Archives par tag : Pierre Auclerc

Poil au rire

Illustration © Pierre Auclerc 2010 - ICYPFait pas beau et ça flippe un max dehors. En plus ça caille. Et ça promet d’aller de pire en pire, au train où vont les choses. Le problème du flip, c’est qu’il est communicatif. Encore faut-il être réceptif et croire à toutes les conneries qu’on nous raconte dans les journaux. Il suffit de lever le nez pour s’en rendre compte : en réalité il fait super beau et seule une minorité de flippés flippent puisque c’est dans leur nature de flipper. Alors bien sûr les flippés sont contagieux et il m’arrive comme pas mal de mes contemporains, de céder aux sirènes du repli anxieux. Lequel se situe dans les sinuosités de nos cerveaux dodus. Mais heureusement au sein de cet admirable organe gît aussi l’antidote au flip pénétrant de l’extérieur : une glande inconnue au bataillon des scientifiques, invisible, impalpable et délicatement hirsute injecte dans nos circuits intimes, des quantités de sucs hilarants dont les vertus sinistricides sont radicales. Elle est appelée, du fait de sa villosité, la glande poilante.

Les déconnologues distingués hantant les catacombes de l’Icyp, ont pour point commun de posséder une hypertrophie de la glande poilante. Les tristos et les paranoïaques − qui vont souvent de pair − par contre, en ont une toute petite avec trois poils se battant en duel sur le caillou, quand ces malheureux n’en sont point tout simplement démunis. Mais je ne les plains pas : la glande poilante se sème au seuil de l’hiver morose et se bichonne comme les petits légumes au jardin. Ce qui demande de la constance dans l’effort, ce que ces grosses feignasses refusent tout net, partant du principe en bons enfants gâtés qu’ils sont que tout doit leur tomber tout cuit dans le bec.

Amis rigolos et bien veillants de l’Icyp : chérissons donc nos glandes velues en repartant pour quelques milliers de commentaires supplémentaires sous ce petit billet écrit à la cuisine en me fendant la pipe au seuil de cet hiver, que je nous souhaite des plus comiques ;-)

…e la nave va !

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Le non dire

Photographie : Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi © ICYP 2015Je ne parlerai pas des dernières déclarations du pape de Rome, pas plus que des élections régionales, de la conférence machin à Paris, de la secte des assassins en Syrie, des masses de réprouvés acclamant des escrocs racistes proclamés sauveurs d’une identité nationale hypothétique, et je resterai coi de la même manière sur les grues cendrées qui sont passées cette année sans que j’entende leur chant de vol cet automne ; non vraiment je n’ai pas envie de disserter sur quoi que ce soit aujourd’hui, pas même au sujet de l’illustration de ce billet qui m’a pourtant demandé des heures de boulot l’autre soir, et pas non plus sur l’état d’esprit dans lequel je me trouve en écrivant, là : vous ne saurez rien de tout ça et même plus et que dalle sur l’anniversaire de la mort de Frank Zappa ; rien de rien aussi à propos de la Toile, ni des araignées venimeuses qui la hantent car il n’y a strictement rien à en dire, même que je crains fort vous décrocher des bâillements capables de vous déboîter le condyle mandibulaire le cas échéant et que comme je ne veux aucun mal à personne ce serait vilain de le faire, et puis ça coûterait un bras à la Sécu qui a déjà bien du mal à boucher son trou.

Une seule chose est sûre : e la nave va, les aminche(ttes) !

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Qui aime bien charrie bien

Illustration de Pierre Auclerc © ICYP 2015Salut le monde ! J’étais barré à pondre un laïus pénible à propos de cette fameuse révolution numérique[1] dont la presse en ligne et la radio font leurs choux gras depuis quelque temps. Et puis après avoir aligné quelques centaines de mots, j’ai tout foutu à la benne. C’était chiant. Causer d’un truc chiant produit des billets moroses, or l’humeur est comme le temps de ces premiers jours d’été : au beau fixe et toute pimpante.

