Archives par tag : Rêvasserie

Victoire !

 

Victoria !

Chaque matin, quand j’allume l’écran, avant d’aborder les horreurs de notre monde à plein flots dans la gueule, je vais faire un petit tour ailleurs.

Centimètre par centimètre, je suis les deux petits robots qui se promènent sur Mars.
J’attends avec patience et impatience la fin du long hiver, qui fige l’obstiné Spirit, et surveille de près le lent réchauffement qui le réveillera, tel un insecte gourd, pour reprendre sa quête.

Je suis ailleurs et j’y suis bien.
Et, tous les jours aussi, je file dans l’éther jusqu’à Saturne.

Après, je sirote mon ixième café en retroussant les manches.
D’autres machines m’attendent, câbles en vrac et tournevis ; lampe frontale et processeurs.
Puis encore d’autres, robots de chair, humains en solde sur le Net, ou bien dans la venelle.

Androïdes…

Qui eût donc pu songer qu’un jour, des humains trouveraient leur cocon, leur content, dans la fusion machinisitique ? Asimov n’avait pas vu le coup venir.

Des voix qui me racolent au téléphone, toutes pareilles.
Des courriels à gogo, bien calibrés.
Des myriades de posts sur des millions de blogs, copies-carbone.

Et parfois des étoiles.
Le chaud d’une peau, le beau d’une paupière, un clignement brillant.
La vie.

La vraie vie est ailleurs. Rien n’est moins sûr.

Des rochers et du sable, un robot à roulettes.

Cratère Victoria.

 

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Emballons les statues !

© Cyprien Luraghi - Inde centrale - 1993

 

Voilà, c’est fait.
Maintenant on ne peut plus savoir
Qui se cache là-dessous.

 

Un dictateur
Un président
Un notaire
Un bienfaiteur
Un artiste mort
Un supplicié

 

Ça n’avait aucun intérêt.
Mais nous pouvons laisser le grand David de Michel-Ange nous montrer ses beautés.

Ouais : le monde est mieux ainsi.
J’ai décrété cela.
C’est pour ton bien, lecteur ! 

 

Publié dans Édits Vespéraux, Inde | Mots-clefs : | 22 commentaires

Monsieur Ah bon…

© Cyprien Luraghi - 1979

 

Il n’avait qu’un seul défaut : il conduisait comme un pied. On le reconnaît à trois choses : Sa façon de serrer la main et de se mettre très près, face à vous. Dans les yeux. Sa manière de dire : Ah bon. Avec le Ah qui remonte à la fin, et le bon qui tombe et traînaille un tout petit peu. Sa gentillesse unique au monde. Ça nous change bien des affreux jojos de l’étage en dessous. L’homme aux quatre carnets d’adresses a été longtemps mon plus cher ami. Là, il dort entre Paris et Lausanne. On a bien failli se viander deux fois, cette nuit-là. Je ne sais pas ce qu’il devient depuis trois lustres, mais je ne me fais pas de mouron. Il y a un rapport entre ce que j’écris maintenant et la discussion que j’ai eu chez IDC aujourd’hui…

© Cyprien Luraghi - 1979

© Cyprien Luraghi - 1979

 

 

 

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Lichen

 

 

 

 

 

 

J’ai une barbe, c’est un lichen.

Une algue sèche et drue,

Évidemment, je passe la main dedans…

Tout au dessus sont mes lunettes,

Je les repousse du bout d’un doigt.

 

 

 

 

 

 

 

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LE FŒHN

C’est un vent, c’est le vent qui fait que la vigne pousse en Alsace.

C’est aussi comme cela qu’on désigne un sèche-cheveux, toujours en Alsace.

Quatre ordinateurs soufflent le foehn par leurs évents, dans mon petit atelier.

Le premier a vu son modem foudroyé par l’orage, l’autre soir.

Il appartient à une grosse dame anglaise, très très gentille.

Le second a eu les pales de son ventilateur coincées par une grosse araignée.

C’est celui de John Quinn, l’ami américain qui écrit des bouquins.

Le troisième est tout plein de virus, qui sautillent gaiement, tel un troupeau de puces.

Il est à Daniel, qui est pompier et bosse à la fonderie de Fumel.

Le quatrième, c’est le mien; ma petite baleine à double processeur.

Il fait quarante degrés et la moiteur est suffocante.

 

C’est le printemps des Indes.

Bientôt ce sera la mousson, avec ses gros nuages bas du cul.

Le Lot, c’est le Gange.

Je suis l’horloger des ordis.

Je chante à tue-tête sur du vieux Annegarn,
la porte est grande ouverte et les touristes se demandent…

 

 

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Publié dans Inde, Tout Venant | Autres mots-clefs : , | 3 commentaires
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