Archives par tag : radio

les bandes passantes

Illustration © Pierre Auclerc 2013

 

L’Icyp tient autant de la ruche que d’une station de radio pirate. Son monde essaime à toute saison, porté par la bonne fréquence dans un fracas d’élytres. Petit monde avide de rapt amoureux, de butin subreptice et fondant zonzonnant droit sur le champ mondial. Qui au retour fait son miel des nouvelles hallucinantes du grand dédale. 

L’Icyp est un bunker sous marin abyssal, aussi. De la surface son périscope et l’antenne émergent seulement, captant au lointain, perçant brume et brouillage, se faufilant vaillamment entre parasites et bruit blanc général. 

L’Icyp fait son oracle du champ du monde en joyeux et doctes conciliabules. 

L’Icyp n’est pas le spectacle qu’il observe.

 

E la nave va…

 

Publié dans Éditorial, Spectacle | Autres mots-clefs : , | 969 commentaires

Radio Nous

Émetteur de bombardier Lancaster - années 40

Silence des rotatives, pots d’encre séchant lentement sur le marbre et rouleaux de papier racornis, chiures de pigeons sur la statue de Gutenberg ; glouglou dans les gros tuyaux, friselis dans l’éther : c’est le règne de l’internet.

L’idée fausse vient du clavier. Comme je le dis souvent : « le Net, c’est l’écriture » et ce n’est pas faux. Sauf que qu’un clavier relié à l’internet est plus proche d’un manipulateur de télégraphe Morse que de celui d’une machine à écrire ou d’un linotype.

Or c’est de la conjonction du télégraphe de Morse, de la transmission sans fil de Marconi et du microphone Bell, qu’est née la radiophonie.

Donc l’internet doit se concevoir non comme étant prolongement des périodiques imprimés, mais à l’image d’une station de radio. Pourtant, il est de plus en plus évident qu’un nombre impressionnant de sites, et non des moindres, n’ont rien pigé à cette affaire.

Ce qui caractérise la radio par rapport à la presse imprimée, c’est qu’on peut y entendre les voix de tout un chacun. Depuis les premiers radio-crochets de Radio Cité dans les années 30, jusqu’à l’invention de la libre antenne par Radio Ici & Maintenant en 1980,[1] ça ne s’est jamais démenti, malgré l’accaparement de la bande FM par les requins.

Ce qui manque furieusement à l’internet actuel, c’est qu’à de rares exceptions près, c’est le schéma de la presse imprimée qui s’y reproduit. À mes yeux, nulle erreur n’est plus grave.

Là-haut, un article ou un billet, comme on voudra. Et en dessous des commentaires. Et entre les deux un mur invisible. Quelle régression !

J’ai envie de péter ce mur. Méchamment, et avec la même jouissance que celle qui a fait tomber le Mur de Berlin.

En attendant mieux, c’est ici qu’on cause : je finis de poser le point final, j’appuie sur le gros bouton rouge avec marqué dessus « on the air » – diffusion en cours – et je saute dans la salle.

Banzaï !

 

 

  1. J’ai été de l’équipe bien avant le premier jour, et importé pour eux plusieurs émetteurs FM italiens en douce ; maintenant c’est la plus ancienne station de radio libre en France et on y parle surtout d’ovnis et de conspirations douteuses… []
Publié dans Éditorial, Fabrication, Pilotique, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , , | 578 commentaires
Aller à la barre d’outils