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VIRTUEL = FOUTAISE

Illustration © Cyp 2011 − d'après le dessin d'un minot du CP de l'école publique de PuycityFaut pas me raconter de conneries : tout existe pour de la vraie et rien pour de faux. Ceux qui disent que non sont des cons. Virtuel, mon cul… je te vous en foutrais, moi, du virtuel.

Allez expliquer à un minot terrorisé par le monstre tapi sous la commode que c’est du virtuel ; il ne vous croira pas : le seul moyen de venir à bout du monstre est de scier les pieds de la commode.[1] Et encore : il ne sera qu’aplati et profitera de sa raplatitude pour aller s’immiscer nuitamment dans un tiroir à la première occasion. Il ne restera plus alors, qu’à condamner les tiroirs, pour finir par se résigner à aller jeter la commode et son monstre incrusté…

Pareil : il se dit que l’internet est virtuel. Tout y est virtuel il paraît : les octets et les bits composant ses textes et ses illustrations ne se tripotent pas ; les amitiés qui s’y lient sont bidons ; les corbeaux n’y détruisent pas de vies comme autrefois, quand ils dénonçaient leurs voisins aux nazis avec des lettres anonymes pas virtuelles rédigées sur papier. Mon cul, je dis en restant poli.

***

Shanti Devi[2] l’appelle madame Bonbon : d’abord parce qu’elle a le look bonbec britannique rose et or, et qu’il n’y a rien à jeter après dégustation, de cette papillote.

Elle avait l’air d’un chien battu, madame Bonbon, la première fois que je l’ai vue débarquer à l’atelier avec son ordi portable en carafe sous le bras en 2005… Presque cent pour cent des clients ont l’air malheureux comme des pierres, ceci dit : devoir se priver d’ordinateur, c’est souvent plus rude que de se passer de bagnole. C’est que la pensée des gens transite bien plus dans ces machines que dans les automobiles. De la pensée virtuelle, sans doute. La pensée est virtuelle aussi, c’est vrai.

D’ordinaire, le sourire revenait vite aux clients, quand je leur annonçais que leur chère machine à mouliner les octets était débarrassée de ces monstres virtuels que sont les bugs et les virus, que j’éradiquais avec ma scie à pieds de commodes contre espèces sonnantes et trébuchantes. Brièvement éclipsés à l’annonce de la douloureuse, les sourires : pour une majorité de clients, aplatir des monstres informatiques, c’est pas du boulot vu que c’est virtuel et donc forcément pas du travail. Pas comme changer des pneus à une bagnole ou déboucher des cabinets. Finalement j’ai fermé l’atelier : le pognon virtuel des clients gnangnans, je vit très bien sans.

Madame Bonbon n’était pas de ces fâcheux renfrognés, elle. Toute guillerette en récupérant sa machine nettoyée, elle s’acquitta de sa note en papillonnant des cils, l’œil pétillant… mais toujours avec son air las de cocker martyrisé.

Au fil des ans,  elle devint une cliente régulière et puis à force de papoter à l’atelier, on en vint aux échanges de bons procédés : à la pause un jour, je l’invitais à me suivre sur l’échelle de meunier pour aller se coller les pieds sous la table en bois d’arbre à la cambuse et d’y siroter en notre compagnie, quelques boissons cordiales.

Après les rituels échanges de pots de confiture, le christmas pudding offert par madame Bonbon acheva de conclure notre amitié, ainsi qu’un dîner chez elle. Où elle nous raconta tout : ses vingt années passées avec un mari qui la battait en Angleterre, sa fuite en France ; toutes ses infortunes, alignées sans répit ni relâche au long d’une vie. Elle n’avait qu’à se barrer : facile à dire, facile à dire… pour certaines sûrement, et pour d’autres c’est mission impossible pour une foule de raisons valables.

Madame Bonbon n’avait jamais eu de bol ; j’en connais d’autres dans cette situation, mais des qui comme elle parvenaient encore à si bien sourire, excessivement peu. Juste ce petit air fatigué aux commissures des paupières et le restant tout rieur.

