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Les temps qui courent

Illustration © Cyp 2011 (à partir d'une vieille pub et d'un fond gracieusement offert par Valérie)Ça roule et tout baigne dans l’huile. Tout va bien à bord et y a pas de souci. La droite est bien ancrée à droite et la gauche tout pareil. Et nous allons de l’avant chacun pour soi et tous ensemble, bien centrés ; correctement axés et concentrés sur la seule chose valable en ce monde : les masses. Monétaires avant tout, les masses : de liasses. 

Parce que les autres masses, rien à foutre. Du moment qu’on trouve notre équilibre en avançant sans relâche jamais, le monde peut bien s’écrouler sur les masses populaires : qu’il en reste suffisamment pour nous remplir la panse et assurer le ménage et ça ira bien. 

Et il en restera toujours quoique nous fassions. Avec la surpopulation de l’élevage, la crise du petit personnel n’est pas pour demain. Parfois il se rebiffe, regimbe et s’indigne mais ça n’entravera pas la course vers l’inexorable bonheur de nos individus.

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Quelque part dans l’Himalaya, il y a longtemps…

J’avance. La tête flottant au dessus d’une masse vaguement caoutchouteuse qui est mon corps. La grimpette est interminable, apparemment. Mais je ne tiens pas compte des apparences : à quoi bon ? Tout là-haut il y a le col, c’est irréfragable. La montagne est ainsi faite. Je sais où je vais, me frayant chemin entre les deux masses rocheuses : rejoindre mes prochains au bourg, sur l’autre versant. Bien calé contre eux, au chaud je serais ce soir, loin de ces solitudes congelées où c’est bien joli mais où on a vite fait de s’emmerder à se causer tout seul. 

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Et là, présentement…

Je progresse. Mot après mot le livre prend forme dans l’isolement, toutes écoutilles bouclées. Je sais où je vais [frétillement de neurones et crépitements d’ongles sur le clavier]…

Le grand et beau monde par contre, je me demande s’il sait. Mais il y va, c’est indubitable. Les masses aussi, avec les dents, les poings et en rangs : serrés. 

Sur une idée de Mon-Al et Tjeri.

E la nave va…

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La pêche à la lignée

Concours de pêche à Puycity − © Paul Grély 1959 − Fonds Auzanneau

Ces derniers temps, ça parle beaucoup de souche, de racines, de culture et de civilisation françaises, dans les gazettes. Mais alors en des termes peu amènes et sur un ton fortement courroucé.

Ainsi la France serait un pays farouchement monobloc et vachement catholique depuis au moins Vercingétorix, et son peuple au sang si pur serait béni par le sacrifice du saucisson et du pinard. N’importe quoi ; mais un n’importe quoi tétanisant les foules, puisqu’un n’importe quoi séduisant et rassurant comme un bon vieux maréchal.

C’est pas du tout ça, la moelle de la France ; c’est ni la haine à l’apéro, ni la carte de pêche à 83 euros, déjà.

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L’autre après-midi, mon Jean-René de voisin est venu tailler la bavette à l’atelier comme à son habitude, pestant cette fois-ci contre ces putains de 83 balles qu’il lui a fallu débourser cette année pour sa friture. Surtout qu’il n’y va pas souvent, lancer sa ligne. Cher du kilo, le frétillant gardon.

Il n’y a plus rien de prévu pour le populo, plus rien à trois petits sous vaillants. Alors le populo s’emmerde et passe son temps devant la télévision à regarder le péril islamigré croître et multiplier, par exemple. Mais c’est du tout plus pareil que quand la France lançait sa canne à trois francs pour trois fois rien l’an, forcément. À tel point que je me demande si les Français vivent bien dans un pays appelé France, de plus en plus fréquemment.

Ça me titille, tout ça. Cette pénible impression que ça ne s’arrange pas : la France fout le camp d’elle-même et elle sait même pas où aller se réfugier parce que c’est partout pareil : l’Inde s’est barrée de l’Inde, le Népal est aux abonnés absents, etc. Y a plus qu’en Corée du Nord et aux USA qu’on sait à coup sûr que le pays ne s’est pas carapaté de son propre territoire. Et en Russie assurément aussi. Mais je ne vois pas la moelle de la France aller s’y installer, dans ces pays : elle serait en terre étrangère et l’allogène y est malvenu, tout comme ici.

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83 euros la carte de pêche… il a raison, mon bon Jean-René : c’est putain pas donné. C’est comme pour boire le moindre coup : c’est pas donné non plus. Y a plus rien d’abordable pour la distraction du populo, alors à force il n’y a plus de populo tout simplement. Et le populo, vous ne m’enlèverez pas de l’idée que c’est la moelle d’un pays. C’est parce qu’elle a été vidée de sa substance que la France n’est plus qu’une peau de saucisson industriel.

