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Exit le Blaireaupard !

© Cyprien Luraghi 1996

2 mai 1990

− Passe me voir maintenant. 

 J’étais rentré la veille d’une balade de dix mois à pinces à travers l’Himalaya et la cabine téléphonique parisienne en aluminium brossé était terriblement exotique, comme tout le reste d’ailleurs : les aborigènes feutrés et leurs célèbres regards furtifs ; les pages jaunes de l’annuaire, les platanes en cage.

La veille du retour, à Katmandou Bruno m’avait dit : t’as qu’à téléphoner à Arthaud : ils sont spécialisés dans le bouquin de voyage. Donc Arthaud. La dame au téléphone n’était pas aimable et me disait des choses bizarres : comme quoi j’aurais dû les contacter avant le départ pour proposer mon bouquin. Dans ces cas-là je n’insiste pas et raccroche le biniou en pleine conversation : pas de temps à perdre avec des pied-tendres. 

 A : pas des masses d’éditeurs en A. Mais Albin Michel. Le gars m’écoute jusqu’au bout et me dit : passe me voir maintenant.

C’est minuscule et plein de bouquins, son bureau. Au bout de dix minutes il m’invite à aller nous en jeter un au café du coin de l’avenue. Au bout de trois demis chacun il est partant et moi aussi. Moi au moins, j’avais un vrai voyage à raconter par écrit : pas une aventurette sexy ni un truc de mec super velu faisant l’homme-sandwich en haut de l’Everest pour ses sponsors. 

On se tape dans la main et on se dit à plus. 

***

Un an plus tard

Dis Cyp : faudrait que tu passes à Paris pour les corrections. 
− Ça va pas la tête, Sergio ? j’ai une gueule à monter à Paris, peut-être ? T’as qu’à descendre dans le Lot : y a de la place à la Ramounette tant que tu veux.
− Okay : je ramène un sac de couchage ?
− Ouais.

C’est là qu’on est devenus copains, Serge et moi. À nous fritter la gueule jusqu’à pas d’heure autour du feu de bois sur le pré, en sifflant des cubis de cahors et en tirant sur des pétards. À pinailler sur le moindre point-virgule : comme premier éditeur je pouvais pas tomber sur mieux que ce numéro-ci. Quel chieur ! Non mais il avait raison : un livre n’est pas un objet si banal. Ça prend des ans à se brasser lentement, et puis ça se distille, et ça s’épure. Pas besoin d’en faire des masses dans une vie : il y en a déjà tellement trop dans les librairies, qui partiront au pilon comme leurs commetteurs au cimetière : oubliés de tous à tout jamais. 

***

Sergio est mort d’un cancer généralisé en Thaïlande mardi dernier : Ly m’a appris ça tout à l’heure mais je le savais déjà parce que j’avais vu des mots-clés fatidiques apparaître dans les statistiques de l’Ici-Blog ces derniers jours : « Serge Bruna-Rosso décès Thaïlande ». Des gens qui tapaient ça sur Google et tombaient Ici. J’en avais causé une paire de fois dans les commentaires, de Serge, et sur le vieux Sitacyp qui n’existe plus. J’y disais des trucs pas tristes sur lui : la mélancolie ne l’étreignait pas, il faut dire ;-)

Ce n’est pas dans ce petit billet de rien du tout que je conterai par le menu tout ce qui s’est passé entre lui et moi − et nous − depuis son premier passage à la Ramounette : il faudrait un bouquin dodu et croustillant comme une miche de bon pain, pour ça. 

Son nom ne vous dit sans doute rien : il n’était pas connu du grand public… pourtant des centaines de milliers l’ont lu dans des romans à succès signés par d’autres. 

Je vous révélerai un petit secret tout de même ce soir : Serge se définissait comme hybride : mi blaireau, mi léopard. Tassopardo en italien-valise. Un blaireaupard en quelque sorte. 

Or donc : bon voyage au pays des morts, Sergio Tassopardo ! Le courage aux vivants : amis, famille, Tania et Paul !

E la nave va…

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Fut glace fugace

© Cyprien Luraghi 2008Tout est pris, soudé, en bloc. Mais n’allez pas croire que ça fait bloc : c’est des glaçons chacun dans leur coin, qui se les pèlent et s’épient en chiens de faïence loin de l’un, de l’une.

