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Les fumeux histrions

Illustration © Pierre Auclerc - ICYP - 2014

Mon premier, c’était il y a 42 ans.[1] Comment qu’il se la pétait. Un petit gars tout râblé, hâbleur, ventripotent. Enflé de l’importance offerte par son poste si crucial de pousseux de boutons à lumière dans une troupe de théâtre amateur pendant un festival plouc. J’étais fasciné, les yeux puceaux, absorbé par sa brillance ; il dévorait les regards pour s’en repaître. Il était l’indispensable pivot, la cheville ouvrière sans qui la lumière ne se serait pas faite. Et puis il s’était chopé une crève à la con et je l’avais remplacé au pied levé sans chichis : c’était tout con comme boulot, en fait. Inutile de se pavaner pour si peu comme ce coquelet rouquin fier campé et bien fragile en fin de compte. Appeler ça régie technique était en soi ampoulé : pour deux casseroles,[2] autant d’ampoules de mille watts et une paire de rhéostats à boutons de bakélite datant de la guerre froide.

Après, avec mes yeux d’enfant de toujours,[3] j’en ai vu des masses d’autres dans son genre en 42 ans à zoner dans le Grand-Guignol planétaire de ce monde de grands tout péteux. Qui se prennent au sérieux comme c’est pas Dieu permis. À propos de Dieu ou de Nondieu, de cette culture dont ils font grand étalage et de la politique avec laquelle ils confortent leur petit monde intérieur, à défaut de changer le grand au dehors. Et qui se trémoussent en se faisant mousser. Chaque époque a les siens : hippies vedettes, étoiles rock, punks mondains, stars du Net, tribuns postillonneurs cramoisis, barons radsocs gascons, petits marquis neuilléens et bouffissures blondasses fascistes à voix de caramel : de quoi ensuquer son monde, donc. Correctement. 

À chaque fois que j’en croise un, je repense au petit régisseur rouquin et à son ego bedonnant. Là ça fait tilt et je passe mon chemin, sifflotant, insensible au scintillements des paillettes et aux voix de caramel goudronneux. Merci petit rouquin à la con, de m’avoir offert la première vision du ridicule incarné : au siècle neuf où l’imposture s’est faite norme, tu m’es plus précieux que jamais. C’est à ton aune que je mesure la petitesse des grands et le comique des gens sérieux.

Icy nul fumeux histrion en vue : on est tels quels, nous-mêmes, bruts de décoffrage et sans fioritures. Sans masques de cire. Nature.

…E la nave va…

  1. J’en ai 56, là… []
  2. Un projecteur en argot de théâtre. []
  3. Lire le billet lié « Les bonnasses maniérées ». []
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Trompettes dans l’éther

Grues cendrées

Les yeux au ciel

Au delà de la soupe aux nuages

L’azur vibrionne en écarquillant tout grand…

 

Je me dis : le vent glacial les pousse au cul alors c’est pareil pour nous autres plantés comme des poteaux, les pieds dans la merde froide déversée à pleines charrettes par les puissantes canailles gouvernant le monde : profitons de la bise de novembre pour prendre la poudre d’escampette et faire des galipettes dans nos petites têtes pendant que les socialos enculent le populo, après que la bande à Sarko lui ait ouvert la voie. 

J’en ai pour mon argent avec ce nouveau gouvernement. De petits bureaucrates collets montés insipides grisâtres : crachin de novembre au palais. Un vrai régal de tous les sens. 

Oh, comme ils sont minables : c’en est presque émouvant, de les voir patauger dans les ornières tracées par leurs prédécesseurs, empêtrés dans leurs harnais trempés, se tortillant du fion avec leurs œillères bien ajustées, les sabots gras. 

Ah, qu’ils sont admirables, ces héros de l’idée zéro par nous élus au joli mois de mai. J’avais tant espéré voir ce fond de la pensée créative touché un jour et le voici ; et me voilà ravi, comblé d’aise : la vie vaut vraiment la peine d’avoir été vécue un bon demi-siècle pour assister enfin au parachèvement du grand œuvre des médiocres, dont la pitoyable brochette à Hollande est le couronnement. De cette sous-monarchie inavouée qu’on se farcit depuis le putsch des ronds-de-cuir et des notabliaux de 1789. 

Enfin : quatre ans et demi de rigolade et d’entartage à outrance en perspective, ça ne se refuse pas… car la crème chantilly lubrifie bien mieux la démocratie, que la vaseline du pot aux roses. 

E la nave va…

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Billet dur

 

Gentil, ça va bien jusqu’à un certain point ; au delà c’est pure connerie. Jouer au con gentillet, je le fais en certaines circonstances pour tester le potentiel de saloperie d’un méchant individu : c’est rarement décevant. À prêter ainsi le flanc, c’est commun de se faire lacérer les côtes ; mais ce n’est que superficiel et l’étude tant palpitante des caractères humains mérite bien de se choper quelques égratignures au passage, comme le mollet du randonneur sur un chemin, accroché par une ronce. 

