Archives par tag : Rêvasserie

BILLET NOIR 01

© Cyprien Luraghi 2007

23 mars, dans la soirée et jusque tard

27 mars, de fort tard à très tôt

Olive voit deux enfants allongés dans la rue par terre, raides sur le goudron, couverts de mouches, morts ou quasis ; les passants passent comme des parisiens, indifférents devant le sans logis gelé.

C’est chose trop banale à nos deux goûts ; on ne peut accepter cela naturellement ; il faut un cœur de pierre, comme nous l’ont dit nos curetons.

Il ne faut pas penser chrétien, je lui dis. Ceux-là n’ont d’intérêt qu’à l’entretien de leur troupeau de pauvres. Sinon, ils perdraient toute leur raison d’exister.

Faire le bien. Mon cul oui. Larmes de crocodiles, comme la peau qui gaine leurs portefeuilles rebondis et muets. Itou pour les hindous, et les bouddhous qui se complaisent trop souvent sur leurs tapis de laine empilés, jambes croisées devant leurs tasses de porcelaine à couvercle d’argent. Ils n’ont rien, qu’ils nous disent. Mais macache : si leur besace est monacale, c’est autour d’eux et dans leurs temples qu’ils accumulent les dorures qui font crever les pauvres de misère. Et qui prient en leur nom, comme nos piloticiens occidentaux qui prêchent le Jaurès en trichant aux impôts. Les mousselimes aussi, sont sacrés hypocrites, à refuser l’usure aux taux des banques islamiques, immeubles plaqués d’or et limousines capiteuses comme des houris fessues.

Qu’est-ce qu’on peut faire, nous autres, hein mon Olive ?

Déjà qu’on en a chié pour venir jusqu’ici avec nos tout petits kopecks, alors que ces salauds de rupins pourraient muer le monde en paradis en laissant tintinnabuler  les doublons enserrés dans leurs hangars à guinées… qui ne servent à nul, et à rien donc. On dit Bill Gates généreux. Mais c’est une minable miettonne, que ces millions de ronds qu’il obolise en clamant haut qu’il est bien bon.

François Hollande n’aime pas les riches. Quarante mille euros nets lui tombent au bas mot dans l’escarcelle, à chaque mois qui passe. Le Porgne est milliardaire et pas en monnaie de billon. Les costards mal taillés du Ba(y)ron de Béarn, cachent fort mal l’opulence outrancière, la vastitude des terres à gros flouze, de cet homme que l’on dit si simple. Le flicaillon à talonnettes − salut Titou, c’est de ton boss que j’dis du mal, toi t’es mon pote à képi-claque − le Napoléon de Hongrie, cèle en lui l’âme viciée d’un notaire, dont l’avérée véreur causa notre malheur, à nous les Luraghi de Puycity, trois trop longues années durant.[1]

Je me suis longtemps retenu d’abonder dans le tous pourris, mais c’est un bien faible vocable, puisqu’ils sont bien plus criminels que les nazis, en leur sinistre temps de gloire.

Ce sont à ces poignées d’ordures nantipathiques, qu’on doit la misère et la mort des trois quarts des vivants de ce monde. Et Nuremberg entière ne sera jamais assez grande, pour contenir cette ignoble crapasse, lorsque poindra l’utopique matin, où ils prendront la place de Job sur son tas de fumier.

Rassurez-vous, amis européens : ils ont les mêmes ici ; comme partout sur la grande Bouboule.

N’allez pas croire que j’ jérémie, en morigénant ces enflures. On peut très bien les ignorer, et faire notre monde à nous. Faut pas baisser les bras. Jamais. Le vieux Lao dit que l’eau use le rocher, pas le contraire.

On fait cheese, ouistiti-sexe, et on se dit que ce billet tout noir, ne l’est peut-être pas tant que cela.

