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Ô temps pourri, ô Mauresques !

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

Quand je ne sais pas de quoi ça va causer dans le prochain billet de l’Icyp, je demande aux copains dans les commentaires ce qu’ils auraient envie au menu. Et je note en faisant scritche, scritche. Après, je prends où pas, c’est selon. Là c’est Tigerbill qui a suggéré d’évoquer « le temps de merde qu’avant c’était la faute des spoutniks, et maintenant c’est de la faute des arabes ». Soit. Et qui dans la foulée nous a pondu le titre. Et maintenant j’ai l’air fin avec la photo de mes deux amoureux déjà calée sur le marbre. Va falloir faire avec, donc.

Les grues cendrées qui viennent de passer au dessus de Puycity se rient des frontières débiles. Comme les grues du bois de Boulogne et les réfugiés de Calais. Comme les vils islamigrés débarquant en masse pour bouffer notre pain national et anéantir notre race. Enfin je peux parler, avec un nom à coucher dehors et ma polenta ancestrale en guise de pain. Il faut bien l’admettre − et c’est moche − : les discours paranoïaques ont le vent en poupe. Un mauvais vent punais, contrairement à l’autan qui nous apporte la bonne chaleur sarrasine, pourtant. Et le printemps. Et l’amour. Et les ébats joyeux dans les buissons et les fêtes à confettis.

Ah oui, on m’a demandé aussi de parler de la campagne électorale. J’allais oublier. Hé bien je ne sais pas trop quoi en dire, sinon que les candidats me font penser à des canassons se speedant pour emporter le tiercé. Ne jouant pas aux courses, ça me concerne aussi peu que possible si ce n’est que ces canassons peuvent être du plus haut comique, ces derniers temps. Jamais je n’aurais pensé pouvoir rire en écoutant Fillon, par exemple. Ni en écoutant Le Pen débiter sa prose hallucinée et encore moins en contemplant le populaire frissonner à son unisson quand elle évoque le Complot. La méchante connerie est contagieuse, faut croire. Un des plus antiques ressorts de l’effet comique est la gestuelle des fous : on est servis de nos jours. La chute est le deuxième ressort de la rigolade : le coup classique de la peau de banane sur le trottoir.

À force de gesticuler, les fous chuteront. Comme en avril 45. Patience, les aminches ;-)

…E la nave va !

 

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Un truc simple et vite torché

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2016Année de foin, année de rien, comme disaient les petits paysans morts et enterrés depuis belle lurette. Ce printemps de merde qu’on vient de se manger, mes amis, quelle horreur. Mais bon : ça nous a fait pousser des tas de girolles car comme les morts le disaient si justement : à quelque chose malheur est bon. Délicieux, même. Rien de tel qu’une bonne fricassée de malheur.

Les morts ont leurs trompettes à la fin de l’automne dans les sous-bois et les vivants ont des girolles au printemps, surtout s’il est pourri. Ce qui fait démentir la première phrase de ce billet. Car nous vivons dans un monde absolument absurde et je vous dis pas comment c’est dur de s’en inspirer pour pondre des billets pas absurdes. Alors autant y aller franco : le plus important dans la vie c’est de faire un preum’s dans les commentaires icy, pour commencer. Du moins c’est notre Tigerbill qui le pense, lui qui ne preumse jamais malgré (ou à cause) de son âge canonique. Chacun son idéal. Celui de Caporal Pancho est nettement plus corsé : du sexe, du sang, de l’épopée, de la geste héroïque, des larmes, et à la fin, du réconfort. Voire un verre de cognac et un bon stikodon. Et il voudrait que j’écrive un billet avec tout ça dedans, notre Caporal. Il rêve tout éveillé, le pépère. Trop fatiguant à écrire, tout ça. Notre lamorille national souhaite que je parle de chaleur − humaine aussi tant qu’à faire − : le problème c’est qu’on ne la voit pas venir, la chaleur. Les chats du quartier ont beau être en chaleur dans les venelles, le thermomètre ne décolle pas. Donc ce sera pour une autre fois. Notre prophète bien aimé Numérosix aimerait que je parle de Poutine, des juifs, des antisémites, de Charles de Gaulle et du réchauffement climatique. Bien. Bien bien. Et c’est qui qui va se manger des régiments de tarés masqués surgis des culs de basse-fosse de l’internet en pleine gueule si je fais ça ? Hein ? Ma pomme, comme d’hab’. Non merci, j’ai déjà donné. Au suivant. C’est Hulk, qui souhaite un sujet sur le beau temps qui revient toujours après la pluie.