Des blocs de chair fondant en se frottant le lard aux autres larrons dans de trop éphémères raouts, en de lointaines capitales. Et qui passent à la casserole et puis au four et se flambent aux alcools capiteux pour se finir aux digéros fulminants et décapants chez la mère Dodu, pourquoi pas donc ; quelle belle et bonne idée de se dégeler par les temps qui courent : c’est une époque à griller au chalumeau tellement elle est glaciale.

Dégeler ou se coller des dégelées ? ou les deux ? ou rester tout glaçon comme les passants gris des rues marmoréennes où le moindre pas résonne et fronce les sourcils des résidents. Tsk, tsk : très peu pour nous.

Ah et puis c’est trop court le temps d’un grand réchauffement, toujours. Si c’est trop long, c’est pas une fête. C’est comme un billet de blogs : court et jouissif, si possible. Sinon il y a les volumes de la Pléiade dans la bibliothèque, à portée de main.

On y entre cru et on en ressort cuit. On n’a qu’une seule envie : remettre ça sur le gaz en rentrant chez soi plein gaz sur le verglas.

Frottons-nous la couenne !

***

Touillé sur la gazinière de la Maison de l’Horreur avec deux idées de Marina et Sambucus, que vous lirez ici : CLIQUEZ DUR (la page est longue à charger).

 

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Cherchez pas : c’est là.

Vieille carte postale tritouillée par CypC’est quoi déjà, l’enfer ? Un endroit où on souffre. Par exemple je serais en enfer si j’allais à l’endroit de la photo. Je n’imagine même pas : moi sur le goudron devant ce bâtiment blanc avec la mer toute proche, et des gens qui passent l’air satisfait en émettant une vibrance apoplectique de désir servilement amoureux comme devant une princesse de magazine.

L’horreur. Oui : cette photo est épouvantable ; tous les enfers de tous les univers y sont représentés. Pourtant une foule émue m’assure que l’enfer est ailleurs : dans les pénitenciers birmans, sur le trottoir parisien glacé, les continents déshydratés…

Il y a plusieurs enfers : chacun le sien. Chacun pour soi est un enfer aussi pour moi, mais c’est le paradis des individualistes. Eux, ils sont bien là, baignant dans un bonheur concon et le coton, seuls entre les murs.

Il y a le paradis du gros richard : tout à fait rédhibitoire. Quand je les vois se prendre le chou comme des minots pour leurs joujoux, je me dis que tout mais pas ça. Que ma nature m’en préserve ! baver devant des yachts hideux et des tocantes qui valent le prix de ma maison : faut vraiment être pas tout à fait fini.

***

Notre copain Patrick travaillait pour les émirs du Golfe, il y a quelques années ; il soignait les chevaux des princes pétroliers : c’est leur passion. À peine descendu de l’avion, son ami le cheikh Machin  d’un petit émirat hérissé de consternants gratte-ciel bâtis par des esclaves orientaux, lui tombe dans les bras. Effusions. Viens donc l’ami : je te fais le taxi. Et blablabli et blablabla… et le cheikh qui soudain se renfrogne :

− Hé Patrick… t’as pas remarqué ma nouvelle bagnole ?
− Ben euh…

Patrick n’en a rien à foutre des bagnole ; mais alors vraiment rien du tout. Il réalisa soudain qu’il se trouvait dans un carrosse de luxe : une Bentley historique ; la dernière acquisition de Machin, qui en écumait de fierté. Alors Patrick s’est fendu d’un beau sourire et s’est extasié sur la mécanique roulante, ce qui apaisa l’émir qui se mit aussitôt à ronronner.

En enfer, il faut faire semblant d’être aux nues : ça marche.

 

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T’as peur, tu meurs

 

© Cyprien Luraghi 2008

 

On se rassemble, mais pas comme des moutons. Et nous ne sommes pas cuits non plus. Alors qu’en face, ça se défait tout doucement, ça se décante comme une mayo tournée : les huiles rances flottent au dessus des jaunes d’œufs pourris.

Première bonne nouvelle : Siné Hebdo est dans les kiosques et sur la table de la cuisine. Il finira aux pluches, mais en attendant on se l’est siroté, tous autant qu’on est. Et ça vaut son gigot, mais pas d’agneau. Siné Hebdo est à la presse ce que la serviette est à ce torchon de Charlie. Je hais Val et sa coterie de pleutres collabos tout autant que Sarko et sa cour de coquelets cocaïnés et de poulettes arrogantes et infiniment connes.

