Archives par tag : recette

Ô… Coq’ !

Photographie de Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © ICYP 2015

(poème fermier en prose et en rime, c’est selon)
(et allégorique étant donné les moments difficiles que traverse notre beau pays aujourd’hui)
(voire ironique)
(ou satirique ! mouaaaaarrrrffff)

***

T’as eu du bol,
T’aurais pu finir à la coque,
T’aurais pas fait ton coquetier !

Les matins calmes,
La nuit est encore là,
Dans les chaumières ça ronfle,
Dans les étables ça vesse avec langueur,
La campagne gnengourdie
Retient encore son souffle…

Quand soudain !
Putain de coq !

T’es qu’un piaf qu’a du gosier,
Un nain dressé sur ses ergots,
Il aurait fallu te couper les roustons,
Ou te bourrer le cul à coup d’ sabots

Coq à la con,
Ce soir ce sera ta fête,
Tu vas mariner dans du Morgon
Fallait pas se moquer du prophète,

Tu m’as rendu amok
On va te bouffer aux petits oignons
Et j’en aurais pour mon pognon,
Tu vois, je t’aime bien, vieux coq

© Cyprien Luraghi 2015

***

 (note du kondukator de service : ce poème plouquien provient de ce commentaire dans le fil de discussion précédent : CLIC.

…e la nave va…

Publié dans Déconnologie, Tout court | Autres mots-clefs : , , , | 3671 commentaires

Le choubari

 

Lire cet article de Wikipédia sur le shibari tout d’abord : CLIC.

 

Cuisiner, c’est torturer : obtenir les aveux ou des saveurs procède de la même essence.

Au départ la matière brute : un chou du jardin miraculeusement épargné par l’ennemi : cet enculé de ragondin hantant les rives du fleuve toujours prêt à planter ses incisives dans la chair des fruits de la terre amoureusement chouchoutés par Annie et sa copine Adeline en leur jardin.

Et des carottes ; du marché parce que la terre du jardin des copines est caillouteuse à souhait et que pour les carottes c’est nul.

Pour la farce un petit ragondin fera l’affaire, une fois désossé, dénervé et haché menu. Le plus délicat sera d’obtenir son consentement, car l’éthique du choubari exige l’acquiescement mutuel d’ingrédients adultes sinon c’est non.

Le ragondin étant peu consentant par nature, la plupart des maîtres choubaristes autorisent l’emploi d’un cochon, animal consentant d’office, auquel on aura prélevé la quantité de chair à saucisse nécessaire au rituel.

L’huile sera extra-fine et de première pression à froid, l’olive exprimant mieux sa jouissance en étant langoureusement triturée à température ambiante entre deux meules la foulant lentement.

La ficelle sera de lin mercerisé, souple, douce et néanmoins cisaillante, mais pas au point de trancher la feuille : le chou doit rester intact sinon c’est non. La farce ne supporterait pas et elle s’échapperait, en plus. La ficelle à choubari est traditionnellement d’une longueur de un mètre vingt, mais certains choux de fort calibre peuvent nécessiter un bon pied de plus pour l’accomplissement de leur ligotage.

Les nœuds, considérés comme une faute de goût atroce lorsqu’ils sont apparents, ne le seront pas si l’on prend soin de lier la crucifère en la retournant cul par dessus tête. Façon de parler.

La cocotte est en fonte noire : obligatoire. La taille 28[1] est préconisée : le lit de carottes s’y sentira plus à l’aise que dans les modèles ordinaires, plus petits : ce légume endure peu et une trop grande contrainte est préjudiciable à son excitation. On peut se procurer cet accessoire chez Fist Food, rue sainte Croix de la Bretonnerie dans le Marais à Paris.[2]

Contrairement à son cousin nippon le shibari, la pratique millénaire bien française du choubari érotique pousse le vice dans ses derniers retranchements : la jouissance terminale n’est obtenue qu’à la cuisson, après saupoudrage de sel et de poivre : deux substances qui, employées par la main d’un vieux maître choubariste, déclenchent invariablement des torrents d’émoi libérateurs : le légume le plus insensible se révèle soudain d’une lubricité jusqu’alors insoupçonnable ; c’est merveille à voir.

La France compte encore quelques millions de pratiquants du choubarisme, mais cette vénérable tradition ayant apporté tant de joie dans les ménages, est malheureusement en voie de perdition : la jeunesse lui préfère les divertissements caoutchoutés sous atmosphère conditionnée et les ligues de vertus animalières condamnent cet art aussi antique que la corrida, malgré le fait patent que tout le monde soit adulte et consentant, dans le choubari.

Voilà : il m’a semblé urgent de parler publiquement de notre sexualité en péril, car tous les disciples et les groupies de la Déconnologie Pilotique© (lamorillienne) sont choubaristes.[3] Une fois de plus, c’est la faute à nos ennemis jurés : les biomormons.

