Archives par tag : Rêvasserie

pas ci, pas ça

Photographie : Pierre Auclerc-Galland - tritouillage : Cyprien Luraghi © 2009/2018 - ICYP

*

Procéder par élimination, non pas cela, ceci non plus, niet et neti-neti, virez-moi ces merdes, dégagez-les de l’horizon, elles encombrent les sens, et je ne veux pas ça non plus, merci bien, rien de rien me convient bien, et c’est là sans plus rien qu’alors ouvert au vent, sourire en coin d’œil, c’est relâche.

*

…e la nave va…

Publié dans Billet Express, Tout court | Autres mots-clefs : , , | 2432 commentaires

Baigner la girafe

Photographie et tritouillage © Cyprien Luraghi 1998-2018 - ICYP

C’est ça ou peigner la girafe. Donc j’ai décidé de brosser l’éléphant. Mais pour ce faire sans être réduit en chair à saucisse, il faut dompter le bestiau et pour celà, le seul moyen est de faire ami-ami avec. Composer de la littérature chic ou pondre des billets sur Internet, c’est du pareil au même : partir de et parler de soi, emballer le tout de chimères et s’exposer tout nu, tout cru, sans autres défenses que celles éléphantines, d’une tour d’ivoire imaginaire. Le mois d’août n’est guère propice à cet exercice : pendant les grandes vacances la foule se presse au portillon à la maison. Un jour de la semaine dernière ce sont pas moins de vingt personnes qui sont passées nous rendre visite en coup de vent, ou séjournaient chez nous. Rien que du bon monde : famille et bons vieux amis. À discuter de toutes sortes de choses et s’en coller plein la panse, les pieds bien calés sous la grande table en bois d’arbre de la cuisine, équipée de ses deux rallonges pour l’occasion. Comme c’était difficile d’avoir la tête à l’écritoire, j’ai lu. Des pages par ci, des pages par là. Une dizaine de bouquins au final. Dont trois particulièrement : deux d’Édouard Louis, dont j’avais déjà dévoré son premier à sa sortie, et le Retour à Reims de Didier Éribon, que je viens de refermer. J’ai tout adoré, autant le dire tout de suite. Eux et moi on a ça en commun : on vient du même sous-monde et on s’en est barrés. Pour des raisons différentes mais toutes valables. Et puis on a taillé nos vies comme des blocs de pierre brute sous le burin du sculpteur, petit à petit prenant des traits humains. Chacun à sa manière, eux deux escaladant l’échelle sociale, adoptant les us et coutumes du surmonde, y trouvant avantages. En contrepartie d’abandons. Chacun son trip. Moi j’aime toujours autant tremper dans le bain du petit populo : y a que là en bas que je suis bien et me sens parmi les miens. Là-haut c’est pas mon monde. Je m’y sens très mal. Il y a plus de richesses qui s’écoulent de leurs robinets, mais c’est tout. Humainement, ce n’est pas mieux que dans les familles de merde où le hasard nous a faits naître. C’est peut-être même pire. Peigner la girafe c’est super cool, baigner l’éléphant c’est tellement plus magique et palpitant. Mais pas toujours facile, hein ;-)

E la nave va !

Publié dans Billet Express, Inde, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , , , , , , , | 3552 commentaires

Le petit crépuscule

© Paul Grély - Fonds Auzanneau - 1970 - tritouillage : Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Tout dépend des filtres placés devant l’objet du regard. Du globe oculaire au tréfonds l’objet capté s’infuse en un philtre : le corps du délire nous constituant charnellement. À trop intercaler de dépolis et poser de grilles afin de se protéger de la cruauté du spectacle, celui-ci devient étrange, inquiétant, menaçant. 

C’est une façon de voir les choses et les êtres qui est rarement mienne. Parfois cependant, parce que c’est un plaisir particulier éprouvé à ce faire, je me laisse aller à voir le sombre où il n’est pas. Quand en tombant sur cette image dans le fonds numérisé de l’ancien photographe du bourg, l’instant figé dans le nitrate d’argent se révèle ambigu, par exemple. Alors l’esprit vagabonde en ses catacombes et à petites touches, négatif calé dans le logiciel de retouche ad hoc, je broie du noir, projeté tel encre de poulpe sur l’image, et la zèbre de hachures comme autant d’égratignures épidermiques. 

