Archives par tag : printemps

La philosophie dans le pondoir

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Autrefois, la république s’arrêtait à la porte des boîtes. Maintenant la république est une boîte comme les autres. Avec des petits cadres nolifes psychorétrécis. Le XXIème siècle sera petit comptable ou ne sera pas. Les technorats sont au pouvoir, rutilants comme des savonnettes, canines vampires scintillant sous les leds. Cœur creux comme callebasses et blabla lénifiant. Ça plaît un temps comme tout objet jetable. Attendons donc la date de péremption de ces yaourts à masques de cire : ça ne saurait trop tarder, je le vois dans ma poule de cristal.[1] 

Sinon il paraît que des tas de gens gobent n’importe quoi, de nos jours. Des flopées d’études américaines et de sondages commerciaux le disent, et la presse catapulte la nouvelle en haut de page. Comme s’il n’y avait jamais eu des masses considérables de décervelés pour croire à toutes sortes de bobards, de tous temps. Car la fameuse nature humaine est une mixture d’animalité réflexe, de réflexion bordélique et d’intuitions souvent foireuses. C’est ce qui fait aussi le charme de notre espèce désespérante : les robots sont encore bien plus cons que nous, qui ne font que brasser de l’octet en fonction de la situation afin de réagir en conséquence. Le coté positif de nos lupanars intérieurs leur interdit de devenir des poètes, des artistes fabuleux de toutes sortes et ils sont condamnés à ne devenir au mieux que des présidents géniaux à QI hypertrophiés comme il s’en trouve actuellement des deux côtés de l’Atlantique. Dans des genres assez différents il faut dire. Mais au fond, en y réfléchissant bien, c’est kif kif bourricot. 

Le génie à gros QI est à portée de clic et de tout un chacun : il suffit de se proclamer tel sur le réseau et grâce à la crédulité et au mimétisme animal, des gogos vont le croire. Tenez, moi qui ne suis qu’un modeste génie à QI médiocre, je n’ai que fort peu de crédit auprès du troupeau. Jamais je ne serai un berger populaire. C’est terrible. Et de réaliser ça à la veille de mon entrée dans la liquide sénescence,[2] ça me fout le bourdon. Partout où se pose mon regard, je ne vois que des djinns malintentionnés et autres monstrounets œuvrant à ma minabilisation, et ce jusqu’à dans mon assiette. 

Mais qui dit djinns, dit scirocco et vent d’autan : ça sent déjà l’printemps, les aminches ;-)

…e la nave va… !

  1. Seul le kondukator cosmoplanétaire de l’Icyp est fourni avec une poule de cristal, dans laquelle il voit des choses improbables mais d’un hyperréalisme confondant. []
  2. © Léo Ferré dans « Il n’y a plus rien ». []
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hip happe

Illustration © Pierre Auclerc - ICYP - 2014

*

les mouches c’est chiant
enfin ça dépend pour qui
j’en fais mon régal
personnellement
c’est l’printemps, elles sont de sortie
tout comme les abeillons faisant mon miel

au cœur de  la toile à guetter
l’imprudent bourdon à portée de happe
par ici mon coco, pénètre en mon vortex

tu verras
mes villosités gastriques sont aussi douces que soie
ma soie
ma foi
happe, happe

*

e la nave va

 

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Les yeux du vaste monde

Illustration originale © Pierre Auclerc - 2011

Trente degrés à l’ombre hier à Puycity… les premiers lézards qui pointent le bout du museau sous les mousses et vlan : la griffe du matou se plante droit dedans. Et le lézard se tortille et le matou fait mumuse avec, et la rombière de passage verse sa larmichette en chouinant sur la cruauté du félin.

Et le matou s’en fout, du rombier autant que de la gazière.

Et le grand esprit des lézard s’en tape idem : des hordes de lézardounets nouveaux pointent déjà le bout de leur museau de derrière les mousses, sur la terrasse ; prêts à se lancer dans la vie ou dans la gueule du chat comme si de rien n’était. D’ailleurs rien n’est, c’est un fait. Tout ça, c’est du spectacle. Ça va, ça vient, ça brasse.

Et moi ? je lézarde et rêvasse à la cuisine. Tranquille, peinard. Pétunia[1] qui miaoule rauque et atrocement faux, vautré à mes pieds en réclamant ses croquettes, parce que les lézards c’est bien joli mais pas bien comestible. Pas plus mangeables que le Godzilla du billet précédent de l’ami lamorille.

Pas plus digeste que le plutonium en liberté et l’injustice du vaste monde, le lézard. Le vaste monde qui se lézarde au lieu de se la couler douce ; comme c’est dommage. Enfin le vaste monde fait comme il veut ; étant à côté de la plaque, nulle secousse tectonique ne peut agiter mes orteils vu que je suis à côté de mes pompes aussi.

Il y a le monde vu par le rombier et la gazière, et celui du matou et du lézard : entre les deux mon choix a été vite plié : ni rombière, ni gazier ! L’anthropomorphisme n’est pas mon truc. Même sur les êtres humains je ne projette rien : ils sont tels quels et font ce qu’ils ont à faire à leur manière, comme n’importe quels lézards, greffiers de gouttières ou mouches à merde.

Ça fait ça à des gens qui ont beaucoup roulé leur bosse, il paraît. Je confirme : ça me fait bien cet effet. Et ça fait tout pareil à ceux qui écrivent des histoires et comme j’en suis, alors va pour voir le vaste monde avec les yeux d’un animal, reptile ou mammifère, velu ou écailleux, bipède ou propulsé de n’importe quelle autre manière, façon lombric ou mille-pattes.

