Archives par tag : Sambucus

Machine à lover

Illustration © Cyprien Luraghi - 1990 - 2016 - ICYPY a quoi là derrière ? Oui, il y a quoi donc. Après, il va se passer quoi, dis voir. Qu’est-ce qui nous attend de l’autre côté. Est-ce qu’on va y laisser la peau au passage. Ou bien rien que les oripeaux. Les faux semblants, le vieux monde. Et là soudain dans la descente le sens de l’irrémédiable : pas de retour possible. Trop d’efforts déjà pour se hisser là-haut, si loin. Dis voir, dis voir

Et personne ne répond jamais. Le monde n’a pas été livré avec un organe vocal. L’avenir non plus. Alors on reste dans l’expectative et comme on n’y coupe pas, il n’y a pas trente-six solutions : soit tu flippes comme un rat imaginant le naufrage du navire en plein océan, soit tu t’en tapes complètement et tailles le bout de route gentiment en sifflotant. C’est ce que je fais, à l’instar des grues cendrées que l’ami Sambucus vient de voir passer sur la rive sud du Lot. Quoi qu’il arrive, en avant toute. Cap vers l’inconnu ; ce truc qui se planque derrière. Qui sera ce qu’il voudra : amas de haines, éclats de schrapnels, sang sur les murs, conflits planétaires, irradiation générale. Ou peut-être l’amour, oui c’est ça : l’amour qui propulse nos pattes plus sûrement que la faim au creux de nos estomacs à la vue d’un tendre saint-nectaire et nous fait profiter sans cesse de l’instant présent. Non parce que les guerres, merde. Et que la haine ça va bien cinq minutes : au delà c’est épuisant. Et con à pleurer.

Il n’y a pas de col à franchir et rien derrière, pas même le grand méchant Tout,[1] il n’y a que la lune à décrocher au bout du voyage, du bout des yeux, du fond du cœur… E la nave va, un, deux, trois…

  1. © Lady []
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Dégelée sur la rive nord

Nids de guêpes maçonnes - Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2015

Dans l’armoire à linge, sous la pile, bien à plat planqués, à l’abri dans l’air immobile, juste à température. Envolés, barrés happer la chenille aux rafales d’autan, passé les grues cendrées, l’an neuf et les fèves perçant la croûte aux jardins.

Tous les ans ça recommence : timidement les gonds grincent, les fenêtres s’entr’ouvrent, miasmes et bestioles se diluent dans l’azur incertain rincé de giboulées.

***

Sur la rive sud où crèchent de frustes créatures, Sambucus asperge d’huile à machine à coudre[1] les roulements de son fauteuil à pneus pendant que sur la rive nord je grommelle en dressant les puces des ordinateurs en carafe de mes clients. À la cuisine ça gazouille autour de la table en bois d’arbre : chocolat, café, la jeunesse de passage, le voisinage bricolant à l’entour, Léopardo s’enfilant des bananes à pleins régimes, Marcel Granule ronronnant de concert avec la Moutche, et au loin, très au loin, d’autres grincements et d’autres envolées ont lieu en même temps : les drones et les Rafale sont à la parade nuptiale des engins de mort, dézinguant les coupeurs de têtes amoks pendant que les obus de Vladimir fécondent les terres à blé de l’Ukraine sous les vivats des révolutionnaires sur canapés de la France pépère, rouges et bruns main dans la main, unis pour le pire dans la plus parfaite communion confusionnelle des esprits inachevés.

…e la nave va !

  1. La machinacoudrophilie est un de ses nombreux vices. []
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Rouziquer tranquillou

 

Le bout de gras, ça se discute. Comme tout le reste au demeurant. Jusqu’à éplucher l’os de carcasse ou de côtelette selon la bête, de la pointe du couteau et rouziquer[1] artistement à prestes petits coups de quenottes, le grillé croustillant agrémenté d’une pointe de fleur de sel. De la vie. 

Croûter de la barbaque en bonne compagnie, c’est gagner sa vie bien mieux qu’en s’emmerdant à la foire d’empoigne au dehors où résonne le fracas et retentit la fureur ; c’est une activité antique et increvable, qui comble d’aise autant panse que pensée, les innervant de sucs qui ne sont pas de bile. 

Assemblés comme des pithécanthropes décortiquant le bestiau, dépiauté tout d’abord parce qu’on n’est pas des sauvages et que la société s’épile, se plume et se pèle comme le canard gras ou un chevreuil des grands bois, avant d’être disséquée par notre bonne petite société d’amis avides d’en tirer de doctes conclusions et d’en faire bombance. 

Une fois passée la couenne, on entre dans le vif du sujet : en société. Mieux que lire le journal, et nettement plus roboratif. Entre nous, point  de lutte d’influence, ni désir de puissance, ni jalousie, ni toutes ces conneries qui nous pourrissent la vie… rien que le bruit des mandibules et des os rompus pour en sucer la moelle. Rompus comme les bâtons de nos discussions et conciliabules sur l’Icyp et autour d’une table en bois d’arbre. 