Le méchant, il convient de l’éradiquer de toutes manières : c’est un fléau pour l’humanité. La vilenie crasse est sa nature profonde et contrairement à nous autres n’aimant rien tant qu’échanger des amabilités et s’offrir mutuellement réconfort, chaleur et bon plaisir, le méchant ne fait rien pour contrarier sa nuisibilité.  Qui s’exerce depuis le cœur de son vortex dont la puissance centripète happe et broie l’autre en face. Tel que cannibale, le méchant ingère sa substance afin de s’en attribuer ses qualités, sans payer de sa propre personne pour les acquérir. Une fois le gentilhomme épuisé par son vampirisme, le malfaisant le laisse exsangue et en rejette l’inconsommable, à l’instar d’un trou noir recrachant. Qu’à notre échelle nous appelons un trouduc. 

Et du misérable trouduc il s’en ramasse à la pelle dans le beau monde comme dans le tiers et le quart : c’est denrée banale. La plupart cependant n’est constituée que de sales petits cons désagréables : des qui se la pètent et ne pensent qu’à leur sale petite gueule, mais ne possèdent pas la masse critique leur permettant de devenir de fieffés salopards. L’électeur moyen de Murène Lapine en est un bon représentant. Mais il s’en trouve en moindre proportion dans toutes les nuances du spectre visible jusqu’au delà de la boutique à Mélenchon. Lequel est tout aussi odieux par nature que cette basse vilaine et le gniaf en son temps.[1] 

Là, les socialos ont l’air gentil, mais je ne m’y fie pas : des socialos pétris de méchanceté, j’en ai eu connu plus d’un. Donc je veux bien encore faire le gentil jusqu’à dimanche prochain : dès le lendemain, j’enfilerai ma bogue de guerre et les guetterai au tournant, posé sur leur chemin toutes épines dehors, attendant leurs tendres petons tout rosés. 

En partant d’une idée de lamorille ici : clic

E la nave va…

  1. Heureusement révolu depuis le 6 mai. []
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Billet doux

 

Lové, dans l’attente, tout palpitant : c’est l’ambiance du moment. Sans savoir à quelle sauce nous serons mangés ou celle qu’on mangera. C’est la stase.

Depuis l’éjection du gniaf, les réveils sont plus languides[1] . En allumant la radio les poils ne se dressent plus comme au temps où le torrent de nouvelles plus effroyables les unes que les autres, nous faisait sauter dans les savates avec la rage de foutre sur la gueule de ces fumiers qui envoyaient des gendarmes chercher les petits enfants à la sortie des écoles. Entre mille autres saloperies similaires, évoquant irrésistiblement la pestilence maréchaliste. 

Maintenant le calme est revenu : le baume insipide de la normalité cicatrise doucement les plaies à vif et les toxines instillées pendant cinq longues années, se diluent lentement dans les fluides corporels. Il ne nous reste plus qu’à poireauter pour que le doux épiderme recouvre le corps électoral salement amoché d’une fine couche de vernix, lui redonnant belle apparence. 

Et ça repartira comme en 14.[2] Fleur à la boutonnière ou au fusil : même combat. Le surenculage guette nos trous de balles au quotidien à tout bout de quinquennat, comme la mort hantait le moindre recoin des tranchées à Verdun. 

En attendant un monde meilleur, un peu de doux ennui ne peut pas faire de mal à nos petites pelotes de nerfs écorchés.

E la nave va…

  1. Spleenlancien a constaté ça, lui aussi ;-) []
  2. Malgré que nous soyons en 12. []
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Populus ex machina

 

Le peuple. Du Front Nationalitaire au Front Mélenchional tout le monde s’en réclame et parle en son nom. Des foules tombent en pâmoison quand du haut de la tribune des voix fortes martèlent ce mot ; et la masse vibre à son propre unisson : transe transie tétanisant alcaloïde opiat messianique espoir.

Jusqu’au prochain tour. 

Faut bien croire à quelque chose et rien de tel qu’un bon vieux magnétiseur public pour requinquer le credo pâlichon du peuple. Entre le gniaf, Murène Lapine et le Chon, le peuple a retrouvé ses couleurs ces derniers temps : il est servi copieusement et rote d’aise. 

Quelle connerie, franchement : le peuple. Senatus populusque romanus tant qu’ils y sont, les harangueurs populiques contemporains, poussant la beuglante enchanteuse qui incitera leurs sectateurs à glisser petit bulletin dans l’urne afin de les installer pour un bail dans les palais d’une République pure héritière des Napoléons ; comme cette devise romaine trimbalée au fil des siècles depuis la chute des Tarquins jusqu’au dernier souffle d’un empire qui lui aura fait perdre tout sens. 

