Archives par tag : Rêvasserie

Passer l’éponge

Scan direct tritouillé © Cyprien Luraghi 2006

 

Sèche et rêche elle passe, râclant la craie sur le grand noir.
Trempouille et ruisselante, elle efface et caresse
la vaisselle ou la peau.

C’est l’éponge. Elle respire ou se fige ; elle aspire et se fond.

On la presse, elle jute
on la tord, elle se tait.

Pénétrée de tous pores par des sucs très divers
et dépourvue de derme,
elle les contient tous jusqu’à l’incontinence.

En somme, nous sommes tels qu’elle.
On croit qu’on est, mais non.
Seul le vent nous traverse.

La main n’est pas l’éponge : c’est elle qui tient, c’est elle qui passe,
et l’autre ne fait rien.

C’est comme pour les tapettes :
elles gisent sur la table
et les mouches y suçotent
les restes de leurs sœurs
en attendant leur tour
et le bras de la mort.

*

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Pays de morts

© Cyprien Luraghi - 2005

 

Dans ses villages, il n’y a nulle
âme qui vive.
Au bord des routes sont ses morts,
debout comme des stèles.

Vivants, voilà : c’est ceci qui advient
quand bornes dépassez
moules brisez
normes dynamitez
cloposses crapotez
et trop aimez.

Coulez vous donc dans le Grand Gris
qui de son carcan-chape
enroidit le pays.

Il fut un temps où non
mais il est révolu ;
telles révolutions le furent,
il y a no future.

Des tout petits oiseaux se disent
en dissertant serrés ainsi que sprats en caque
et rats en cage
qu’ils sont de libres citoyens.

Mais macache :
à l’instar des macaques,
hululant aux métèques
ils s’échauffent le bréchet,
en vain puisqu’ils sont poules.

Frileux gallinacés
se poussant du Caddie
dans les supermarchés.

C’est mon pays, le nôtre,
celui où nous vivons.

Parfois les morts dressés émergent du brouillard.
Parfois encore….

Ce n’est pas drôle.

Ratatinons le borgne
et niquons le Nico.
Virez-nous Ségolène.
Rendez-nous Segalen.

 

 

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Un an sans rouge

© Cyprien Luraghi - 2003

 

…Pour un rougeaud dans mon genre, on pourrait croire à l’anémie.

Mais non : j’ai juste arrêté de me bourrer la gueule.
Quand on sait pas boire, ben on boit pas.

Je ne suis jamais raisonnable,
mais là, je me suis fait eu comme un bleu :
les crus m’avaient cuit !

À picolette et p’tite piquette ,
j’ai préféré pinter ma ruche
au jus d’caoua qu’est pas d’chaussette.

Un grand salut aux allumés d’ATOUTE !
Et merci.

 

  

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Y a plus de papier

Collection personnelle

 

 

C’est la fin des haricots : y a plus de papier.

C’est la panne.
D’où, panique.

Plus de papier, plus de bulles
et plus de papier-bulle, du coup.

Ou bien du cul ?
Du papier en tout cas,
avec lequel on fait de tout ;
des bouquins,
-souvent des merdes-
dont il faut se torcher
les tortueux boyaux
de la pensette.

Qu’avec le Net,
t’as pas de blème : rien que le mot dit tout.

Y a rien, tu peux plus lire au lit…

 

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Le nounours amoché

© Cyprien Luraghi - 2004

 

T’es trop gentil, t’es un nounours.
J’t’arrache un œil, juste pour voir.
C’est peinard : tu bronches pas.
Je te broute les poils à petites quenottes :
tu dis rien, tu bouges pas.

Je te couche tout contre moi, tu me tiens chaud ; je t’aime trop.
Je te fous des beignes au matin, je te jette.
T’es un gros noeud, un gros naïf.
Ou alors tu t’en fous.
Ou bien tu te fous de moi.

Hein : c’est ça, dis ?
T’as peut-être l’air con, mon petit peluchon,
mais t’iras pas au paradis,
je te le dis.

Je te tortille la truffe.
Je te cogne et tu m’aimes.

Après ça, faut plus s’étonner des humains :
dès qu’ils sont mûrs, ils se fouettent au paddock.
Ça leur rappelle des tas de très vieux trucs :

C’est le coup du nounours.

Nuchuchon et patoche,
le plantigrade fourré de son
est en réalité indestructible.

Car les velus naïfs niquent tous les méchants :
ils ont en eux la souplesse suprême
conférée par les gnons.

Pas vrai, Patrick ?

 

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