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Par Toutatis !

Illlustration © ICYP - tritouillage : Cyprien Luraghi 2015

Il fait nuit. Vous roulez tranquillement sur une route de campagne. Soudain, dans un virage, quelques sangliers surgissent sous vos phares. Embardée, tonneau, arbre ; vous êtes mort.

Il fait nuit. Vous êtes tranquillement assis à la terrasse d’un bar. Soudain quelques bipèdes armés surgissent devant vous. Rafale, cris, une douleur indicible vous déchiquète l’âme ; vous êtes mort.

Les sangliers, associés à leurs frères d’armes les chauffards et autres bêtes sauvages, tuent et estropient des milliers de gens chaque année en France. Un vrai carnage, qui se répète tous les jours, tout le temps, partout. Et pourtant, curieusement, personne n’envisage jamais de ne plus utiliser sa voiture de peur d’être victime d’un sanglier, d’un ours ou d’un chauffard. Jamais les autorités ne recommandent de rester chez soi de peur qu’un tel drame survienne.

Les bipèdes armés, eux, font beaucoup moins de victimes. Même après la tuerie du 13 novembre, le décompte de 2015 n’est même pas au niveau d’un mois de victimes de sangliers, ours et autres chauffards.

Et pourtant, chacun est pris d’une angoisse à l’idée que lui ou ses proches sortent dans la ville en période d’attentats. Et les autorités recommandent de rester chez soi, c’est plus sûr (même si la ministre aux yeux de velours nous met en garde contre les terribles accidents domestiques qu’on n’attrape que chez soi et pas dans les lieux publics).

Ça n’a pas de sens. Ce n’est pas parce que ces bipèdes armés sont mus par des intentions criminelles qu’ils sont différents des sangliers ou des ours. Ce qui importe c’est le résultat : la tuerie aléatoire, la faute à pas de chance d’avoir été pris dedans, d’avoir été sur le trajet des sangliers ou à cette terrasse de bar ; c’est la même chose. Au résultat, on est mort par hasard sans que personne ait eu l’intention de s’en prendre à nous en particulier.

Du coup, si ce n’est pas de l’inconscience de prendre sa voiture quand on connaît l’hécatombe annuelle des sangliers, des ours et des chauffards, ça n’en est pas plus d’aller au théâtre et en terrasse de bar dès que les salles et troquets seront à nouveau ouverts. Ça n’a rien de courageux de ne rien changer à ses habitudes après un attentat, aussi épouvantable soit-il. C’est tout simplement du bon sens ordinaire, de la sagesse proche du sol, de la dignité, de même qu’on reprend sa voiture après avoir lu le bilan du mois dans le journal. Le bipède armé et le sanglier, c’est la même chose, et cela relève de la calamité naturelle, des choses qui arrivent et auxquelles individuellement on ne peut rien.

Alors c’est vrai, le bipède armé a décidé de tuer, de massacrer, pour des raisons qui ne regardent que son cerveau sommaire et dérangé, manipulé par des cerveaux tout aussi malades, mais loin d’être sommaires, eux. C’est agaçant de se dire que s’il nous tue, c’est parce qu’il l’a décidé, contrairement au sanglier, à l’ours ou au chauffard. Mais ce n’est que pour lui que ça fait une différence, pas pour nous.

Le problème, c’est que ce bipède armé semble proliférer exagérément ces derniers temps. Ça c’est très fâcheux, et de même que les autorités et sociétés de chasse organisent des battues pour liquider le trop plein de sangliers et éviter la prolifération des accidents, les autorités doivent organiser des battues à bipèdes armés pour éviter qu’ils prolifèrent exagérément. C’est le travail de la Police, de la Justice et des Services Secrets, et c’est un travail qui est bien fait, inutile d’en rajouter à l’infini.

Mais tout comme les battues à sangliers n’éradiqueront jamais toutes ces bêtes et qu’ils continueront donc à tuer tout au long de l’année, les battues à bipèdes armés n’empêcheront jamais que des attentats soient commis ; au mieux ils en limiteront le nombre.

Il faut donc s’habituer à vivre avec cela, et considérer que les attentats font partie des calamités naturelles, comme les avalanches, les inondations, les cyclones, les chutes de météorites, les déclarations de politiciennes blondes et les sangliers qui traversent les routes dans les virages. Ainsi on peut les mépriser sans revêtir sa panoplie de Superdupont, mais tout en restant des gens ordinaires, qui se contentent de ne pas vivre dans la peur.

Et c’est pour cela que le combat de ces organisations terroristes est perdu d’avance, à condition que la population garde son sang-froid. L’idéal d’ailleurs serait de ne jamais nommer ces bipèdes armés, de ne jamais leur donner de visage. On ne devrait jamais parler des frères Kouachy ni diffuser leurs portraits et raconter leurs vies. On devrait parler des tueurs de Charlie Hebdo, voire des frères Ducon, et s’en tenir là. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire « j’ai été tué par Marcel le sanglier », au risque que Robert le sanglier se dise « Marcel est un héros, un modèle pour moi, je vais emboîter ses pas et aller me poster dans un virage».

Il paraît que nous autres Gaulois n’avons peur que d’une chose, c’est que le ciel nous tombe sur la tête. Mais ça, c’était vrai dans l’Antiquité. Depuis, le ciel nous est si souvent tombé sur la tête que nous y sommes habitués, et ça ne nous fait plus peur. Ce qui nous permet de montrer notre cul en rigolant à ces bipèdes armés et de leur affirmer qu’ils auront beau massacrer et détruire autant qu’ils le voudront, ça n’y changera rien, on ne peut rien contre les calamités naturelles, et la multitude innombrable des rescapés de près ou de loin poursuivent leur bonhomme de chemin et ont tôt fait d’oublier la coulée de boue meurtrière déposée comme une déjection canine sur un trottoir parisien. Quant à eux, les bipèdes armés, lorsqu’ils se présenteront au guichet des enfers, ils y trouveront leur dieu qui tout comme nous leur montrera son cul en rigolant avant de les précipiter dans la fournaise, tandis que les soixante-douze vierges retourneront à leurs ébats saphiques.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

…e la nave va…

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Série Z

 

C’est l’horreur.

Un vent à vous désorbiter.

Alerte rouge.

C’est la faute aux communistes talibans.

L’ultragauche a encore déraillé.

Tempête hivernale.

Des tas de kilomètres à l’heure et plein de millimètres d’eau. 

Alors, entre les pannes de jus, on a regardé le fleuve lécher la dernière marche de l’escalier au pied de la maison par les fentes des volets pourris, et puis on a maté des séries Z comme zombies, Annie, Shanti et moi dans l’atelier. 

Et c’était bien.

 

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