie est belle. 

C’est ainsi qu’il y a un petit quinquennat je débarquais sur Rue89 : une avenue populeuse où ça discute ferme de l’avenir du monde entre chiens et loups, sous l’œil torve des pions de service, chargés de faire respecter l’ordre moral et le conformisme langagier à la truffe du client ; au faciès. C’était intéressant : des coteries canines y élaboraient toutes sortes de complots destinés à se libérer de leurs chaînes. Consternant aussi parce qu’ils s’y prenaient comme des glands : comme le berger alsacien qui m’avait mordu autrefois : se projetant de toutes leurs forces vers le premier mollet venu et stoppés net dans leur élan, le souffle rauque et pantelants. En plus ils se grognaient au museau entre eux : ô pitié. 

Le plus ridicule, c’est qu’ils avaient des chefs : comme si leur servitude ne leur suffisait pas. Des créatures étranges, couvertes de poils rêches, se tenant fièrement debout sur leur pattes arrières, un peu comme les yétis du royaume des neiges. 

Le yéti fait peur aux petits enfants, au Tibet : il a même été conçu à cet effet, je crois. Comme le fameux bras sanglant jailli des conches[5] qui vient happer les enfançons ayant désobéi à leurs parents dans le marais ; sortis de nuit en catimini.

Celui de Rue89 ne déroge pas à la règle : il fout correctement les boules. Il bout les foules, carrément. Faut qu’ça saigne avec ce yéti-ci, et faut qu’ça saute aussi. Son truc, c’est la politique : tout ce qui peut servir sa cause lui convient ; un temps du moins. Faut que ça aboie de concert et à son unisson sinon couic : à la machette rwandaise il te tranche, considérant que tu nuis à son projet, qui est de faire la révolution : seul moyen valable à ses yeux pour faire péter le maillon et de choper la queue du Mickey : liberté chérie et tout le tralala ; rêve lentement mûri, distillé dans sa tuyauterie alambiquée transmuant miel en fiel au fil des ans, rongeant son os et son frein jusqu’au sang des dents. 

Tout ça pour dire que ces dernières semaines je me suis bien fendu la pipe : le Yéti de Rue89 avait viré mélenchonniste fanatique et ce fut vraiment comique. Avait, parce que c’est fini : exit le fion de gauche. L’an passé le yéti en pinçait pour les écolos et passée la Noël il suivra d’autres vents mauvais : prévisible Saint-Just de supérette. 

Et moi je lève la patte et le camp; e la nave va…

  1. Utilisé massivement pour nettoyer les joints qui, à l’époque, étaient faits d’un coulis de ciment noir ou blanc pur s’incrustant partout. []
  2. L’ouvrier espagnol. []
  3. Le surnom de l’ouvrier kabyle : je n’ai jamais su son vrai nom. []
  4. Les terribles périodes de chômage hivernal des ouvriers du bâtiment, indemnisées au lance-pierres dans les années 60. []
  5. Un canal, dans le marais poitevin. []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , , | 1636 commentaires
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