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ÇA Y VA !

Illustration © Pierre Auclerc - 2010

Fini le schlak du couperet, mais pas le sadisme basal de Quiconque − citoyen du pays de France, quelque part dans le vaste univers − : ayant parcouru la presse du cru in extenso ces derniers jours, je me suis rendu compte que sur des sujets de société bien précis, toutes les tendances politiques se rejoignaient.

Sur Bertrand Cantat, Frédéric Mitterrand et Roman Polanski par exemple c’est très flagrant : les trois bons quarts[1] des commentateurs des articles y faisant référence dans un torchon internétique populiste de gauche tel que Rue89 (dm)[2] disent exactement la même chose que les journalistes de Novopress, merde brune garantie sur facture.

À défaut de peine capitale, on souhaite ardemment l’arrachage de couilles et l’emmurement à vie, ce qui n’est pas mieux. Ou la camisole chimique… enfin : des trucs bien dégueus et parfaitement légaux qui satisfont aux critères des normalisateurs les plus tatillons de cette démocratie libérale avancée,[3] voire blette.

Ça veut que Papon crève dans le béton carcéral comme les prisonniers d’Action Directe : c’est ça que ça réclame à cor et à cris, le Quiconque qu’on croise sur les forums, au troquet ou au boulot.

C’est pas mon genre que celui de Quiconque, autant le dire tout de suite. J’aime lâcher la grappe, en toutes circonstances. L’acharnement n’est pas mon fort; je ne déteste rien tant que voir souffrir les autres. Même les criminels en série et les bourreaux d’enfants; oui.

Tant qu’on est dangereux pour le monde, il faut tenir à l’écart, pas la peine d’en rajouter. Sinon on n’est pas civilisés. Ils sont où, les humanistes de service, sur ce coup ? Ils ne forment pas foule. Pas plus aujourd’hui qu’hier. Et ça se moque des rites barbares des primitifs, encore, et sans vergogne.

On ne peut plus voir tuer à la messe rouge[4] , pas plus qu’on ne voit ce qui se passe dans les cachots de la République : le Quiconque se contente de juter sur la souffrance en lisant les magazines et en déléguant le soin aux exécuteurs des hautes œuvres actuels − matons, toubibs et compagnie − d’en faire chier un max à l’objet de la vindicte populaire jusqu’à ce qu’il crève. Lentement.

La mort lente, le bannissement, l’interdiction faite d’exercer son art : toutes peines inquisitoriales, reprises en chœur par les chantres de la liberté, ne jurant que par les Lumières. Débarrassés de la peine de mort − plombante comme une estocade de corrida − on se concentre désormais sur les préliminaires : il faut qu’ils soient interminables et lancinants à souhait, histoire de s’en coller plein la vue afin d’alimenter les gazettes et les conversations.

Fort heureusement je vis loin de toute cette agitation dont seuls quelques faibles échos me parviennent en lisant les titres de journaux : ne pouvant rien changer à cet état de fait, je me contente de signer de temps à autre une pétition pour la libération des prisonniers d’AD − que je peux pas blairer − de constater la veulerie de Frédéric Mitterrand au ministère, de mater de temps à autre un bon Polanski et de me passer un vieux Noir Désir quand ça me chante à l’atelier.

Rien à branler de ce Quiconque qui pue du cul. Je lui pète au nez. De joie.

 

  1. J’exagère, comme d’hab’… []
  2. De merde ou des mormons. []
  3. Si chère à l’immonde Giscard, sous son règne. []
  4. L’aube des guillotinés, cf : http://guillotine.voila.net/Palmares.html []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , | 650 commentaires
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