Archives par tag : Rêvasserie

Rituel nataliste

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2015

L’astre rutile cendré par dessus les puys et les jours rallongent d’un poil. Le temps est mûr et les conjonctions idéales. Ce 25 décembre, nous autres déconnologues distingués, sacrifions un saint-nectaire du bon faiseur afin d’alimenter notre glande poilante[1] en quintessence de bonne vie : substance indispensable aux pratiquants de la gymnastique zigomatique.

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Bref, tout va bien à bord de la nef des francs-limaçons de l’Icyp. Dehors c’est pas terrible par contre : la malédiction du pétrole engendre son lot de guerres et de bouleversements planétaires de toutes sortes, plus que jamais. Et à un bien plus petit niveau, celles et ceux qui se sont trouvés des atomes crochus sur le forum de Rue89 ont appris que ce magazine allait se faire bouffer par les magnats de la presse. Cet article des Inrocks explique ça pas trop mal : CLIC. C’était tout cuit d’avance : ce canard n’a fait que sombrer lentement depuis son lancement dans l’océan Océtique en 2007. Ni fleurs ni couronnes : après tout ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes et si de nombreux vieux commentateurs les ont soutenus à chacune de leurs galères, j’ai bien l’impression que sur ce coup ils peuvent aller se brosser. Un tel gâchis humain mérite à la fois l’admiration et le mépris, hein. Mais c’est sur ce forum que beaucoup d’entre nous icy se sont connus, donc c’est triste quand même.

L’engloutissement programmé de Rue89 ne changera rien pour moi : l’Icyp a 14 ans bien sonnés et les belles et bonnes amitiés qui s’y sont créées sont faites pour défier le temps. Il ne reste plus beaucoup de petits estaminets accueillants sur le Net de nos jours : de nombreux tauliers ont jeté l’éponge en cours de route : ce n’est pas un métier de tout repos d’écrire à visage découvert, livré tout nu et tout cru aux masques des malfaisants hantant ce réseau qui semble avoit été conçu rien que pour eux dès l’origine. J’ai tenu bon et je ne regrette rien : l’esprit de l’Icyp est intact et indestructible. Ce n’est pas moi, cet esprit : c’est vous. Moi je ne fais que frapper le diapason en rédigeant un petit billet rêvasseur de temps à autre. La belle musique, c’est vous qui la jouez dans le système de commentaires.

L’amitié, bande de bande ! Bon Noël aux chrétiens qui y croient et doux solstice à Touti et Couanti. Et envoyez des sous, ceux qui peuvent et ceux qui veulent : faut renouveler la location du serveur dans trois semaines ;-)

…E la nave va !

  1. Lire le billet précédent []
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Le non dire

Photographie : Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © ICYP 2015Je ne parlerai pas des dernières déclarations du pape de Rome, pas plus que des élections régionales, de la conférence machin à Paris, de la secte des assassins en Syrie, des masses de réprouvés acclamant des escrocs racistes proclamés sauveurs d’une identité nationale hypothétique, et je resterai coi de la même manière sur les grues cendrées qui sont passées cette année sans que j’entende leur chant de vol cet automne ; non vraiment je n’ai pas envie de disserter sur quoi que ce soit aujourd’hui, pas même au sujet de l’illustration de ce billet qui m’a pourtant demandé des heures de boulot l’autre soir, et pas non plus sur l’état d’esprit dans lequel je me trouve en écrivant, là : vous ne saurez rien de tout ça et même plus et que dalle sur l’anniversaire de la mort de Frank Zappa ; rien de rien aussi à propos de la Toile, ni des araignées venimeuses qui la hantent car il n’y a strictement rien à en dire, même que je crains fort vous décrocher des bâillements capables de vous déboîter le condyle mandibulaire le cas échéant et que comme je ne veux aucun mal à personne ce serait vilain de le faire, et puis ça coûterait un bras à la Sécu qui a déjà bien du mal à boucher son trou.

Une seule chose est sûre : e la nave va, les aminche(ttes) !

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Queue de poisson

Illustration : écolier népalais inconnu - tritouillage : Cyprien Luraghi © ICYP 2015Les années 10 sont au frileux, au replié, au nombril, au clavier possédé, à l’héroïque en chambre. Pendant cette décennie, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Et ce sera et c’est déjà. Tout est interprété de traviole par bêtise ou à mauvais dessein, ou bien les deux car malveillance et suffisance sont les deux mamelles de la démence. Cette dernière est hautement contagieuse et se répand comme le virus de la peste dans le populo, qui s’empresse de la fourguer à tout son voisinage en expectorant son insanité à l’entour. Par le truchement de la nouvelle atmosphère insufflée par les frustes mentors de la Révolution numérique.

Quand l’irréel devient la réalité communément partagée il y a comme qui dirait, un sérieux problème. Dans les années 10 il est admis que les hallus émanant des écrans constituent le monde réel. Quand la majorité des éléments de la société le pense, alors ça devient la norme. Ces visions communes sont celles de la banalité policée, puisque tout un chacun vit plus que jamais sous les regards et que singes que nous sommes au fond, fonctionnons toujours par mimétisme. Ainsi baignés dans le flux, la tendance naturelle sera d’aller à l’archétype primitif, simple, aisément partageable, engendrant le moins de conflits possibles au détriment du sel spécifique à chacun.