Le péril islamigré n’y est pour rien, mais il est bien pratique.

E la nave va…

 

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Tout un plat

Photo tritouillée par Cyp d'un plat de maquereaux préparé par Annie © Luraghi 2010

 

On fait tout un plat de tout ; l’époque veut ça. La polémique bat son plein à grande échelle et s’étale à la une des journaux les plus sérieux. Des morceaux de matières plastiques provoquent des émois planétaires et la façon dont tel ou telle se revêt le corps fait pousser des haut cris comme au temps des croisades.

Je suis sûr que le sang a coulé à propos du dernier combiné téléphonique de poche en vogue ; on s’étripe bien pour des femmes ensachées et des plumes ou autres accessoires ostensiblement plantés dans des parties charnues.

Ça passe son temps à se friter la gueule sur des broutilles, le populo. S’entend : il ne faut plus dire ce mot qui fait tache, mais le peuple, la Nation ; et il est d’usage en ce pays de  compléter ces expressions par française ou français parce que ça la fout bien et ça en colle plein les mirettes de l’Ennemi. Qui est partout et n’attend que la perte de notre proverbiale vigilance pour frapper un grand coup. Au cœur de notre force de dissuasion. Boum. Sirènes des pompiers.

Comme l’Ennemi ne vient pas ou si peu, le peuple français monte le guet et se relaie par quart et finit par virer bredin comme le lieutenant Drogo dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati.

Devenu fou comme un lapin, le peuple français gauchement engoncé dans sa Nation s’entredéchire pour des futilités : le pape par exemple. Aucun intérêt, le pape, si ce n’est qu’il est un excellent combustible pour conversations enflammées. Pareil pour les imams farouches : qu’est-ce que j’en ai à foutre, de ces insignifiants agités ?

Polémique, polémique… qui dit agités dit agitateurs. De peuples. « On régit un grand état comme on fait cuire un petit poisson ». Lao Tseu voyait juste, mais pas nos grands bergers. Bush II avait trop remué la poêle, Adolf tout cramé le poiscaille au chalumeau et des petits Berlus et autres Sarkolas de pacotille s’efforcent à merder lamentablement leur tambouille et ne parviennent qu’à l’insipide surimi au bout du compte.

Le surimi : je suis sûr que le sang a coulé à propos du surimi. Des tas de gens n’ont pas dormi la nuit à cause de la guerre du surimi.

Autant que chez les aficionados et les anti-corrida, les pro et les anti-burgers…

La guerre du surimi n’a pas encore eu lieu ? Qu’à cela ne tienne : lançons-là ! 

[buccins, sang et poussière de cohortes en marche dans le lointain]

 

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Beat et pas square

Takeshi en Zatoichi (2003) gif animé par Cyp LuraghiIl ne s’emmerde pas, Kitano.

Takeshi se fait pas chier, dans la vie. Il ne s’emberlificote pas dans les grands principes à la con : il prend ses rêves pour des réalités et comme l’art c’est le rêve sinon rien, il est tout bon.

Il a tout bon aussi, Beat, à tout révolutionner tout le temps que ça dure et jusqu’à son dernier souffle que j’espère éloigné d’un univers lumière. Parce qu’il est un homme bon dans le fond et que ça se voit dans ses pupilles et au moindre de ses tressautements. Il se pose là et quelque chose de frais et neuf arrive soudain. Il fait respirer cette époque de suffocation.

Il envoie bouler les tenanciers du calibré gaiement, valdinguer à coups de pieds de nez ; depuis longtemps ça n’était pas advenu et le jour où j’ai vu sa tête dans un film la première fois est resté gravé là, bien profond dedans. Une avalanche de sentiments intriqués et cette familiarité immédiate avec celui-qui-est-comme-nous de tout en bas, de la plèbe et qui l’aime et n’a jamais cessé de l’aimer et qui le lui rend bien, à lui qui donne et nous élève par la noblesse délurée de son grand art.

Sa camelote est celle d’un Cocteau mâtiné de Charlot avec la face et la maîtrise du geste de Buster Keaton, la luxuriance de Fellini,  la concision élégante et rigolote de notre Henri Michaux.

***

J’écris ça à la jetée depuis mon lit ce matin parce qu’il est en France pour une exposition de ses objets à Paris − que je ne verrai pas − et que Rue89 lui a consacré un articulet hier, et que nous parlons très souvent de ses films dans nos commentaires.

Banzaï d’honneur au plus grand kamikaze déconnologue de l’univers  !

Publié dans Billet Express, Cinoche | Autres mots-clefs : , , , , , | 730 commentaires
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