Archives par tag : Psychopathologie de la normalité

J’encule la liberté d’expression

Illustration © Pierre Auclerc 2011

L’autre soir on a frôlé l’irrémédiable en revenant de chez la tribu girondine dans la BX, Annie et moi. Dans le noir sous la branchure trempouille et glaciale de la forêt primitive du Périgord noir, cahotant sur les nids de poules profonds comme des lochs écossais, nos yeux scrutant le vide obscur de cette routelette ondulante paumée dans le vide effarant de la Plouquie Profonde peuplée d’aborigènes rares et frustes.

La bagnole d’en-face fonçait à tombeau ouvert quand, soudain, deux bêtes noires d’un calibre démesuré, couvertes de soies rêches, surgirent dans le pinceau blême et cru des lanternes de notre phaéton à michelins. Il s’en fallut de peu pour que le choc pliât notre caisse et nous envoie bouffer les pissenlits par la racine dans la glaise frigide. Seuls les réflexes en inox de la conductrice nous évitèrent le pire : son coup de volant salvateur mit fin à ma rêvasserie et mes yeux se retrouvèrent soudain en face de leurs trous respectifs, dans lesquels ils se lovèrent douillettement, ronronnant d’aise.

− Hé bé dis-donc : on l’a échappé belle !  Une fois de plus tu nous a sauvé la vie, o ma douce héroïne !

Ses beaux yeux lasers gris-bleus croisèrent les vieux miens, tout myopes, fermement engoncés dans leurs orbites désormais. Je frissonnai de l’échine, ému, transi, pantelant, le palpitant à 140.

***

Justement, j’étais en train de songeoter au sujet du billet que j’écris présentement, quand deux marcassins dodus ont déboulé, trottinant prestement sur le goudron. On ne roulait pas vite vu l’état de la départementale rapiécée, et la bagnole d’en-face itou.

Faut pas exagérer : au pire on aurait plié le pare-chocs et bouffé du sanglochon en daube. Mais quand on est entre deux comme je l’étais l’autre soir[1] on voit tout en trop énorme, et déformé. Un peu comme les paranoïaques qui voient des ennemis imaginaires partout.

Comme ce petit faf repenti dont le témoignage publié dans Midi Libre qu’on peut lire ici : CLIC me trottait dans la tête, quand les sangliers ont surgi hors de la nuit dordognote. EulChe l’avait collé dans les commentaires du fil précédent et on en avait discuté à partir d’ici : CLIC. (Accessible uniquement aux membres de l’Icyp)

Le mec, il voyait des islamigrés partout, dans sa pauvre tête de sale petit con teigneux malade qui se fait chier dans son patelin de la mort à se pignoler le soir venu en rêvant à la fantasmatique gauloise de souche idéale qu’il ne tiendra jamais entre ses bras. Et à casser de l’Arabe à coups de pompes à clous avec ses copains. Et à faire des descentes en bande organisées sur les grands forums, peinardement, en niquant comme il le dit bien dans son interview, ces tristes cons de modérateurs gogols cramponnés à leurs chartes imbéciles : après avoir écrit cinq ans sur l’un d’entre eux − celui du magazine Ubu89 −, doté d’une telle charte de merde conçue par des biomormons psychorigides réacs malfaisants qui se la pètent, j’ai renoncé à tenter quoi que ce soit d’autre que de cracher mon mépris à la face de ces collabos des temps modernes comme je le fais maintenant.

Il n’y a rien à espérer d’un internet tenu par de tels débiles, pour qui la liberté d’expression se doit d’être absolue, pourvu que le néonazi ou assimilé, proférant les pires saloperies, le fasse en y mettant les formes. Les grands forums, c’est tout dans la forme et rien dans le fond du slip, sinon des traces douteuses dûment désodorisées.

Idem : Luc a collé un autre lien qui en dit long sur cette connerie de liberté d’expression hier, sur le fil… Dans cet article − CLIC − on lit qu’un épouvantable fumier à gueule de con tamponnée sur l’œuf postant des horreurs sur un forum de libre expression américain, s’est fait démasquer par un journaliste, au grand dam de la horde de petits cons ignares défendant cette fameuse liberté d’expression avec laquelle je me torche comme avec le drapeau d’un pays dont la devise nationale comporte elle aussi ce mot le plus dévoyé du monde : LIBERTÉ.

Ma liberté m’enjoint de boucler la gueule à ses ennemis, aussi j’encule la liberté d’expression des fafs, des nazis, des corbeaux de l’internet, des propagateurs d’idéologies mortifères, et je surencule (le Lexique de l’Icyp n’est accessible qu’aux membres insccrits) les modérateurs collaborationnistes, les patrons de plateformes d’hébergement de blogs de corbeaux pourris,[2] les journalistes de la presse geek complices de ce sinistre état de fait et tous ceux qui les soutiennent, pauvres petits cons d’anonymous ridicules de mes couilles.

E la nave va !

