Archives par tag : Pierre Auclerc

Au delà du nihil

© Pierre Auclerc 2010 -ICYP - 2016Dix heures quarante-quatre : solstice d’hiver. Lui, il n’y a pas à l’attendre[1] : il tombe à date et heure fixes, lui. Car la mécanique céleste ne souffre que de peu de dérives. Elle est inéluctable et c’est tant mieux. En attendant va falloir se farcir le froid pénible, l’humidité pénétrante et la pré-campagne des présidentielles avec son défilé de tronches de cakes encore plus tartes que celles des miss France. Justement : je me disais que tant qu’à ne plus participer à ce dîner de cons, autant officialiser mon apostasie républicaine comme je l’avais fait il y a trente-neuf ans pour le catholicisme. À l’époque c’était pas banal de faire ça : l’employé de l’évêché avec sa tronche de rat, en blouse grise derrière son comptoir en bois lustré était légèrement interloqué que je puisse lui demander une chose pareille. De nos jours c’est plus facile : il existe un formulaire idoine. Un timbre-poste et le tour est joué. Ça n’étonne plus personne.

J’avais donc décidé de commencer par me faire rayer des listes électorales pour apostasier ma républicanitude française. Manque de bol, après une rapide recherche sur le Net, bing : c’est pas possible. Quand tu es décrété citoyen, tu le restes jusqu’à ce que tu claques sauf si tu fais des très grosses conneries. La république française en a décidé ainsi. Ouais bon. Le problème est que la république, j’en ai vraiment rien à foutre. J’ai pas choisi d’y être ni d’en être. Elle ne m’intéresse pas le moins du monde. J’aime pas ce régime à la con. J’aime pas ceux qui l’ont pensée et créée, cette république de chiottard. J’aime pas les Lumières. Voltaire, Rousseau et compagnie je les déteste tous. La notion de nation me soulève le cœur, les rituels républicains me répugnent tant ils sont ridicules et laids. Je ne me sens aucunement citoyen et français et n’ai aucune raison pour me sentir tel. La devise nationale me scandalise comme toutes les publicités mensongères et autres escroqueries de charlatans.

Il n’y a pas de formulaire de désinscription. Comme c’est dommage.

…E la nave va !

  1. Lire le billet précédent. []
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Poil au rire

Illustration © Pierre Auclerc 2010 - ICYPFait pas beau et ça flippe un max dehors. En plus ça caille. Et ça promet d’aller de pire en pire, au train où vont les choses. Le problème du flip, c’est qu’il est communicatif. Encore faut-il être réceptif et croire à toutes les conneries qu’on nous raconte dans les journaux. Il suffit de lever le nez pour s’en rendre compte : en réalité il fait super beau et seule une minorité de flippés flippent puisque c’est dans leur nature de flipper. Alors bien sûr les flippés sont contagieux et il m’arrive comme pas mal de mes contemporains, de céder aux sirènes du repli anxieux. Lequel se situe dans les sinuosités de nos cerveaux dodus. Mais heureusement au sein de cet admirable organe gît aussi l’antidote au flip pénétrant de l’extérieur : une glande inconnue au bataillon des scientifiques, invisible, impalpable et délicatement hirsute injecte dans nos circuits intimes, des quantités de sucs hilarants dont les vertus sinistricides sont radicales. Elle est appelée, du fait de sa villosité, la glande poilante.

Les déconnologues distingués hantant les catacombes de l’Icyp, ont pour point commun de posséder une hypertrophie de la glande poilante. Les tristos et les paranoïaques − qui vont souvent de pair − par contre, en ont une toute petite avec trois poils se battant en duel sur le caillou, quand ces malheureux n’en sont point tout simplement démunis. Mais je ne les plains pas : la glande poilante se sème au seuil de l’hiver morose et se bichonne comme les petits légumes au jardin. Ce qui demande de la constance dans l’effort, ce que ces grosses feignasses refusent tout net, partant du principe en bons enfants gâtés qu’ils sont que tout doit leur tomber tout cuit dans le bec.

Amis rigolos et bien veillants de l’Icyp : chérissons donc nos glandes velues en repartant pour quelques milliers de commentaires supplémentaires sous ce petit billet écrit à la cuisine en me fendant la pipe au seuil de cet hiver, que je nous souhaite des plus comiques ;-)

…e la nave va !

