Archives par tag : Rêvasserie

2038 BODHNATH

© Cyprien Luraghi 2007

La piaule en haut du bâtiment jaune, celle tout à droite ; tu la vois ? 

Je peux te dire qu’il s’en est fait de belles, là : matelas surchauffé à force de frottement sur le tissu, sueurs chaudes, jambes en l’air…

C’est là, dans la maison du vieux Chini Lama, où je fus locataire avec mon ex, une perche californienne hippie, blonde et bêtasse, bouddhiste ornée de pacotille bringuebalante, que je posai mes malles noires pour la première fois sur le plancher des vaches, au pays dont elles sont l’animal national, en 1982.

Je ne verrais aucun inconvénient à y revivre. Mais sans californienne cette fois-ci.
On est aux première loges quand, d’une aube l’autre, le peuple tibétain fait son tour de stupâ.

De cette loge on est témoin du plus grand des tournis du monde ; peut-être même des vastes univers…

 

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Pour des nèfles

© Cyprien Luragi 1987

Le Mespoulet, du latin mespilum
Les nèfles
Nous, on disait « La Ramounette ».
C’est là qu’elle a vécu
toute sa vie


La Ramounette
dans les années d’après la guerre
un peu avant aussi.
On nous l’avait contée
en bien, en mal,
en tort et en travers,
sur tous les tons.

La Ramounette tenait tête
aux gros ploucs pleins aux as,
les pleins de terres
les grands propriétaires
ceux du petit plateau ;
aux notables du bourg
qu’elle abreuvait d’injures
pour peu qu’ils osent
pointer leur bouille
à la Mespouille.

Après la Ramounette
et son pépé le Ramouné,
dans les années soixante
y vint un couple de pochtrons
qui se nommaient Bouchon
pour de la vraie
et pour de bon.

Le mâle, paralysé de ses deux pattes,
ne bougeait qu’en fauteuil
sur le sol de terre crue
dans la cuisine
dedans la cheminée qui fume
ses trois brandons
de bois trop vert
sur le plafond tout noir.

C’est le facteur qui leur portait le rhum
du Negrita
trois, quatre, litres par semaine
qu’il déposait
dans la boîte à courrier
juste dessous le laurier.

Après la vie, la mort.
Et puis le vide
une dizaine d’années durant.

La friche.
L’exode et la fuite vers la ville.
Paris Bordeaux Toulouse.
La ronce.
Les hérissons pépères.
Les chiens en rut
et qui se battent jusqu’au sang
dans la forêt un peu plus bas.
Les grues cendrées deux fois par an
qui se reposent au coin du bois
près de la mare.

En mille neuf cent soixante-douze,
Le père Portès
juché sur son vélo
un dimanche matin
dégringola tout là en bas
dans la basse vallée
à Puycity
où il signa l’acte d’achat
de la propriété
devant notaire
pour sept mille deux cent francs.

Quatre tout petits murs
une pièce et demie
trois hectares sept
dont deux de bois
le reste en bonne terre
qu’il revendit dans la foulée
gardant le bout de pré et la ruinasse
sans rien en faire du tout.

Quelques années plus tard,
celles des babas cools
et des hippies
qui se cassaient sans un regret
des rues de béton gris
vers le grand vert ;

un jour de mai un échalas
qui faisait les marchés
en y fourguant des fripes
titilla le Portès
qui réfléchit pendant un an et plus
et finit par craquer
et puis la lui louer
pour cent cinquante francs par mois.

Il y resta deux ans
et puis refila le relais
à une amie qui venait comme lui
de Normandie
et qui s’était acoquinée
avec un Australien.

C’est en avril quatre-vingt cinq
que je tombais sur eux
tout trempouillé de pluie
sur mon cyclomoteur
avec lequel j’arrivais de Dordogne
de chez l’ami Denis
à deux heures de là
au Nord
dans les bois noirs
sur des serpents de goudron gris
après être rentré d’Asie
en passant par Paris
où notre crèche de copains
allait se faire démolir
remplacer par du neuf
pour les petits bourgeois
propres sur eux.

J’étais envoyé par Solange
qui turbinait alors à Katmandou
pour une association humanitaire
qui s’occupait de dispensaires.

On mangeait au Cosmo
des nouilles tous les jours

 

© Cyprien Luraghi 2007

 

et elle m’avait dit
que si jamais notre cagna du vieux Paris
devait être rasée
que j’avais qu’à
squatter chez elle dans le Lot
tout le temps qu’elle n’y serait pas.

Ses potes allaient partir en Australie
pour s’installer
changer de vie
et tout laisser derrière
sauf le bébé.

Mais nul ne voulait louer la maison
à cause de la Dolly
une chienne de dix-sept ans
couverte d’eczéma
refoulant du goulot.

Mais moi je voulais bien.
Tu parles, Charles !
à trois cent balles par mois
le paradis
un hectare de bois.

Huit ans j’y suis resté
et je n’aurais décanillé
de chez la Ramounette
si on n’était pas dev’nus quatre
dont deux petits,
et bien trop encombrants
pour cette maisonnette.

Après il y a eu Philippe
mon vieux frère keupon
qui est mort du sida
trois semaines plus tard à peine
en mille neuf cent quatre-vingt treize ;

et puis la Caroline
et son troupeau de cataclops,
pas bien longtemps
à peine un an ;
et pour finir le frérot de Philo
qui s’y est morfondu
en pestant contre tout
le monde entier
car il ne sait faire que ça.

Et puis il est parti
chouiner ailleurs.

Enfin tout récemment
ça s’est vendu
à un pépé rupin du coin
qui la refourguera
à des Anglais
ou à des Parisiens
pour des mille et des cents
bien trébuchants,
et ça sera tout retapé
tout décapé
raclé
jusqu’aux fantômes
jusqu’aux esprits
grand ou petits
qui ont vécu ici.

*

 

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VIENS MON VENIN

 © Clément Menuet 2007

 

Paraît que c’est feignant

en fait cela dépend

de quand

 

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Hathi méro saathi

Scan © Cyprien Luraghi 2007 

« Hathi méro saathi »

Éléphant, mon ami (Proverbe népalais)

 

Quand t’en as quatre dans le mois, t’es flic, instit,
ou fonctionnaire de base…

Et quand tu palpationnes le paqueçon,
c’est que t’es l’roi,
ou son fiston.

 

***

Taux de change : 1€ = 85 roupies népalaises en 2007

 

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MIMI MAGASIN

© Cyprien Luraghi 2007

« Tout petit mimi magasin »

L’enseigne qui chapeaute
la devanture minuscule
de l’antique boutiquette
attire moins le regard
du client que je suis,
que le panonceau rouge
vantant les mérites
d’une capote vibratile,
à cent trente roupies,
animée par une pile…

© Cyprien Luraghi 2007

 

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