Archives par tag : Spleenlancien

STOP DOWN NATION

© Spleenlancien & Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Dans cette boîte à dentier reposait l’identité nationale, fut un temps. Adrien Marquet, quenottier de son état puis maire de Bordeaux et ministre de Pétain, la remit à Maurice Papon afin qu’il puisse y transporter sans crainte son râtelier flambant neuf. Car les chocs de l’Histoire sont aussi violents que ses détails. Cette même Histoire est cependant un long fleuve tranquille et dans le pays où je vis sa constance est tout à fait remarquable ; ainsi prenant exemple sur les hauts fonctionnaires de l’État français, un seul magistrat avait refusé tout net de prêter un infâme serment en 1941 et quelques années plus tard ses collègues continuaient à juger le populo comme si de rien n’était jusqu’à l’avènement de la république actuelle. Peu importe la loi, pourvu qu’elle soit appliquée. Marianne est une fille très simple, un peu comme Bécassine : on lui dit de faire ci et ça alors elle fait, sans états d’âme inutiles. Idem pour les forçats de l’ordre cogneur. Que ce soit le maréchal, le général ou le petit dernier, peu lui chaut : elle applique à la lettre, servile et zélée. Marianne est bonne servante et bonne poire aussi, c’est pourquoi les gens l’adorent un peu comme une déesse antique. Le chef en chef et ses amis sont installés en son sein, appelé corps de l’État, et l’animent en s’agitant à la manière de grappes d’asticots squattant une charogne : on la croit vivante alors qu’elle n’est que dévorée. Le spectacle est bluffant et le populo en redemande à intervalles réguliers en allant s’exprimer dans des isoloirs. Dans la république des Français, le client est roi en fonction de ses revenus : tout le monde peut assister au spectacle dans des fauteuils mous ou sur des strapontins étroits, signe magnifique d’une société sans classes. Car la classe n’a pas cours dans ce régime paradisiaque. Jamais il n’y eut de luttes des classes et encore moins de guerre ouverte comme samedi dernier. S’il y avait eu classes, il se serait passé quelque chose. Mais rien. Juste les crocs du dentier du petit dernier scintillants sur les écrans et tout le monde au dodo, gentiment ensuqué. 

E la nave va !

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Pnutres et putricules

© Impression 3D : un copain de Nono - tritouillage : Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Quel bordel, mes amis. Quelle confusion globale. La pensée politique, de nos jours, tient à la fois du gang bang et du micmac. C’est vrai un peu partout et en France aussi. Affaire Benalla, magouilles lepénistes avec les sous de l’Europe, etc. Et puis en ce moment Mélenchon vitupérant et postillonnant, face caméra, sérieux et congestionné comme le Monsieur cramoisi du Petit Prince. Et partout sur l’internet, pnutres et putricules[1] y vont de leurs commentaires à la con, surinterprétant des shrapnels d’informations souvent bidons, happés par leurs sens, abrutis par l’épouvantable vacarme de ce fatras dégoulinant. Le brun se mêle au rouge, le rose au bleu au vert et toute autre couleur du spectre, formant bouillasse et vilain barbouillage sur la Toile. Pas un pour racheter l’autre. Ne participant plus aux Jeux, j’observe gentiment consterné et amusé aussi. À l’instant[2] le tout premier vol de grues cendrées vient de survoler la maison, tout trompettant. Tout à l’heure j’ai fait une petite flambée dans le poêle à granulés de bois :[3] la première depuis le printemps. Ça fait du bien, réchauffe la couenne et le bout des doigts frappant prestement le clavier. Au même moment des myriades de salauds finis sont au grand bal masqué à l’usine d’équarrissage qu’est l’internet, projetant le contenu de leurs viscères empoisonnées, sans retenue aucune. Ayant chacun son adversaire caché, innommable, innombrable, à abattre. Se sentant assaillis de partout par des hordes hostiles d’envahisseurs nuisibles, à éliminer. Qui les pauvres trop coûteux, qui ceux qu’ils regroupent dans leurs esprits malsains comme bougnoules, youpins, assistés, négros, francs-maçons, satanopédophiles, et qui cathos de gauche, etc… ; qui tout ce qui n’est pas ce qu’ils pensent être eux-mêmes, dur comme fer. Enkystant leurs solitudes terrifiques dans la lueur bleutée des écrans communiquants. Ceux que j’ai coutume depuis longtemps d’appeler les requins du Net[4] sont grandement responsables de ce déferlement de folie furieuse. Goebbels, McCarthy et Staline auraient adoré Internet : leurs successeurs crèchent à la Maison Blanche, au Kremlin et dans la Silicon Valley. Et derrière les Murs rouges à Pékin, et à Ryiad, Istambul, Rome, Budapest, etc. Manipulant marionnettes aux palais et parlements, et petits soldats de plomb. Pendant qu’ici le calme règne au dehors pour je ne sais combien de temps encore, seulement rompu par le passage des grands oiseaux du nord, les joyeux enfants des écoles allant au stade, les déambulations de l’Apache dont j’ai déjà parlé icy et qui ressemble de plus en plus à Raspoutine, de madame Muller perdant gentiment la boule, promenée par son vieux chien, de la factrice enjouée taillant la bavette avec une voisine et du cri de ponte des poules de l’Anglais du coin. 

(© Pierre Auclerc-Galland)

…e la nave va…

  1. Pnutre = © ma pomme et putricule = © Spleenlancien. []
  2. On est le 21 octobre et l’horloge affiche onze heures et quart du soir. []
  3. Que les aminche(tte)s de l’Icyp connaissent sous le nom de Marcel Granule. []
  4. Plusieurs billets leur ont déjà été consacrés ces dernières années : suivre les mots-clés « trouducosphère », « gniasses », et quelques autres… []
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La liberté d’expression c’est la haine

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYPAlors que le monde est mené à sa perte par un copilote paranoïaque, l’Icyp fend le fluide peinardement, piloté de patte sûre par un kondukator de service à l’équanimité proverbiale,[1] visant le cap Nirvana aux confins de l’océan Octétique. La haine déferle librement tout autour de sa petite coque ballotée, mais dont le bois de table encaisse sans broncher la furie des éléments extérieurs.

Autrefois, les fous naviguaient dans une nef. De nos jours c’est l’océan qui est devenu fou. Les monstres marins sont de sortie : leur liberté d’expression est absolue et d’aucuns − la foule compacte des décervelés − s’en réjouissent. Pas moi. Pas eux ainsi que de plus en plus de gens sensés. Mais je ne me fais aucune illusion : à lire les avis de hordes de connards de tous bords sur ce délicat sujet, je sais que c’est pas gagné d’avance et que la raison, la sensibilité, le sens humain, ne sont plus de mise dans ce monde de cinglés livrés aux mafieux faisant régner leurs lois sur le réseau. La loi du fric, la loi du plus fort, la loi de la haine. Cette haine qui est la liberté d’expression des ordures. Masquées, bien entendu.

À l’abusion opposons la désabusion !

(et merci à Spleenlancien pour ses liens si souvent pertinents)

e la nave va !

  1. lol []
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