  1. La digestion du poulet assoupit le consommateur : j’en suis un exemple vivant. []
  2. OverBlog, tout particulièrement ; lire ce billet. []
Publié dans Pilotique, Spectacle, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , | 1379 commentaires

Idées grises

Cailloux arrangés par François Deloncle

C’est elles qui nous foutent tout en l’air, et les chocottes, et aussi nous rendent plus futés en cherchant à y échapper. Et là, tous les moyens sont bons. Avant qu’à force de broyer du noir elles nous fassent sombrer dans le trou sans lumière, proie des ombres pesantes.

***

Elles m’arrivent parfois comme à tout un chacun, bien entendu. Mais je me laisse pas faire. Ne jamais croire qui dit : c’est impossible d’y échapper ; tu n’y couperas pas. Mentalité de serf, ça. Et de nos jours l’auto-esclavage est très à la mode : partout je n’entends que jérémiades, lamentations et ego-apitoiement : l’indignation larmoyante remplit les unes des vilains canards de l’internet et les témoignages − plus bidons les uns que les autres − suscitent des masses d’émois imbéciles. On se croirait à la messe : le journaliste et le chroniqueur ont remplacé le curé en chaire, et ça nous serine du sermon lénifiant à longueur de tribunes.

Y en a ras le cul de ce macabre cinoche, je dis.  

Debout ! les damnés de la télé !
Debout ! les lapins de clapier !
La déraison secoue les canapés,
C’est l’évasion des lapins.

Être possédé par les idées grises, c’est l’assurance de devenir aussi gris, moche et creux qu’un parpaing. Aller de l’avant droit devant sans se soucier de l’impossible imposé par la norme des biomormons, qui sont mes ennemis jurés. 

En partant d’un commentaire de Konstadt sur le fil précédent : CLIC

Note : je ponds ce micro billet à l’arrache vu les circonstances : depuis une semaine j’effectue de très gros travaux dans le moteur de l’Icyp ; lire ici : CLIC. Les suivants seront plus roboratifs. 

Ouf… e la nave va !

Publié dans Pilotique, Spectacle, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , | 1378 commentaires

Norme alitée

Qunduz, Afghanistan - © 2012 - Photographie : EulChe - tritouillage : Cyp Luraghi

Sur le divan ou le billard : elle est allongée et s’y décortique par le menu. Elle s’offre à l’homme de l’art dans son insipide modernité : la normalité.

Elle est communément acceptée, malgré sa banalité flippante. Même en la trifouillant au plus profond, sa chair reste filandreuse et ses viscères manquent de tripe. Son âme est inconsistante et veule. La norme commune est l’aune d’un début de siècle régressif ; le reflet du désir bridé, de l’audace ratatinée, du courage atrophié, du neuf annihilé dès l’œuf.

Elle s’impose au monde entier : du calibre des ficelles aux lois régissant la servitude volontaire des citoyens conscients de leurs devoirs et craignant la foudre en cas de désobéissance à la statue de la Normalité éclairant le monde. Médiocre et peu encline à franchir les bornes : dans l’ornière, et œillères de rigueur. Pusillanime, froussarde, tatillonne et mesquine.

***

C’est le retour à la normale : cette espèce de cocon feutré faiblement sonorisé par les échos grinçants du passé récent. L’émollience d’après que les coups se soient arrêté de pleuvoir dru. La stase. On a beau la cuisiner sous le scialytique en la scrutant tranchant : rien n’en sourd. La norme y incrustée est hermétique et claquemurée au dedans, qui n’est que repli et pas du genre intime. Elle contient sa rébellion, ne l’exprimant que sous forme d’indignation polie, courtoise et respectant la charte. Pour mieux s’y conformer, la norme a modifié le sens des mots perçus à travers son filtre formaliste : ainsi parvient-elle à se convaincre de posséder un idéal ; qu’il existe un monde paradisiaque à portée de son poing levé ; mais macache. Rien n’est suivi d’effet.

Il n’y a rien à en tirer : la norme est sans jus. C’est sec comme un coup de trique là-dedans, et creux. Rien à en attendre de bon non plus : pas plus que d’une portion de fromage fondu sous aluminium et atmosphère conditionnée.

***

Heureusement que tout le monde ne l’adore pas, c’te foutue déesse programmée comme un insecte par un petit comptable. Dictatrice intransigeante et répugnasse tant exécrée des vrais vivants, zombies délurés inclus et rats de catacombes en prime et en promo de bas de rayon. Parce qu’à la lumière crue du bloc opératoire, laïc et gratuit, je ne suis pas le seul à préférer la petite étoile au bout de l’effet tunnel : l’AQM brillamment prédit pour dans pas bien longtemps par notre prophète bien-aimé. 