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Le non dire

Photographie : Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © ICYP 2015Je ne parlerai pas des dernières déclarations du pape de Rome, pas plus que des élections régionales, de la conférence machin à Paris, de la secte des assassins en Syrie, des masses de réprouvés acclamant des escrocs racistes proclamés sauveurs d’une identité nationale hypothétique, et je resterai coi de la même manière sur les grues cendrées qui sont passées cette année sans que j’entende leur chant de vol cet automne ; non vraiment je n’ai pas envie de disserter sur quoi que ce soit aujourd’hui, pas même au sujet de l’illustration de ce billet qui m’a pourtant demandé des heures de boulot l’autre soir, et pas non plus sur l’état d’esprit dans lequel je me trouve en écrivant, là : vous ne saurez rien de tout ça et même plus et que dalle sur l’anniversaire de la mort de Frank Zappa ; rien de rien aussi à propos de la Toile, ni des araignées venimeuses qui la hantent car il n’y a strictement rien à en dire, même que je crains fort vous décrocher des bâillements capables de vous déboîter le condyle mandibulaire le cas échéant et que comme je ne veux aucun mal à personne ce serait vilain de le faire, et puis ça coûterait un bras à la Sécu qui a déjà bien du mal à boucher son trou.

Une seule chose est sûre : e la nave va, les aminche(ttes) !

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Qui aime bien charrie bien

Illustration de Pierre Auclerc © ICYP 2015Salut le monde ! J’étais barré à pondre un laïus pénible à propos de cette fameuse révolution numérique[1] dont la presse en ligne et la radio font leurs choux gras depuis quelque temps. Et puis après avoir aligné quelques centaines de mots, j’ai tout foutu à la benne. C’était chiant. Causer d’un truc chiant produit des billets moroses, or l’humeur est comme le temps de ces premiers jours d’été : au beau fixe et toute pimpante.

Bien. Mais comment pondre un billet poilant avec une illustration prévue pour un billet chiant ? Parce qu’avec la température j’ai chopé la flemme et pas la moindre envie d’aller éplucher la photothèque pour en dégoter une qui irait bien avec cette nouvelle version du nouveau billet. Elle n’est pourtant pas triste, cette fleur. Mais justement : elle était destinée à faire contraste avec le texte morose que je viens de balancer à la déchette. J’aime bien quand l’illustration contrebalance le blabla écrit dessous, en général. Ou quand il faut vraiment se creuser la nénette pour trouver son rapport avec ledit blabla. Il y en a toujours un, qui vient souvent en cours de route. C’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire en me triturant les méninges, là. D’où l’envie de café qui se fait pressante. Mais si je lâche le clavier c’est kaput. Heureusement, à cette heure le téléphone ne sonne que rarement parce que cet instrument est comme la cafetière : il faut aller s’en occuper sinon il ne se passe rien et la soif augmente au fil des mots : un peu de souffrance bien tempérée sied au claviste reproduisant les contes de sa cervelle, c’est bien connu. Mais chiant. Le folklore entourant les scripteurs est d’un con, vraiment. C’est à croire que les lecteurs ont envie qu’on souffre.

Vous vous foutez de moi, bande de bande, avouez…

…e la nave va…

  1. Que j’appelle « Révo. Num. » par allusion à la fameuse Révo. cul. dans la Chine Pop. []
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Crapaud à lunettes

Photographie © Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi 2015 - ICYP

*

Bientôt les crapoussins.

En attendant ces avènements

il convient de rester

de pierre.

De s’ébattre en catimini,

de nuit par temps de pluie.

Froide aux premiers dégels.

Amoureux tapis fourrant dans les fourrés.

Goupillant des coups fourrés.

*

Un jour j’ai eu des lunettes, il y a si longtemps que je ne me souviens plus de la scène. J’étais vraiment tout petit. Le flou avant les lunettes je m’en rappelle nettement, par contre. Autour de moi tout était ouate. C’est comme ça que j’ai appris à aimer les toutes petites choses : celles-là je les voyais bien. Pas besoin de loupe. Avec les lunettes en plus, le vaste monde avait un horizon. Le luxe. Évidemment à l’école j’étais le crapaud à lunettes de service. Ça les faisait rigoler de me sortir cette expression à tout bout de champ. Je rigolais de concert avec ces petits cons : c’est tellement bon de rire et toute occasion de le faire est bonne à prendre. J’avais sans doute l’air ridicule avec mes gros carreaux mais tu parles comment que je m’en foutais : elles étaient tellement magiques, ces lunettes qui faisaient le monde si chouette à voir. Et rutilant.

…e la nave va…

Publié dans Déconnologie, Humain, Tout court | Autres mots-clefs : , , , , | 4499 commentaires
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