Comme de nos jours la devise de la République française, hein… triste chiffe usagée suscitant l’émoi sexuel pourtant, de ses usagers ; tant peuple que tribuns agissant en son nom.[1] 

Le peuple. Logiquement, j’en suis. Pourtant j’ai pas l’impression. Enfin : ça dépend. En tant que sujet de sa très gracieuse République, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Comme tout citoyen déclaré à sa naissance en mairie, je sacrifie à ses dieux en remplissant des formulaires administratifs abscons régulièrement, et en raquant un max de taxes. 

Pour le reste, nul ne m’en fera démordre : je ne suis pas du peuple. Ah que non. Quand je vois le peuple se speeder comme des mouches à la vue d’une merde au soleil sur les forums en ce moment, j’ai pas du tout envie d’être de la party. Si c’est ça le peuple : non merci. 

D’un côté t’as les gros racistes bandant pour la fille du sale vioque pété de thunes de Saint-Cloud, qui sont français de peuple exclusivement, et de l’autre les gardiens du temple de la Pureté Écarlate du Chon. On connaît les premiers par cœur : inutile de s’étendre sur leur pestilence de charogne, dont le gniaf en bon clébard, s’est imprégné en se vautrant dedans, enivrant le reliquat de ses troupes suivant son sillage jusqu’à la noyade finale dans la fosse septique de l’enfer brun. Bon débarras. 

Je ne parlerai pas des socialos, ni des écolos : ceux-là n’emmerdent pratiquement personne sur aucun forum. Difficile d’adopter une attitude fanatique ou dévote en écoutant François Hollande causer dans le poste, il faut dire. Idem pour la vaillante Eva Joly qui fait tout pas bien comme il faudrait, même que je trouve ça impeccable comme attitude. 

Et il y a les mélenchouinistes : je ne les trouve pas mieux que les fafs de la Murène, autant le dire tout de suite. Je ne suis pas de leur peuple : c’est clair. Eux ils sont le peuple ; pas les autres. Le peuple qui va casser la gueule au grand capital et faire la Révolution, non mais ! Le peuple mené par le camarade Merluchon qui veut la VIe République à lui tout seul. Le peuple de Gauche pur et dur. 

Paraîtrait que le Chon parle en mon nom : qu’il aille se faire foutre. Je ne veux pas de sa parole d’intercesseur : elle pue la mort. C’est pourquoi je tiens tant à ne pas être du peuple. Moi je suis du petit populo, d’abord. Celui sur lequel crache la vilaine troupe de nervis stalinoïdes du Chon ; du populo qu’il méprise de toute la puissance de son cynisme cinglant de gras bourgeois… Ah oui c’est un brillant orateur : digne successeur de tous les tribuns populistes de tous les temps, qui ont toujours mené les braves gens droit à leur perte. 

Faut surtout pas leur coller la sinistre réalité en face, au idolâtres de ce tigre de papier. Faut pas leur parler de la posture indigne et colonialiste du Chon sur le Tibet : ça les emmerde autant que les national-frontistes quand on leur cause des idées de Faurisson sur les chambres à gaz des camps de la mort nazis. Si leur gourou caractériel soutenait comme il le fait pour la dictature chinoise, le gouvernement d’extrême-droite israélien actuel, en traitant les Palestiniens de la même manière que les Tibétains, comment réagiraient ses sectateurs, si je défendais le droit à l’auto-détermination de cet autre peuple colonisé sur un forum ?

Est-ce qu’ils me railleraient en me traitant d’islamofasciste à la solde du Hamas, à l’instar de ce « réincarnation du dalaï-lama » dont m’a gratifié le Yéti d’Ubu89 hier ici : CLIC, ou TienTien aujourd’hui ? Ayant appris ce qu’ils valent − de la merde brune −, je pense qu’ils seraient tout à fait capables de réitérer leurs vilenies quel que soit le peuple opprimé défendu, tant leur fanatisme haineux les obnubile. Seule importe la satisfaction de leurs bas instincts, et de boucler la gueule au dissident. C’est ça, la voix du peuple : abaisser, avilir, blesser, humilier… et se sentir forts ; tous ensemble, tous ensemble, ouais ! ouais ! Exactement comme une bande de skins démolissant le portrait d’un basané. 

La parole du Chon ne se discute pas : elle s’exécute. 

Je dis une chose : pour Le Pen, les chambres à gaz sont un détail de l’Histoire. Pour le Chon, le massacre du peuple tibétain est un détail de l’Histoire. Logique : ces deux vils personnages ont en commun d’être ultra-réactionnaires et nationalistes. 

Le peuple du Chon et de Le Pen : au cul !
Le populo sinon rien ! 
Le cœur est à gauche et la gauche sans cœur n’est que charogne. 

Je dédie ce billet au noble et vaillant peuple tibétain.

E la nave va…

  1. [han ! han!] []
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