Et cet enfoiré de matou qui mendigote pour que je lui ouvre la porte : à cette heure il va emmerder les pipistrelles, à tous les coups. Ou courir la fumelle : c’est de saison.

[crépitements de coques d’œufs de lézards se lézardant derrière les mousses de la terrasse et batailles de matous dans la venelle en fond sonore]

E la nave va…

 

  1. Lire les billets liés « Cachalot et Pétunia et « Hors Chatte ». []
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Paradoxale doxa

Photo trouvée sur disque dur à la benne - tritouillée par Cyp Luraghi © 2010Une hirondelle ne fait pas le printemps, putain.

C’est à n’y rien comprendre : il en va de ce printemps comme de la physique quantique et de la doxa : on sait que ça existe mais ça s’arrête là.

Plein de mots comme ceux-ci que nous connaissons uniquement pour les avoir fréquentés dans le dictionnaire mais n’excitent aucun influx dans nos ciboulots las d’apprendre des absconseries. Le printemps c’est pareil : la rumeur publique dit qu’il y fait doux. Ne pas se fier à la voix du peuple, pas plus qu’à celle de ses dirigeants qui en sont issus.

Seuls les dirigeants de droit divin sont attitrés. Seulement voilà : non content d’avoir des doutes sur l’existence d’un être supérieur supposé m’avoir créé,[1] je suis du genre à ne pas faire confiance aux marchands d’aspirateurs. Dieu frapperait à ma porte que je grommellerai à peine, pas plus en tout cas qu’avec un client pénible. Alors vous pensez bien comment je recevrais le président d’une république.

C’est pour ça que j’ai choisi l’arnarcho-situationnisme. Facile : personne ne sait exactement de quoi il en retourne ; comme ça : peinard. Depuis que je définis comme tel, on me fout la paix. Ça cloue le bec direct :

− Z’êtes quoi, vous ?
− Anarcho-situationniste.
− Ach. C’est de gauche ou de droite ?
− De l’extérieur.

Exit. On passe à autre chose de nettement plus intéressant : l’incroyable impossibilité de cerner le concept du printemps de cette année. Parce que la mémoire du dernier printemps s’est évaporée. Donc du coup on ne sais plus ce que c’est et il faut nous raccrocher à de faibles symboles : les hirondeaux se gèlent les noisettes en criant famine l’air hagard dans leur nid : c’est le printemps. Par exemple.

Répéter vingt fois cette formule le matin et vingt fois de suite tous les jours du mois de mai, selon la méthode de ce brave monsieur Émile et non seulement la vie sera plus belle, mais vous vous foutrez de tout ce qui passe à votre portée et vous serez ainsi mué en anarcho-situationniste.

Vos nombreux et pugnaces adversaires n’y résisteront pas : ils claqueront tout net, la gueule enfarinée et bavant comme limaçons en barrique.

Et le paradoxe ? Justement : c’est de lui et bien d’autres choses que devisaient quelques bons amis sur le fil de discussion du billet précédent, Ici :

CLIQUEZ TRÈS FORT : PAGE LONGUE À CHARGER

***

Ce billet est dédié au bienheureux Émile Coué et à tous les joyeux déconnologues qui tiennent bon malgré la doxa imbécile − et ô combien incomprise. 

 

 

  1. Sur mes parents déjà j’émets de sérieuses réserves. []
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Radical Imago

© Pierre Auclerc - Tritouillage : Cyp Luraghi 2010Après le mûr vient le blet et nous y sommes. Un certain fripement, prélude à la chute en mollesse ; un roidissement avant la fonte ; le monde que nous connaissons : tombe compost.

Ça ne trompe pas : tout s’exacerbe, gêné aux entournures, craquelant.

C’est clos et dans un pot, devenu sourd et effréné, à tombeaux ouverts vers l’étroiture : droit dans le mur.

Aux idéaux a succédé la bête idéation : production des pensées comme sucs épigastriques ou saucisson.

Il reste des cultes de tous ordres, pas seulement religieux ; les partis politiques mués en temples à fétiches alors que les églises se barrent en figues pétrifiées : mythes et mites dans le même sac.

Dans l’ère de l’Objet chaque chose est d’abord étripée de son sens, dorée à l’or fin et sacralisée. Nous hissons aux podiums : le Général, Jaurès, Proudhon, Maurras, Trotski, Bénabar et le yaourt au lait reconstitué en promo chez Leader Price. Les classes supérieures sacrifient à Danone.

Écoutez un socialiste chanter l’Internationale et voyez son poing levé.

Entendez les hauts dignitaires du panthéon chanter les louanges de l’amour.

Voyez comment partout on se saigne aux quatre veines pour des vieux dieux, la démocratie, le veau élevé sous la mère pour tous, le droit à la croûte et l’encroûtement au bout du compte.

J’allais oublier la race − on dit la souche désormais − : cul de tronc sec aux racines cariées, sans suc et sans sève. Des branlotins secouant hargneusement leur sexe face à l’armoire à glace en admirant leur teint de lait (ou d’ébène, ou leurs pilosités auriculaires).

Hé oui, nos civilisations sont en grand danger : le joli printemps plonge ses racines au cœur de ce tas de fumiers.

Entre nous : il n’y a pas de quoi pleurer.

Butinons les décombres !

 

Billet pouvant contenir de vrais petits bouts de papote du coin du zinc dedans.

 

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