En partant d’une idée de Miss Peggy ici : CLIC

E la nave va…

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , , , , | 1114 commentaires

LACANICULE

Il y a des températures positives sur Mars : le gros robot à roulettes américain vient de nous apprendre ça. Ça cogne, comme sur Terre. Mais ça ne se cogne pas dessus comme ici : au pire ça heurte gentiment un gros caillou pour repartir lentement en marche arrière, le contourner et aller de l’avant comme si de rien n’était. 

Ici, ça se cogne sur la gueule en plein cagnard. Notre robot à roulettes cahote et se faufile entre les obstacles sur le sol sec. Que de cons : contingent compact à perte d’horizon du continent. Et roule droit dedans et rentre dans le lard de la planète en perforant sa couenne avec des instruments acérés. Il scrute et gratte l’écorce, guettant toute réaction des formes de vie présentes en masses. 

Dans la fournaise les esprits s’échauffent : les récepteurs d’infra-rouges de notre engin le confirment. Ça sent chaud le soufre et ça s’échauffe tant et plus entre les êtres : sur les plages ça rôtit, marmaille braillante en fond sonore ; au taf ça marine et la maltension se propage à la vitesse du nuage des sueurs axillaires mêlées. Le boss est parti se dorer la pilule aux Seychelles alors grisettes et geekounets se la pètent un max en pétant câble sur câble : tout le stress de l’année il faut l’évacuer là, d’un coup d’un seul à grands coups de gueule, tonitrués. 

Passé les 37, ça commence à craindre pour les fragiles créatures des contrées tempérées qui sous la canicule s’effusent de l’ego pis que chez le psy. Et s’épanchent en torrent de tripes sous les néons des bureaux et sur les forums de l’internet, speedés comme des malades derrière leurs écrans à marteler nerveusement leurs claviers infortunés. Les doigts tout moites. Dans la touffeur les haines crépitant sont comme gouttes en caléfaction sur fonte chauffée à rouge. Face à face ça crache et chuinte en se grinçant des mots poignards. Le dialogue paraît en lui-même constituer une renonciation à l’agressivité[1] : les caméras de notre robot à roulette terrien ont observé ça : vu de loin tout n’est que politesse, mots léchés, agréés par les saintes chartes régissant les relations entre individus. Mais en y regardant de plus près, les instruments d’analyse embarqués captent alors tout autre chose. Dans ce petit cratère, l’agitation molenculaire est à son comble

Un fruste geekounet en chef adjoint super vénère semble ignorer la notion de dialogue, pour commencer. Quand les gens lui disent des trucs très vrais, ils leur crache son venin à la face en retour. Il n’est doté que d’un émetteur, son récepteur atrophié semblant inapte à capter quoi que ce soit d’autre que son blablabla intérieur. Le mimi chatouilleur en platane iridié[2] lancé tout zigouigoui dehors, se prouve inopérant, le sujet étant récalcitrant à toute sollicitation bienveillante. 

Après carottage à cœur du sujet, il apparaît que celui-ci est creux. Passons-donc à autre chose de plus roboratif pour nos antennes. Roule petit robot sous le grand soleil… roule, roule…

Ce billet est composé en grande partie de distillats d’idées lancées dans le dernier fil de discussion par pas mal de monde. 

E la nave va…

  1. Jacques Lacan dans « L’agressivité en psychanalyse« , Thèse III, 1948 []
  2. Arbre sacré du peuple déconnologue d’Alpha du Centaure, dont on confectionne le Poteau 62. []
Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , , | 1417 commentaires

Ci et Ça

 

L’acte de chair. Il n’y a plus tellement autre chose que cette chose. Purement matérielle. Congrès d’organes reproducteurs. Bon plaisir à la clé. Fétiches et fantasmes déclencheurs : mécanique huilée. Lubrifiée au gel à l’eau, de nos jours. À cause du caoutchouc intermédiaire empêchant toute osmose. 

Émetteurs, récepteurs : les corps. Mais pas sur le modèle électronique. Pour nous autres, créatures charnelles, c’est mystère et boule de gomme et les débats feront rage longtemps, entre ceux qui pensent que la matière nous constituant est le support de la pensée, et ceux qui entrevoient un dessein planqué derrière cette usine à gaz, et la manipulant. 

Ne sachant pas, je me contente d’admirer cet aimable méli-mélo, jouissant de son plus merveilleux produit : le bel amour. Pas celui pour son soi : aucun intérêt. Celui pour qui n’est pas ce soi. Justement. Celui qui fait que soudain, le nouveau monde. Avec tout plein de galaxies au loin, scintillantes. 

Le reste alors devient de peu d’importance tant c’est pénétrant, et alors tellement doux. Que peu importe ce que disent les gens qui n’en ont pas, en se foutant la peignée sur les forums de l’internet parlant d’amour. Et alors les guerres de tranchées sur la couleur de la layette et l’efficacité du dernier sextoy, si vous saviez comment on s’en bat l’œil, mon amour et ma pomme… 

E la nave va… pour tous les amoureux du monde.

Publié dans Déconnologie, Humain | Autres mots-clefs : , , , , | 1927 commentaires
Aller à la barre d’outils