***

Et puis un autre jour il y a trois ans, voilà que ça frappe à la porte rouge de l’atelier. Rien de tel pour me faire grommeler : savent pas lire le panonceau, ces cons ? c’est marqué « uniquement sur rendez-vous » dessus… J’ouvre et c’est madame Bonbon. Tous mes effets ritals coupés nets : comment pester devant un petit soleil ?

Madame Bonbon sans son air de clébarde battue : derrière elle se tenait un monsieur Bonbon à poil gris, tout radieux…

À la maternelle il était amoureux d’elle, il y a soixante ans. Un jour il a eu l’internet et le premier nom qu’il a tapé dans la fenêtre du moteur de recherche était celui de sa prime amour.

L’an passé, monsieur et madame Bonbon se sont offert un petit nid d’amour dans un patelin à quelques bornes de Puycity : comme moi, ils emmerdent bien le virtuel : ça peut pas lui faire de mal vu qu’il est virtuel, ce con ;-)

E la nave va…

  1. Recommandation faite par Hulk Ici, à Banana dont les bananaminettes flippaient sur le monstre planqué dans la commode, l’an dernier. []
  2. Notre fille. []
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PUDDING CONG !

Scan © Cyprien Luraghi 2006Putaing cong… comme on dit par chez nous.

Le Sud-Ouesteucong est aimé des Britons, c’est chose acquise et sue, exquise aussi parfois…

Tamsin est une heureuse hybride, et débridée, qui nous narra ce contelet, très véridique… C’est des Anglais d’Anfouars-Crassac qui ont offert, l’an dernier, un Christmas pudding au père Pagès, leur papy de voisin… La première fois, ça surprend… T’as les britishers du coin, que tu connais à peine, qui viennent quelques jours avant Noël, et qui t’offrent un panier garni avec des clémentines, des chocolats… et un machin non identifié planqué au fond, qui sent bon le pain d’épice à la gnôle, tout mou et grumeleux, dans un petit saladier. C’est le pudding. Qui nous laisse perplexes, nous autres. Surtout qu’on ne te donne pas le mode d’emploi.

L’an dernier, Ann, une adorable dame vivant à Montéton, que j’avais défendue face aux ogresses de Wanadoo qui lui faisaient raquer au prix fort une connexion fantôme, nous avait porté notre premier saladier… On avait goûté la ragoûtante ragougnasse du bout d’une cuillerette, mais bon, on avait beau savoir que la cuisine, c’est pas leur tasse de thé, ça nous paraissait bien rudasse, comme entremet.

Finalement, le lendemain, par la grâce d’une grognasse croûte qui menaça notre Ann d’une interruption de ligne si elle ne s’acquittait point de la modeste somme de 617 € 57, j’eus droit à la lady en pleurs au combiné… Je la rassurai : j’appellerai la direction des télécoms, à Toulouse, réglant ainsi l’affaire…

−Et le pudding, il était bon ?
− …Euh… ben yes, quoi…
− Vous l’avez laissé cuire combien de temps ?
− Ah ! Parce qu’il fallait le faire cuire ?
− Trois heures au bain-marie le premier jour, et six le lendemain.
− Ah bon…

C’est vrai que cuit, c’est bien meilleur. Même si c’est laid. Mais Tamsin nous a dit qu’en fait, le grand truc, c’est de le napper d’une sauce qu’on confectionne ainsi : Tu prend une plaque de beurre un chouïa ramolli, que tu bats vigoureusement avec autant de sucre, jusqu’à ce que le tout soit blanc et lisse. Là, tu montes le tout comme une mayonnaise, mais tu remplaces l’huile par du brandy − ou cognac, ou Cointreau. Su tu te démerdes bien, tu peux y faire passer toute une bouteille. Quand c’est prêt, tu en nappes le pudding, et tu sers après avoir flambé le tout. Après, c’est toi qu’es tout flambé. Et plombé de la tripe.

Mais revenons au père Pagès. Sa lady avait le goût de la déco ; du panier dépassait une branche de houx… Le pépé souleva la verdure, y vit le saladier, le huma… et en déduit que le brouet du dessous devait être l’engrais. Il planta donc le pudding et son houx dans un grand trou d’un fer de bêche carré en son jardin, et l’arrosa, confiant.  

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