En partant d’une idée gracieusement offerte par l’ami Sambucus ici : CLIC

E la nave va… 

  1. Ronger comme le font les souris (sud-ouest). []
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Flux continu

Une de plus, une de moins : c’est ça qu’est bien à la fin de l’année : ça sent le sapin, la bûche, la chaudière et la terre mouillée. Et les gadgets électroniques confectionnées en Chine Populaire scintillent de toutes leurs diodes luminescentes pour le plus grand plaisir des plus petits et la joie vibratile des grandes personnes au soir venu, les samedis.

C’est ça les fêtes : tout le monde offre du plaisir à tout le monde et se fait plaisir au passage.

Bon : j’ai tendance à voir ça de l’extérieur. Ayant pas mal vécu dans un pays où l’an neuf se fête quatre fois l’an[1] j’avoue m’en foutre un petit peu, de tout ce tralala de circonstance. Entre le solstice d’hiver et l’équinoxe suivant, c’est la nouba au pays des yétis. Bombance, dévotions et supplications à une infinie brochette de déités ; beaux habits et congrès familiaux.

Et puis il y a le bilan de l’année écoulée : tradition universelle s’il en est, depuis que l’écoulement du temps se mesure : à l’aube du temps des machines. La première mécanique a été celle des ancêtres de l’horloge atomique, c’est chose connue[2] : avant ça il fallait se contenter d’observer le ciel avec effroi et humer le fond de l’air dans l’angoisse en poireautant dans la caillante jusqu’à renifler enfin la première effluve des jeunes pousses dardant au soleil forcissant pour une raison ixe, plongeant la jeune humanité dans des abîmes de perplexité à intervalle régulier.

Là, les choses sont devenues simples, claires et nettes : au bout de tant et tant de temps : Nouvel An, donc bilan. Reluisant ou pas : bilan obligatoire pour tous. Nul ne doit y échapper sous peine d’excommunication. Un blogueur bloguant communique son bilan de fin d’année dans un billet spécial pour : j’ai vu ça partout sur l’internet. Où que je pousse la souris : rien que des bilans. Avec ou sans paillettes, petits cœurs animés et chatons débiles. Bilans super chiants de la presse économique ; exaltés chez les conspirationnistes pour qui c’est tous les ans la fin du monde ; consternants pour les consternés ; hallucinants pour les cinglés et tous autres bilans à l’avenant.

Quant à moi : dépôt de bilan.

Voilà : j’ai accompli le rite de passage d’un jour à l’autre. Il faut pas m’en demander plus : le grand bon vent propulse l’Icyp et chasse les miasmes du vent mauvais en flux continu, comme d’hab’. Belle et bonne routine ; doux ronron.

Je vous souhaite rien que du bon, toutes et tous : amour, amitié, de la rigolade à gaver, plein de sous, zéro gniasse pour vous pourrir la vie et l’éjection du gniaf au joli mois de mai, olé !

E la nave va…

  1. Dans la vallée de Katmandou il y a le Nouvel An des hindous, celui des bouddhistes, puis celui des Néwars et enfin le même que dans le lointain Occident. []
  2. Lire le bouquin passionnant de Daniel Boorstin « Les découvreurs » en vente dans toutes les bonnes librairies. []
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C’est bien le diable…

Illustration originale de Pierre Auclerc © 2010

Le Diable est mon copain. En fait c’est un mec sympa ; on a beaucoup dit de mal sur lui mais faut jamais croire les grenouilles de bénitiers coassant et médisant de toutes et tous, toujours.

Le Diable est facile à l’entretien : jamais malade, toujours ardent à la tâche et guilleret dans tous les cas, en toute circonstance. En outre, la maisonnée profite de sa bonne chaleur naturelle, aux frimas venus. Économies de combustible fossile et fissile garantie et par les temps qui courent, ce n’est pas rien.

Et puis pour ce qui est de voler à ma rescousse en cas de pépin, il ne me fait jamais défaut, lui. Ni ne m’engueule jamais quand je fais des conneries ; pas comme le Dieu sympa comme une porte de taule des neuneuthéistes : celui-là, tu peux te brosser pour compter sur lui quand le péril se pointe et que nécessité fait loi ; genre je me carapate et démerde-toi.

Et puis le Diable est naturellement stérile : pas besoin de retrousser les manches pour zigouiller deux portées annuelles de diablotins duveteux : no sex. Pourtant il est réputé lubrique, mais c’est là vile calomnie ; une perdue dans les myriades qu’il trimbale en guise de réputation. Je peux attester de sa vertu ; certes il joue très bien de la queue, mais pour fouetter la crème et les chats seulement : rien que de bien humain.

Alors comme il vaut mieux bon petit diable que mauvais grands dieux, j’invite à un joyeux sabbat dans les catacombes de l’Ici-Blog pour la bonne et simple raison qu’aujourd’hui nous fêtons les anniversaires de Félicité et Sambucus.

E la nave va…

 

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