Le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la peur. Donc je hais, et je choisis mon camp et je connais mon ennemi. Comme ça c’est clair. Et je lis Siné Hebdo, comme ça j’ai pas à aller voir ailleurs pour me faire mon festin de plumes bidonnantes et dramatiques.

J’ai toujours dit que Charlie était devenu un canard d’extrême-droite, mais c’est mon côté rital qui me fait tout exagérer : en fait c’est une gazette moralo-hygiéniste. Charb et Val sont mûrs pour le baptême évangéliste. Mais que fait l’entarteur ? Il écrit dans Siné Hebdo, tiens…

La vraie extrême-droite est ailleurs : en taule comme cette ordure fasciste (j’ai le droit de le dire, contrairement à Val qui l’a fait avec Siné) de Christophe Picard, alias Henri de Fersan, qui vient de se prendre cinq mois fermes pour apologie de crime de guerre et compagnie. J’avais croisé le fer avec ce petit con sur les blogs il y a deux, trois ans et il avait été jusqu’à téléphoner à la maison. Un pauvre type, comme tous les nazis. Mais un pauvre type méchant, comme le sont trop souvent les pauvres cons.

Mais n’est pas pauvre con qui veut. Le notre, de con en chef, est immensément riche. C’est un riche con qui traite les citoyens de pauvres cons. Et qui n’ira pas en prison, pas plus que son prédécesseur Chirac, ou Bernard Tapie. Mais Henri de Fersan ira au trou, lui. Pour avoir écrit ce que Hortefeux fait au quotidien avec sa milice. Les Croix d’Hortefeux, qui sont nettement plus efficaces que les écrits débiles et tintinesques de cette ordure fasciste de Christophe Picard. C’est vrai que Tintin était rexiste, lui aussi.

On peut lire la prose de ce pauvre connard tant que ses blogs ne sont pas fermés.

  ET LÀ AUSSI

 

Le riche con, c’est pas dur à trouver. Tu ouvres la radio, il est toujours dedans. Son nom est prononcé des millions de fois chaque seconde, même qu’il remonte dans les sondages.

***

Mais revenons à nos moutons, justement. Une brebis pour l’occasion, et pour le méchoui dans la foulée. Arrachée de haute lutte par le David de la photo à une meute de chiens courants toutes babines retroussées et les crocs projetés sur son mollet droit, plantés dedans, le jour de son achat. Trou net et sans bavure, pommade antibiotique idoine, bande de gaze et une  réduc’ sur le bestiau, décrétée par le paysan, qui lui offrit un verre de prune. Quarante euros, la belle affaire… que lui fit mon David, au coutelas tranchant le cou de l’animal, qu’il mit ensuite à cuire écartelée sur les grilles d’acier et sur un feu de ceps, après avoir convoqué le raout de la raïa pour fêter le faîtage de sa ruinasse ressuscitée, qui n’avait pas revu de toit depuis la guerre avec Hitler.

 

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À plus Soif’…

"Le commandant Ranger des Trous" Illustration © François Deloncle 2007

Soif et François faisaient la paire au point de ne plus faire qu’un sauf lorsqu’il voyait double, c’est-à-dire quand il avait bu jusqu’à plus ; c’est-à-dire tout le temps. Du moins jusqu’à il y a quelques ans. Une nuit où il s’est retrouvé enveloppé serré dans son vieux véhicule, tout au fond d’un fossé. Depuis soif il n’a plus, si ce n’est d’eau, mais le verlan diminutif lui est resté, et Soif’ il est plus que jamais, et notre bel et bon ami aussi. 

 

Soif'. © Cyprien Luraghi 2007

 

Or voilà : Soif’ est en train de révolutionner l’art moderne, et je ne déconne pas : il vient d’inventer un genre neuf et enfin digne du nouveau siècle : la sculpture conceptuelle non burinée pilotiquement narrative et drôlement élégante.

Dans la droite lignée, mais en trois milliard de fois mieux, que le manga de pierre du héros d’Otakus in Love, qu’une poignée d’ovniolâtres asiaphiles dont je suis a vu cent onze fois, j’en suis sûr.

***

Il y en aura d’autres, mais ce soir je vous présente un personnage essentiel de son œuvre :

Le Commandant Ranger des Trous, qui est un président d’une république.

Là, le Commandant frime en agitant ses pseudo-pagaies sur un lac encerclé de demeures aux demeurant démesurément demeurés.

Le cliché est pris juste avant une grosse colère.
Le bourrelet péri-abdominal a été photoshopé.
Le photographe en est encore tout retourné. 

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