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© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp LuraghiNous en parlions hier sous le billet, la voici. La Journée De La Burne est décrétée. « On dit, on fait. » Et on fait vite : rude règle en rigueur chez les déconnologues. Tout à l’arrache en se décrochant les mâchoires.

La Burne est une maladie affligeant la moitié des vivants organisés. Les organismes primitifs en sont privés ; pas nous autres, complexes créatures. La Burne s’insinue en nous de manière insidieuse ; elle naît en même temps que ses possesseurs et croît avec eux en une symbiose étonnante, mais mortelle. En effet, le porteur de burne semble sain, mais meurt en moyenne plusieurs années avant le femelle – c’est ainsi que sont désignés les chanceux aburniques –, ce qui la classe dans la catégorie des fléaux planétaires.

La Burne est pire que le sida et la peste noire : c’est à elle que l’on doit les guerres qui font vivre les journalistes et mourir les innocents par myriades. Car la Burne est fauteuse de troubles : le poison qu’elle rejette dans le flux sanguin du mâlade le fait devenir fou de guerre. Alors que le femelle ne guerroie jamais. Des études très sérieuses ont amplement prouvé le pacifisme placide de la population saine.

Il faut donc unir nos forces pour nous débarrasser de ce mâle mal. C’est déjà bien entamé : la Burne recède en maintes zones et se réduit en peau de chagrin, se fripant en peau de couille décrépite. Le femelle regagne du terrain, heureusement.

Mais pour cela, il a fallu aux femelles affronter la Burne et la contamination fut massive, hélas. Au lieu d’éradiquer la Burne à l’aide de machettes idoines, les miasmes mâles leur ont sauté dessus. Et maintenant tout semble bien foutu.

Nos savants n’ont pas encore eu l’occasion d’observer la pousse de cotylédons charnus et velus sur les spécimens observés – pourtant très gravement atteints, tel ce fameux Béa O. dont la burnitude fait frémir la sphère bruissante de l’internet français depuis quelque temps. Mais nous pensons que les temps sont proches. Je n’ose prononcer le mot : la fin de l’espèce femelle qui sera notre fin du monde.

C’est en tant que Kondukator que je vous enjoins de ne pas baisser les bras : la Burne maudite doit être vaincue, quoi qu’il en coûte. Nous avons besoin de volontaires : une nouvelle méthode d’éburnage a été mise au point par les équipes que nous soutenons : par ici les braves ! Montrez l’exemple pour La Journée De La Burne !

J’ai dit.

Et banzaï.

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Douceur d’Enfer

© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp Luraghi

On voit le bout du tunnel, c’est ça.
On nous promet monts et merveilles, mais d’abord on ne sait pas qui est on, ni qui nous sommes ni pourquoi.
Rien.
On y va tranquillement, cependant. On nous a dit qu’il fallait en sortir, alors on y marche d’un pas allègre ou bien en titubant ; dedans.

Ah oui ça on le voit, et bien. Émerveillés, mes acolytes ; plein les mirettes ils en ont. Ils n’en démordent pas : quand faut y aller, faut y aller. Tout le temps ils y vont, jusqu’à ce qu’ils claquent. Le tunnel, il faut aller au bout.

C’est un bon tunnel pourtant, mais les collègues ne trouvent pas. Ils jurent que par la carapate. On en chie là-dedans, je le consens et le conçois, et le concède en passant pour faire bonne mesure, bon poids ; bon chat bon rat.

La lumière au bout du tunnel, c’est ça.

Mais je m’en fous de la lumière au bout. Je le dis tout net : je suis bien là ; j’y suis, j’y reste. Qu’est-ce qu’ils en savent si c’est mieux ? Et puis même : c’est bien ici, chez moi. Mon sol et mes parois et le petit lumignon tout là-bas au fond, qui tangue quand j’oscille dans la sanguine derrière le voile des paupières, juché sur mes deux cannes. Derrière nous c’est l’enfer et devant, le paradis. Nirvana et tout ; avec houris ou pas. Pas ma tasse de thé, ça. Ça ne mérite pas le déplacement.

Alors finalement je suis bien, là, même si on dirait pas.

Derrière nous l’obscurantisme et le brouet de gruau et dans la ligne de mire : le beau progrès qui rend heureux avec des lave-vaisselle. Option révolution. Ou non. changement de régime en douceur. Ou dans le sang. En avant. Nan. Pas de ça. Moi pas.

***

Alors finalement je suis bien, là, assis à la table de la cuisine à rêvailler en fixant l’ampoule de quarante watts au dessus de l’évier, un œil rivé au puits de lumière scintillant entre mes doigts enroulés autour du pouce.

La pilotique, c’est le rêve.

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À poulets rouges

© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp Luraghi

Ils sont fiers à gueuler ensemble quand ça leur prend, nul ne sait pourquoi. Eux si. Ils ressentent un besoin impérieux de le faire, périodiquement. Ils ouvrent leur journal et s’indignent bruyamment. Comment ? un pédophile ! des burqas ! l’islamisme ! le binge drinking ! Tarnac ! Cantat ! Tout est bon à prendre pour obtenir l’offuscation orgastique suffocante de la collectivité .

Hurler avec les loups, on dit… faut voir la gueule des loups, par les temps qui courent. Même pas des loulous de Poméranie. Plus c’est petit et plus ça piaille. Pareil sur l’internet : pour déchiqueter un suspect, il faut s’y prendre à cent dix mille, au moins. Le pilori pour tous ! pour trente balles par mois, tu peux dégobiller sur qui tu veux, à satiété.

Mais la populace n’est jamais satisfaite : elle se languit que ça saigne en palpitant. Elle attend que les banlieues-dépotoirs s’embrasent pour enfiler sa tenue de combattant ; que les bombes au phosphore déchirent la nuit dans les ghettos pour trépigner sur la moquette… et elle guette le moindre signe ostensible pour crucifier le gibier.

Aujourd’hui est un grand jour : celui de l’alliance de la gauche avec l’extrême-droite, unies dans le dégueulis. Nous sommes entrés dans le nouveau siècle ; nul besoin d’atteindre la fin de sa première décade : c’est fait. J’ignore le nom du fleuve traversé, mais nous marchons sur Rome.

C’est fête. Allégresse et régression se tiennent par la main, sororalement. Rien ne saurait les séparer, désormais. Unies pour la fureur et pour occire, elles se lâchent dans la basse-cour des caqueteurs.

***

Les artistes célèbres sont indignes : ils étalent indécemment les vices de la foule qui les lynche. Les inconnus sont un cran plus dignes : ils perpètrent leurs forfaits dans leurs alcôves. Il faut être très con et pervers pour être artiste.

Les poulets regardent passer les grues cendrées, outrés. 

Salut et merci à Pierre Auclerc, qui m’a autorisé à me servir libéralement dans ses photos. 

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