Nous aurons leurs peaux, camarades ! et de leurs vessies nous ferons des lanternes !

E la nave va..

 

  1. Celle de la photo est vraiment mahousse. []
  2. 499 € franco de port. []
  3. Et adorateurs de Nanabozo : ce sera le sujet d’un prochain billet. []
Publié dans Déconnologie | Autres mots-clefs : , , , , , | 1217 commentaires

Bien parti pour

Illustration © Annie et Cyprien Luraghi 2011

Chaud devant. Le poste de commandement de l’Ici-Blog bourdonne comme une ruche : trois abeilles charpentières inspectent les poutres du plafond pour y forer leur trou et une paire de mouches se donne bien de la joie sur le rebord de la table en bois d’arbre.

Rien n’est plus délicat que de manœuvrer entre les essaims de martinets et d’hirondelles : le pilotage demande du doigté et une longue expérience à la barre : pas question d’abîmer les flancs de mon petit navire, ou de froisser le plumage de ces délicats zoiziaux.

Le rostre fier de l’Ici-Nef fendant la mer de Fiel évite les écueils de l’archipel des Atrabilaires, préservant sa pointe en morille aciérée pour l’éperonnage des coques ennemies en vue. Pour les faire s’ouvrir, il faut bien plus que des chatouillis : valves serrées comme des mâchoires saisies d’un trismus tétanique, ne laissant s’échapper que des excreta secs de manière sporadique. Une spore ne s’y immiscerait pas tant elles sont encoquillées, ces coques cons.

Tristes mollusques musculeux tout en masséters crispés : bientôt vous serez écalés, faut vous faire une raison. Au court-bouillon, les sinistres ! C’est que j’ai des ventres à remplir : dans les soutes ça s’agite et crie famine ; vivement la prochaine armada, qu’on puisse s’en coller plein la lampe et regarnir la cambuse.

Sans ces mornes coques, que serions-nous ? On ne pourrait même pas sucer des roudoudous.

***

Soudain j’ai faim. Des coques aux morilles juste avant le bouquet final du feu d’artifice de la Fête Gniassionale, vite !

E la nave va…

Publié dans Billet Express, Déconnologie, Fabrication | Autres mots-clefs : , , , , , , , , , , | 643 commentaires

Chris Dorje

Chris en 1986 - © Cyprien LuraghiLa photographie est mauvaise : mon appareil ne valait pas un clou et les labos népalais d’il y a trente ans, heu heu… et puis il fallait que les 36 poses de la pellicule durent le plus longtemps possible : c’est pas avec la misère que me payait la boîte de négriers pour laquelle je bossais que j’aurais craint l’explosion du porte monnaie. Alors je n’ai que celle-là de l’ami Chris et il faut bien s’en contenter.

Bodhnath : c’est là que je vivais au début des années 80 avec Deborah au milieu des réfugiés tibétains et des dharma freaks [1] occidentaux.

Du dharma freak, j’en avais jusque dans mon lit ; enfin une et pas des moindres, avec toute la bimbeloterie de bondieuseries tibéto-bouddhiques livrée avec : colliers et bracelets de ficelle rouge, chapelet, reliques et breloques.

Il y en avait de toutes sortes : de l’héritier du brevet de la télévision couleur − Graham − plein aux as et débordant de générosité, jusqu’à de véritables fous furieux ayant définitivement pété un câble comme Jan,[2] en passant par des nonnettes allemandes tondues de frais, confites de dévotion, coincées du trou de cul et du plus haut ridicule. En tout une cinquantaine de permanents, bon an mal an.

Et il y avait Chris. Canadien fin lettré et photographe, un mec chouette comme j’en ai rarement rencontré ; époux d’une princesse bhoutanaise et traducteur du tibétain. On en a siroté des thés et des tomgbas[3]  ensemble, à l’échoppe à momos[4] de la mémé d’en-face.

À dix-sept ans, Chris s’était engagé dans la Navy, ce dont il vite eu marre et de vingt à vingt-six il a été moine bouddhiste, puis est revenu dans le siècle y épouser son amie d’enfance. Moine bouddhiste : quelle drôle d’idée… et il faut rajouter : quel drôle de lama que son maître spirituel : Karma Trinley Rinpoche. À l’époque de notre rencontre − 1983 −, Karma Trinley vivait dans une petite piaule à Bodhnath et n’était pas le plus piètre siroteur de tongba et croqueur de momos de notre petite bande.

Il avait débarqué au Canada au début des années 70 avec un petit groupe de religieux tibétains, à l’invite de babas cools mystiques canadiens… lesquels les avaient laissé choir comme de vieilles chaussettes peu de temps après : une bande de charlots en vérité. Du coup, ses collègues moines étant rentrés au pays, Karma Trinley s’était retrouvé à roupiller sous les ponts et faire la manche pour survivre. De là date sa rencontre avec Chris. C’est sa période − très dure − de mendigot exilé, qui a fait de Karma l’homme qu’il est : un poète bon vivant, profond et rigolard.