Bien. Mais comment pondre un billet poilant avec une illustration prévue pour un billet chiant ? Parce qu’avec la température j’ai chopé la flemme et pas la moindre envie d’aller éplucher la photothèque pour en dégoter une qui irait bien avec cette nouvelle version du nouveau billet. Elle n’est pourtant pas triste, cette fleur. Mais justement : elle était destinée à faire contraste avec le texte morose que je viens de balancer à la déchette. J’aime bien quand l’illustration contrebalance le blabla écrit dessous, en général. Ou quand il faut vraiment se creuser la nénette pour trouver son rapport avec ledit blabla. Il y en a toujours un, qui vient souvent en cours de route. C’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire en me triturant les méninges, là. D’où l’envie de café qui se fait pressante. Mais si je lâche le clavier c’est kaput. Heureusement, à cette heure le téléphone ne sonne que rarement parce que cet instrument est comme la cafetière : il faut aller s’en occuper sinon il ne se passe rien et la soif augmente au fil des mots : un peu de souffrance bien tempérée sied au claviste reproduisant les contes de sa cervelle, c’est bien connu. Mais chiant. Le folklore entourant les scripteurs est d’un con, vraiment. C’est à croire que les lecteurs ont envie qu’on souffre.

Vous vous foutez de moi, bande de bande, avouez…

…e la nave va…

  1. Que j’appelle « Révo. Num. » par allusion à la fameuse Révo. cul. dans la Chine Pop. []
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Crapaud à lunettes

Photographie © Pierre Auclerc - tritouillage : Cyprien Luraghi 2015 - ICYP

*

Bientôt les crapoussins.

En attendant ces avènements

il convient de rester

de pierre.

De s’ébattre en catimini,

de nuit par temps de pluie.

Froide aux premiers dégels.

Amoureux tapis fourrant dans les fourrés.

Goupillant des coups fourrés.

*

Un jour j’ai eu des lunettes, il y a si longtemps que je ne me souviens plus de la scène. J’étais vraiment tout petit. Le flou avant les lunettes je m’en rappelle nettement, par contre. Autour de moi tout était ouate. C’est comme ça que j’ai appris à aimer les toutes petites choses : celles-là je les voyais bien. Pas besoin de loupe. Avec les lunettes en plus, le vaste monde avait un horizon. Le luxe. Évidemment à l’école j’étais le crapaud à lunettes de service. Ça les faisait rigoler de me sortir cette expression à tout bout de champ. Je rigolais de concert avec ces petits cons : c’est tellement bon de rire et toute occasion de le faire est bonne à prendre. J’avais sans doute l’air ridicule avec mes gros carreaux mais tu parles comment que je m’en foutais : elles étaient tellement magiques, ces lunettes qui faisaient le monde si chouette à voir. Et rutilant.

…e la nave va…

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Mardi 29 Baisakh 2072

pierre-auclerc-icyp-24-02-14-2DAlors bon, je serais censé m’intéresser à tout ça et puis en fin de compte, non. Le 11 janvier tout le monde ou quasi était Charlie et le 5 mai la même foule était contre la loi sur le renseignement : dans les deux cas c’était gauchos, fachos, bras dessus bras dessous, tous ensemble, ouais, ouais. Et au suivant. C’est pas bien parce que ça m’intéresse pas. Je devrais m’intéresser, pourtant. Parce que c’est important. Le sort du pays dépend de l’intérêt que je lui porte, n’arrête-t-on pas de me seriner sur tous les tons et tous les forums. On est en pleine révolution numérique, en plus. Et je m’en fous complètement. À ça aussi faudrait que sois intéressé vu que je gagne mon pain à la sueur des ordinateurs en panne de mes clients. Mais même pas.

Tout ça me laisse de glace. Ce qui m’échauffe le cœur est tout autre chose. Les toutes petites choses de rien du tout, justement : elles seulent suscitent mon intérêt. Les petites choses du cœur. Là je peux y faire quelque chose éventuellement. Alors que pour les grandes c’est impossible. Un petit mec comme moi ne changera rien aux désordres du monde et ne pourra pas empêcher les plaques tectoniques de se heurter brutalement comme elles viennent encore de le faire au Népal tout à l’heure. « There is no alternative » : elle savait de quoi elle causait, l’infâme Thatcher. La veulerie basale de la nature humaine elle connaissait sur le bout des ongles. Elle savait qu’il n’y a rien à attendre du troupeau. Et moi je sais qu’il n’y a que de soi qu’il est possible de tirer éventuellement quelque chose de pas trop mal. Et pas des autres agglomérés en masse se partageant une cervelle commune à défaut de penser par soi-même. Et non pas contre soi comme il convient de faire de nos jours. Où il s’agit de se conformer aux différents conformismes, abdiquant le chatoiement mirifique qui fait de notre élixir humain le plaisir des sens.

Le spectacle continue, donc. Constitué de catastrophes naturelles, d’insurrections à venir, de flux émotifs considérables, de retombées de soufflés, d’oblitérations mnémoniques et de passages à l’événement suivant. C’est un spectacle captivant. L’important est de ne pas tomber dedans…

…e la nave va… ! 

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