***

Message perso pour le blog-gang maison :

Faisons jeûner l’obèse rose et croître l’églantine. Une fois.
Aux usurpateurs de Jaurès, substituons L’UTOPARTI. Deux fois.

Et lisons donc de Majid Rahnema : « Quand la misère chasse la pauvreté ».
Collection Babel – Fayard / Actes Sud 2003

On dit oui-chef à son Kondukator
On tire trois taffes sur son spliffounet
On replie le dessus de l’ordino
On tombe les bésicles
On écrase le mégot
Et puis on en écrase
tout court

Cyp
en ligne et à l’oeil

  1. Histoire contée dans le Sitacyp, dont l’accès est réservé à de rares amis maintenant. []
Publié dans Déconnologie, Humain, Népal, Pilotique, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , | 2 commentaires

Le jardin d’Edith

© Annie Luraghi 2006

 

Edith a quatre-vingt cinq ans

elle vit toute seule avec son chien

dans la maison au fond du tout petit jardin

qu’on voit depuis notre cuisine.


Edith est une demoiselle

car aucun homme n’a voulu d’elle

à cause de ses yeux de traviole

qu’on aurait dit gonflés au vitriol

Le soir elle rêve de Weissmuller

en tapotant son chien Tarzan

*

 

Publié dans Humain | Autres mots-clefs : , | 10 commentaires

Cheval. Vapeur.

© Cyprien Luraghi 1994

 

J’erre ou je cours dans un pré carré.
Je dévale les pentes en soufflant des naseaux.
Je suis libre.
Je m’ébroue et je broute ;
Je suis heureux et myope.
Je ne vois pas le barbelé.

*

Publié dans Tout court | Autres mots-clefs : , , | 15 commentaires

Passer l’éponge

Scan direct tritouillé © Cyprien Luraghi 2006

 

Sèche et rêche elle passe, râclant la craie sur le grand noir.
Trempouille et ruisselante, elle efface et caresse
la vaisselle ou la peau.

C’est l’éponge. Elle respire ou se fige ; elle aspire et se fond.

On la presse, elle jute
on la tord, elle se tait.

Pénétrée de tous pores par des sucs très divers
et dépourvue de derme,
elle les contient tous jusqu’à l’incontinence.

En somme, nous sommes tels qu’elle.
On croit qu’on est, mais non.
Seul le vent nous traverse.

La main n’est pas l’éponge : c’est elle qui tient, c’est elle qui passe,
et l’autre ne fait rien.

C’est comme pour les tapettes :
elles gisent sur la table
et les mouches y suçotent
les restes de leurs sœurs
en attendant leur tour
et le bras de la mort.

*

Publié dans Tout Venant | Autres mots-clefs : , , | 34 commentaires

Pays de morts

© Cyprien Luraghi - 2005

 

Dans ses villages, il n’y a nulle
âme qui vive.
Au bord des routes sont ses morts,
debout comme des stèles.

Vivants, voilà : c’est ceci qui advient
quand bornes dépassez
moules brisez
normes dynamitez
cloposses crapotez
et trop aimez.

Coulez vous donc dans le Grand Gris
qui de son carcan-chape
enroidit le pays.

Il fut un temps où non
mais il est révolu ;
telles révolutions le furent,
il y a no future.

Des tout petits oiseaux se disent
en dissertant serrés ainsi que sprats en caque
et rats en cage
qu’ils sont de libres citoyens.

Mais macache :
à l’instar des macaques,
hululant aux métèques
ils s’échauffent le bréchet,
en vain puisqu’ils sont poules.

Frileux gallinacés
se poussant du Caddie
dans les supermarchés.

C’est mon pays, le nôtre,
celui où nous vivons.

Parfois les morts dressés émergent du brouillard.
Parfois encore….

Ce n’est pas drôle.

Ratatinons le borgne
et niquons le Nico.
Virez-nous Ségolène.
Rendez-nous Segalen.

 

 

Publié dans Binosophie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , | 1 commentaire
Aller à la barre d’outils