J’étais le seul non bouddhiste occidental résidant à Bodhnath : un statut à peu près aussi intenable que d’être un vil païen dans un carmel. Parce que la plupart des prosélytes de cette religion ne sont que de misérables christolâtres mal dans leurs baskets, avant tout. Or l’habit ne fait pas le moine, c’est certain. Les Tibétains, eux, se foutent absolument que vous soyez bouddhistes ou n’importe quoi d’autre : leur religion interdit strictement tout prosélytisme. Mais les dharma freaks, aïe aïe aïe ! Faut se les être farcis comme des momos pendant de longues années pour apprécier toute les nuances de leur monstrueuse connerie.

Heureusement qu’il y avait Chris à Bodhnath en ce temps-là, pour adoucir mon châtiment quotidien. Chris Dorje, la piaule de Karma Trinley, les momos de la mémé d’en-face et la tongba. Loin, loin des biomormons© bouddhous californiens à colifichets.

Chris Dorje de nos jours :

 

Depuis, Chris a longtemps bossé pour la bibliothèque nationale du Bhoutan et il collabore avec Wikipedia et à plusieurs autres projets de la galaxie du Libre :

The Dharma dictionnary (en Anglais)

Quelques unes de ses photographies sur Wikimedia Commons (les agrandissements sont superbes)

Et les momos préparés avec amour par Annie et Shanti ce soir :

Les momos maison - © Annie et Shanti Devi Luraghi 2011

E la nave va…

 

  1. Successeurs des dharma bums de Kerouac en quelque sorte ( cf Les clochards célestes : CLIC et en anglais parce que la page française de Wikipédia ne vaut pas tripette : CLIC )   []
  2. Lire le billet lié « Le bouddhisme rend fou » []
  3. Préparation de millet fermenté sur laquelle on verse de l’eau chaude et qu’on slurpe doucement avec une paille de bambou : CLIC (en anglais) []
  4. Des genres de raviolis tibétains : CLIC ( on en a au menu ce soir à la Maison de l’Horrreur) []
Publié dans Binosophie, Déconnologie, Humain, Népal | Autres mots-clefs : , , , , , , , | 553 commentaires

Tout un plat

Photo tritouillée par Cyp d'un plat de maquereaux préparé par Annie © Luraghi 2010

 

On fait tout un plat de tout ; l’époque veut ça. La polémique bat son plein à grande échelle et s’étale à la une des journaux les plus sérieux. Des morceaux de matières plastiques provoquent des émois planétaires et la façon dont tel ou telle se revêt le corps fait pousser des haut cris comme au temps des croisades.

Je suis sûr que le sang a coulé à propos du dernier combiné téléphonique de poche en vogue ; on s’étripe bien pour des femmes ensachées et des plumes ou autres accessoires ostensiblement plantés dans des parties charnues.

Ça passe son temps à se friter la gueule sur des broutilles, le populo. S’entend : il ne faut plus dire ce mot qui fait tache, mais le peuple, la Nation ; et il est d’usage en ce pays de  compléter ces expressions par française ou français parce que ça la fout bien et ça en colle plein les mirettes de l’Ennemi. Qui est partout et n’attend que la perte de notre proverbiale vigilance pour frapper un grand coup. Au cœur de notre force de dissuasion. Boum. Sirènes des pompiers.

Comme l’Ennemi ne vient pas ou si peu, le peuple français monte le guet et se relaie par quart et finit par virer bredin comme le lieutenant Drogo dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati.

Devenu fou comme un lapin, le peuple français gauchement engoncé dans sa Nation s’entredéchire pour des futilités : le pape par exemple. Aucun intérêt, le pape, si ce n’est qu’il est un excellent combustible pour conversations enflammées. Pareil pour les imams farouches : qu’est-ce que j’en ai à foutre, de ces insignifiants agités ?

Polémique, polémique… qui dit agités dit agitateurs. De peuples. « On régit un grand état comme on fait cuire un petit poisson ». Lao Tseu voyait juste, mais pas nos grands bergers. Bush II avait trop remué la poêle, Adolf tout cramé le poiscaille au chalumeau et des petits Berlus et autres Sarkolas de pacotille s’efforcent à merder lamentablement leur tambouille et ne parviennent qu’à l’insipide surimi au bout du compte.

Le surimi : je suis sûr que le sang a coulé à propos du surimi. Des tas de gens n’ont pas dormi la nuit à cause de la guerre du surimi.

Autant que chez les aficionados et les anti-corrida, les pro et les anti-burgers…

La guerre du surimi n’a pas encore eu lieu ? Qu’à cela ne tienne : lançons-là ! 

[buccins, sang et poussière de cohortes en marche dans le lointain]

 

Publié dans Billet Express, Déconnologie, Édits Vespéraux, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , , , | 563 commentaires
Aller à la barre d’outils