Alors mon Hulk je vais te dire. Un jour mon regretté ami Victor, héros de Coup de rouge, avait trouvé un taf de chef saucier super bien payé en Angleterre, dans le restau chic d’un club de golf pour gros rupins rosbifs. Deux fois mieux payé qu’en France. On était contents pour lui parce que cuistot en France, c’est payé des misères. Victor avait rendu son tablier et était revenu chez nous après quarante-et-un jours de crachin non-stop. Donc bon… je voudrais pas dire mais les bons vieux proverbes à la noix…

…E la nave va !

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ÉTUDE DE CAS

 

 

Mesdames et Messieurs

Merci de votre présence à cette séance de travail.


Je me propose aujourd’hui d’analyser le cas d’un de mes patients, Monsieur Nicolas S. (Président de la République)

Dans le cadre d’une interview accordée au Figaro Magazine le samedi 11 février, Nicolas S. exprime sa volonté de limiter le rapprochement familial des étrangers conjoints de français en imposant des critères de revenus.
Une telle proposition ne manque pas de nous interpeller quelque part© : en quoi le revenu serait-il un gage de sincérité, d’amour et de solidité de la relation conjugale ??

À défaut d’y trouver une logique affective ou d’utilité économique ou sociale, force est de constater que seul un examen attentif et approfondi du fonctionnement socio-affectif du sujet, ainsi que de son histoire familiale, est à même de rendre compte de la complexité du processus mental ayant abouti à ce comportement.

 

Je ne trahirai pas le secret professionnel (puisque les informations sont de notoriété publique) en vous rappelant que Nicolas S. lui même est l’enfant légitime d’une Française et d’un immigré Hongrois. Malheureusement cette union ne dura pas, et le petit Nicolas souffrira toute son enfance de cette situation.

Ainsi ce lourd passé familial, bien que lointain et donc situé en dehors du champ de la remémorance consciente, s’exprime néanmoins par des pulsions enfouies mais prégnantes.
Notre sujet-patient (quoiqu’agité) , confronté dans sa petite enfance à l’image d’un père immigré vivant aux crochets d’une mère qui, quoi que Française, ne justifiait pas d’une souche ancestrale suffisamment profonde pour écarter tout soupçon de cosmopolitisme sournois, a développé des comportements d’attirance-répulsion vis a vis des situations semblables à la sienne.

Cette tache originelle amène Nicolas, par un mécanisme psychique classique bien décrit dans la littérature, à développer en réaction des comportements de rejet de ce passé encombrant, entachés d’une culpabilité angoissante se manifestant classiquement par des troubles du comportement eux aussi bien connus: instabilité posturale, irritabilité, agressivité, complexe de supériorité toute-puissante, etc….
Encore aujourd’hui, malgré tous les efforts du sujet pour enfouir ces pulsions sous l’apparence d’un humanisme de façade se manifestant par des poussées verbales de défense de la démocratie aussitôt contredites dans les faits, son inconscient reptilien, donc, lui dicte ses actes manqués (et il en manque beaucoup) révélateurs de son moi profond.
Ainsi ce dernier épisode de bouffée maniaco-dépressive: même un interne de 1ère année de psychiatrie verra clairement dans cette mesure la tentative inconsciente du sujet d’étouffer à la source tout rappel de sa douleur profonde et fondatrice.
Cet être en souffrance a un urgent besoin de repos auprès de sa famille pour essayer (si c’est encore possible) de résoudre ses conflits intérieurs et d’accéder enfin à la sérénité.

Bien sûr, Nicolas n’est pas en état psychique dans l’instant pour réaliser la gravité de son état. Il lui faut une aide extérieure.
Je suggère donc aux Français de lui apporter une aide massive en Mai prochain: le délivrer de ses préoccupations professionnelles (qu’il n’aurait d’ailleurs jamais fallu lui confier compte tenu de son état).
Français, votez pour qui vous voulez, mais par charité et dans l’interêt même du patient, ne votez pas pour lui.


Docteur Tigerbill
Polito-Psychiatre 
Directeur de l’Unité Spécialisée de soins intensifs pour polyhandicapés de la Puissance Publique

[Note du konduk’ de service : l’idée de départ de cet article provient du fil de discussion précédent, à partir d’ici : CLIC]

E la nave va…

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