Puis, satisfait du massacre, repu de mon repli infantile du temps des monstres planqués en embuscade sous le lit, j’émerge du petit cauchemar crépusculaire vespéral bien gluant, heureux, et file me préparer un grand café crépusculaire matutinal bien serré pour fêter ça et affronter la réalité réelle et radieuse de la vraie vie du dehors, souriant à pleines dents, paré pour le jour, tête dans le seau et les yeux pas en face des trous.

 

© Paul Grély 1970 - fonds Auzanneau - ICYP

E la nave va ;-)

Publié dans Déconnologie, Spectacle | Autres mots-clefs : , , | 3221 commentaires

Salut l’eumonde !

 

Népal - Bhaktapur - 1985 - © Cyprien Luraghi - ICYP

Le matin après avoir posé la cafetière sur le gaz, je soulève le capot du tout petit ordinateur de travail avec lequel je fais tout. Il se réveille immédiatement, tout vaillant. Plus que moi avant le café, en tout cas. Je file alors saluer notre joyeuse compagnie papotante dans les commentaires, icy-même. Depuis quelque temps la formule rituelle matutinale est le titre de ce billet. Ça m’est venu comme ça. L’eumonde est un peu comme le petit monde sur la photo juste au dessus : peuplé de marmaille folâtre aux aurores sur la placette de l’antique capitale d’un royaume miniature, dans la vallée de Katmandou. Les danseurs masqués en dieux et déesses sortent d’un temple en brique rouge, une à un, prestement. Chacun est aussi une planète de l’univers hindou. L’essaim des gamins les agace à petites tapes aux bras ou dans le dos et tout ça gazouille à l’unisson des passereaux. Si ce microcosme heureux était projeté à l’échelle planétaire, l’euphorie et la concorde régneraient. 

Mais ça n’est pas l’intérieur des choses. C’est voir leur surface en touriste. De nos jours les célébrations des neuf déesses à Bhaktapur ne sont plus qu’une attraction folklorique. En 1985 par contre, les gens du cru y croyaient toujours dur comme fer. Et ce qu’il y a derrière cette aimable saynète est terrifiant. Les lecteurs les plus courageux − et anglophones − s’en feront une idée en lisant cette archive : CLIC. Pour faire très court : les déités déambulantes sont les messagères de la mort ; quand les minots raillent et tapotent les danseurs les incarnant, ils provoquent leur propre mort. Si l’un des danseurs − en transes − les pourchasse en retour et parvient à les toucher, c’est un présage des plus funestes. La vie est un jeu mortel. D’autres rites très étranges façonnent ces festivités d’un bout à l’autre, étant le reflet d’époques reculées, qu’il est difficile d’appréhender en n’ayant pas vécu longtemps sur place avec les gens du cru, les Newars. Savoir tout de même que l’affaire se conclut quelques semaines plus tard lorsqu’une de ces déesses démoniaques arrache le cœur d’un porcelet avec ses ongles.

Tout, partout, tout le temps, est à l’instar de cette scène photographiée et de notre bonne devise icy-même : bidonnant et dramatique. C’est en narguant le Funeste d’une tape sur son épaule ou d’un pied de nez que l’on peut l’outrecuider et l’outrecuire ensuite et enfin l’ingérer afin que notre alchimie interne le transcende en rire salvateur, car comme le disait notre bon maître Rabelais « Mieulx est de ris que de larmes escripre ». E la nave va !

Publié dans Binosophie, Déconnologie, Népal | Autres mots-clefs : , , , , , | 3956 commentaires

Six sept de suite

Illustration © Cyprien Luraghi 2008/2018 - ICYP

*

Sept cent soixante-dix-sept mille

Sept cent soixante-dix-septième

Commentaire en dix ans et des poussettes icy

Un incertain septain s’impose

Comme les martinets le soir au ciel d’été

Matés par le matou gris vautré

Sur la muraille

*

(e la nave va)

Publié dans Billet Express, Tout court | Autres mots-clefs : , , , | 2566 commentaires
Aller à la barre d’outils