Archives par tag : Rêvasserie

Léopardo

© Cyprien Luraghi 2007

 

T’as vu ? T’as peur, hein ?

Les boules, les glandes et les chocottes
et tu fais dans ton froc.

Il te bouffe quand tu coupes la canne,
et charries les fagots de la forêt.
Il aime tes enfants en carpaccio
mais il est beau
et rutile et satine,
ronronne et fait sa frime

Il est plus fort que toi
c’est Dieu.
Tout ce qui est plus fort que toi est dieu
avec ou sans la majuscule.

Tu aimerais bien mater Léopardo
mais tu peux pas
et tu le fuis
tu te tailles dans les bois.

Alors tu te le tailles dans le bois,
comme ça, tu te le mets bien dans la poche.
Pour quand t’auras inventé la poche
et la paire.

***

Moi, je te dis ça de dix mille ans plus tard que toi…
Moi Tarzan, toi King-Kong.
Je suis dans ton futur, Untermensch !

On fait mieux de nos jours, cortex de gnou :
on en a inventé des vibrants, avec des piles dedans.
Et des idoles clignotantes, Jésus-Marie !  

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TITANIQUAGE

© Shanti Devi Luraghi 2007
 

 

C’est pas nous qui marchons pas droit
C’est le monde qui va de travers.
La Rue Ketanou

 

Couler le navire pour le redresser,
c’est une drôle de manière…

C’est pas un gouvernement
de sages anchois en caque secs
comme des coups de trique au service du public
qu’on a
mais un baril de brutes.

Je crois que c’est le président qui ne va pas ;
un peuple de moutons dentus
a entrôné un colérique inculte
et puis se vautre dans sa veulerie.

Faisons vinaigre
et virons donc ces huiles

sous les huées !

*

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De prime abord

© Cyprien Luraghi 2007

 

Il faut pousser.Il y en a qui disent qu’il ne faut pas, et moi je dis que si. Comme ça, c’est le printemps. Poussez tout juste le bouchon, l’ivresse est à votre portée… Je l’écrivais hier parce qu’il faisait nuit, et si froid au dehors, et que dans ces cas-là il faut un peu d’espoir en rêvant à des bananiers géants, des éléphants, des plantes qui poussent dru alors que les feuilles tombent.

***

C’est un bébé lézard qui a poussé sur le plancher de notre chambre ce matin, alors que je m’apprêtais à descendre à la cuisine revêtu de ma tenue de Calbuteman.[1]

Je l’ai descendu à la cuisine et puis bu mon café pendant que la bestiole n’exprimait aucun sentiment visible dans sa boîte, sur la table. J’y ai tiré le portrait et puis je l’ai posé dans les joubarbes, sur le muret de la terrasse. Vu de près, c’est un peu un varan. Vaut mieux pas être une mouche. Sauf que là, mon saurien, tu risques bien de la trouver mauvaise : elles sont toutes clapotées. Et après le redoux, t’auras droit au redur. Il s’en fout, le pépère… Il doit même pas savoir ce que c’est que mourir ; ou bien il tournera au ralenti à l’antigel, planqué le sang glacé dans une fente de muraille.

***

Je me recolle vite fait au chaud, avec un autre grand café ; à la radio ils parlent de notre souverain, l’Inique Holà, l’assassin des enfants de Mandrin ; et c’est alors que l’image me revient pour se superposer à celle de la race des prédateurs qui nous gouvernent comme des merdes.

Sous Caligula, au moins, c’était fun. 

  1. Tricot de peau et caleçon en Flanellex™ ; si vous criez très fort je vous envoie la photo dédicacée sur le blog. []
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CHOSE ROSE

© Cyprien Luraghi 2007

 

C‘est elle qu’on voit quand on est ivres, et c’est un éléphant.

Ou peut-être un verrat doté d’une trompette,
si l’on est ne serait-ce qu’un peu
libidineux.
Le socialo français et fin beurré
la tronche plaquée épicéa
après une triste bacchanale
suivie d’une raouste électorale
la voit en flou dans son vomi

la chose rose

s’éloigner dans le caniveau.

*

Et l’inhaleur cannabinique,
le haschischin, lui,
que voit-il
au travers de son kief
et sa fumée ?

Il voit la boule rouge tout au fond
et ne jette pas un œil
au porciderme
qu’il sait être l’écume
d’une volute de pensée fugace.

Il voit un globe de loukoum opalescent
et il a faim.

*

 

J’ai replié en quatre les feuilles d’essuie-mains qui m’ont servi de fond ; j’ai remis la brosse à ongles-éléphant à sa place, sur le rebord du lavabo ; j’ai collé la tomate au congélo. J’en ai toute une collection, conservée à – 20° C.

C’est pour les sauces.

Ou bien pour foutre dans la gueule des piloticiens, parce que je trouve que Noël Godin l’Entarteur est bien trop doux avec le gang de macs qui nous gouverne.

CONGELONS NOS TOMATES !

Et les œufs dans la foulée, tant qu’on y est. Et les tartes. Même les pauvres peuvent le faire : l’hiver promet d’être rude. Vont se congeler toutes seules, vu que vous n’avez pas de mazout dans la cuve… Du rouge ! Du rouge ! Toujours du rouge.

Et le machin rose qui trompine, là-devant, qu’est-ce qu’on en fait ?
Et puis d’abord c’est quoi ?
Le socialisme du réel ? C’est ça, hein ?

Une brosse à ongles-éléphant made in China.

Eh bien voilà : le socialisme fait les ongles propres et je peux toujours me brosser avec.
C’est mou, c’est rose jambon et ça fait pouic quand on appuie dessus. 

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Quel cirque !

© Annie Luraghi 2007

 

D’abord il y a eu les cloches de l’église, et puis alors qu’elles vibraient encore de tout leur bronze, j’ai entendu dans mon demi-sommeil un mégaphone porter une voix surgie tout droit du siècle mort, nasale et cravatée, articulant devant son gros micro à grille nickelée.

Il se passe toujours quelque chose de palpitant, à Puycity. Ce soir c’est le grand cirque qui plantera son chapiteau sur le goudron de la place du haut de la cité, face à la gendarmerie grise de béton. Comme la rue qui mène au pont du Lot, à deux pas de chez nous, et qui est vide la plupart du temps, du moins du pas du troupeau des humains.

— Dis Cyprien… Ils sont où, les gens ?

Padam Ghaley, un ami népalais, me l’avait demandé pendant qu’on traversait la France et ses villages morts, alors qu’il débarquait chez nous pour la première fois.

Seuls les petits gitans piaillent encore, pieds nus sur les murettes et perchés tout là-haut sur le toit des voisins. Nous sommes dans un monde qui vit dedans. Je dis pas que c’est mal ; je fait pareil quand je ne voyage pas. Simplement, ça fait drôle ; et puis ça ne l’est pas vraiment.

J’en veux quand même aux mégaphones du petit matin. Mais pas aux cloches, que Shanti aimerait tant voir se taire.

Il faut garder les cloches, les mégaphones, les scooters aux pots trafiqués, les gitounets et tout le reste aussi, qui fait du bruit. Sinon on est foutus.

C’est tout ce qui nous reste, ici. 

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