Archives par tag : Puycity

La trappe

© Cyprien Luraghi 2007

 

Cinq ans de trappe, voilà ce que je viens de me taper.

C’est Titou qui m’a demandé l’autre jour combien de temps j’avais passé dedans.

Depuis l’histoire de la maison que je raconte sur le vieux site j’ai pas bougé tout tout ; je ne suis presque pas sorti.

Une vie de termite, blanchâtre et obstinée mastiquant du bois dur.

Là, je suis en haut, dans la cuisine.
En bas, ça dort ; les ventilos sont cois.

J’ai un passeport neuf, un petit tas de travellers.
Je peux sortir la tête, je peux partir.
La tempête est calmée, les salopards se sont éteints.

 

 

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Le jardin d’Edith

© Annie Luraghi 2006

 

Edith a quatre-vingt cinq ans

elle vit toute seule avec son chien

dans la maison au fond du tout petit jardin

qu’on voit depuis notre cuisine.


Edith est une demoiselle

car aucun homme n’a voulu d’elle

à cause de ses yeux de traviole

qu’on aurait dit gonflés au vitriol

Le soir elle rêve de Weissmuller

en tapotant son chien Tarzan

*

 

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PUDDING CONG !

Scan © Cyprien Luraghi 2006Putaing cong… comme on dit par chez nous.

Le Sud-Ouesteucong est aimé des Britons, c’est chose acquise et sue, exquise aussi parfois…

Tamsin est une heureuse hybride, et débridée, qui nous narra ce contelet, très véridique… C’est des Anglais d’Anfouars-Crassac qui ont offert, l’an dernier, un Christmas pudding au père Pagès, leur papy de voisin… La première fois, ça surprend… T’as les britishers du coin, que tu connais à peine, qui viennent quelques jours avant Noël, et qui t’offrent un panier garni avec des clémentines, des chocolats… et un machin non identifié planqué au fond, qui sent bon le pain d’épice à la gnôle, tout mou et grumeleux, dans un petit saladier. C’est le pudding. Qui nous laisse perplexes, nous autres. Surtout qu’on ne te donne pas le mode d’emploi.

L’an dernier, Ann, une adorable dame vivant à Montéton, que j’avais défendue face aux ogresses de Wanadoo qui lui faisaient raquer au prix fort une connexion fantôme, nous avait porté notre premier saladier… On avait goûté la ragoûtante ragougnasse du bout d’une cuillerette, mais bon, on avait beau savoir que la cuisine, c’est pas leur tasse de thé, ça nous paraissait bien rudasse, comme entremet.

Finalement, le lendemain, par la grâce d’une grognasse croûte qui menaça notre Ann d’une interruption de ligne si elle ne s’acquittait point de la modeste somme de 617 € 57, j’eus droit à la lady en pleurs au combiné… Je la rassurai : j’appellerai la direction des télécoms, à Toulouse, réglant ainsi l’affaire…

−Et le pudding, il était bon ?
− …Euh… ben yes, quoi…
− Vous l’avez laissé cuire combien de temps ?
− Ah ! Parce qu’il fallait le faire cuire ?
− Trois heures au bain-marie le premier jour, et six le lendemain.
− Ah bon…

C’est vrai que cuit, c’est bien meilleur. Même si c’est laid. Mais Tamsin nous a dit qu’en fait, le grand truc, c’est de le napper d’une sauce qu’on confectionne ainsi : Tu prend une plaque de beurre un chouïa ramolli, que tu bats vigoureusement avec autant de sucre, jusqu’à ce que le tout soit blanc et lisse. Là, tu montes le tout comme une mayonnaise, mais tu remplaces l’huile par du brandy − ou cognac, ou Cointreau. Su tu te démerdes bien, tu peux y faire passer toute une bouteille. Quand c’est prêt, tu en nappes le pudding, et tu sers après avoir flambé le tout. Après, c’est toi qu’es tout flambé. Et plombé de la tripe.

Mais revenons au père Pagès. Sa lady avait le goût de la déco ; du panier dépassait une branche de houx… Le pépé souleva la verdure, y vit le saladier, le huma… et en déduit que le brouet du dessous devait être l’engrais. Il planta donc le pudding et son houx dans un grand trou d’un fer de bêche carré en son jardin, et l’arrosa, confiant.  

Publié dans Déconnologie, Humain, Inde | Autres mots-clefs : , , , , | 7 commentaires

Plus jamais ça !

© Paul Grély 1959 - Fonds Alain Auzanneau

Abolissons Noël !

Faut voir comment ça clignote, à Puycity et dans la basse-vallée…
Depuis deux ans, c’est l’invasion des Pères Noël grimpeurs ;
A l’assaut des façades, posés à la va-vite et au péril de l’apposeur,
Ils nous sautent aux yeux quand le soir, au volant de la 305,
Nous sillonnons les routelettes, le coffre plein d’ordinateurs, Annie et moi.

Palpitant sous les strobo-guirlandes EDF-Taïwan,
Ils me les gonflent et suscitent en moi
Les pires des désirs…

Ah ! les voir s’éclater enfin sous la mitraille !
Éclaboussé de chevrotines ricochées…
Heureux !

Cette année est celle de l’apparition des Père-Noëls gonflables et éclairés de l’intérieur.
Cent quarante-neuf euros. Y en a partout.

Une épine suffit, dans une sarbacane…

Le Père Noël fait peur aux enfançons.
Il faut l’éradiquer de son non-être.

Publié dans Déconnologie, Édits Vespéraux | Autres mots-clefs : , , | 26 commentaires
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