Ainsi donc l’homme se doit d’être idéal et la femme à son égal avec un e final pour marquer le coup. Comme c’est impossible, il convient de se confectionner un costume de scène et de l’enfiler avant de monter sur les planches. Car tout un chacun est devenu comédien de nos jours. S’exposant au monde entier, il faut incarner la norme devenue folle du mieux que l’on peut. C’est donc l’exacerbation de cette norme hallucinée qui est à l’œuvre actuellement. Le metteur en scène c’est les autres, dont il s’agit de guetter les moindres signes pour agir à leur instar. Ces signes sont des ordres. L’ordre exige que certains incarnent tel ou tel archétype de manière caricaturale. Ils sont agréés par l’ensemble. Ils se doivent d’être agréables. Calamistrés côté mecs et nanas pomponnées, un poil rebelle pour instiller le frisson aventureux aux hamsters de clapiers. Ils sont le rêve commun : lanceurs d’alertes et victimes calibrées sont les héros médiocres d’une époque misérable. Grappillage et appropriation à tous les étages : à défaut de savoir créer sans prothèse à puces électroniques avec sa seule cervelle, ça copie et ça colle à tout va. Et puis ça agglutine et ça mixe.

Et puis la peur de ne pas être. La terreur du vide. L’horreur de se sentir à la fois possédé et dépossédé. De son terroir et de sa nature féminine ou masculine, etc. L’effroi devant cette tâche irréalisable de devoir être à la fois conformiste et remarquable à tout prix. Alors ça se colle des étiquettes valorisantes un peu partout au petit bonheur la chance.

C’est l’insipide modernité d’un monde de fous ordinaires qui voit des bites là où il n’y a que des petits poissons bien gentils.

…e la nave va..

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Alliances contre Nature

Photorgaphie : Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © 2015 - ICYPÇa ne se réchauffe pas et pourtant c’est du réchauffé qui nous est servi. Il s’agit de choisir son camp : les chiens de guerre se grognent au museau. Oui mais voilà : je suis un adepte de la non violence et de ce point de vue tous les camps sont de mauvais camps, actuellement. Ce choix obligatoire ne me concerne donc pas. Je reste en dehors de tout ça, comme toujours. Après tout je n’ai pas été objecteur de conscience pour faire joli, dans les années 70. Mes convictions sont invariables ; celles de nombre de gens autour de moi sont versatiles, par contre. Donc si des amis ou des copains choisissent leur camp de la mort, eh bien je les raye de mon carnet d’adresses d’un trait de stylo-bille et ça n’a aucune importance.

Le camp de la vie c’est vachement mieux : là on croirait qu’elle est en train de s’éteindre mais tu parles : elle ne fait qu’entamer son gros roupillon automnal pour mieux péter la forme au printemps à venir. On tient le bon bout dès que les feuilles tombent. Entre-temps il est question de se la couler douce au terrier. Avec du café chaud et des tartines pour passer le temps agréablement. Offrir les miettes des croissants à la mésange sur le rebord de la fenêtre. Contempler la vigne vierge s’effeuillant lentement sur le mur de la vieille minoterie d’en face. Prendre plaisir à la musique cliquetante des doigts sur le clavier du petit ordinateur. Rêvasser en attendant Godot…

…e la nave va…

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Comité d’accueil

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2015

Le jour qui s’annonce est un grand jour : notre petit quartier de la Pétaudière dans les bas de Puycity, s’apprête à accueillir un nouvel arrivant. Événement rare et remarquable, car les cœurs de nos vieux bourgs ont tant besoin de sentir pulser du sang frais dans leurs vieilles artérioles que sont ses venelles. Pour l’occasion le conseil municipal a nommé une espèce de recoin vague en y clouant une plaque de rue. Car nous ne faisons pas les choses à moitié : tout nouvel arrivant a droit à sa rue personnelle, ici. Tradition surgie du néant et bien plaisante, ma foi.

Déjà, les cancans vont bon train : l’Apache ne pipe toujours pas mot en arpentant notre ruelle, mais son silence en dit long sur le nouvel arrivant. Tout semble soudain si inhabituel : la femme du boulanger tire plus nerveusement sur sa cigarette qu’à l’ordinaire, à sa fenêtre après le déjeuner. Hier, son bonhomme a embauché un poil en retard à trois heures du mat’ en maugréant, mais il m’a tout de même salué de la main en pressant le pas. La Moutche a croqué deux souris sous la table en bois d’arbre, au lieu de l’unique qu’elle me ramène chaque soir. L’autan nous a poussé quelques gouttes de pluie : c’est un signe. S’ajoutant à d’autres bons signes. Car le nouvel arrivant est un bon arrivant : sa venue nous comblera d’aise comme je l’espère de tout mon cœur, notre chouette petit quartier aura l’heur de lui plaire. Le comité d’accueil au grand complet se tient sur le pied de paix ;-)

 

La Moutche et sa souris vespérale - © Cyprien Luraghi 2015

e la nave va

 

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