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Mythe au logis

© Annie, Shanti Devi et Cyprien Luraghi 2013

Fantômes, ovnis, esprits en conciliabules, complots, réseaux occultes. Anxiété, speed, flux continu torrentueux. Antenne oscillant fébrile, fil tremblant au vent coulis. Images en masse. Amplification de l’idéel tonitruant. Pulsations et fracas à l’huis du pavillon auriculaire. Prise de chou, palpitant à cent quarante. Foule de périls au portillon. Tourbillon vortex happant tout. Astéroïde inéluctable en chute libre. Sourde terreur de l’inconnu juste là, si soudain. Des inconnus envahissants aussi, aux mœurs aliènes. De tout : la peur en vrille au dedans. 

De tout ce qui est et de ce qui n’est pas, surtout, la peur. Le monde rondement gronde sur son axe révolutionnaire, meule broyant tout grain sans souci de l’agitation cérébrale : en rotation continuelle. Indifférent aux ectoplasmes de passage, total furtifs.

Petits éclairs au coin de l’imaginaire, lucioles et mosaïques scintillant sous les cils enlacés des yeux clos. Qu’il suffit d’ouvrir pour apercevoir que sous le drap c’est Shanti qui fait l’andouille pendant qu’au journal à la radio les horreurs du monde déferlent comme la mousson sur l’Inde en 2013. 

E la nave va…

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Aux quatre horizons

Par la fenêtre Nord de la Cazelle - janvier 2002 - © Cyprien Luraghi 2002Il y a toujours que ça continue.

L’horizon nourrit les sens ; allant à lui ou pas, pas à pas ou immobile on l’engouffre ou espère,  le mieux toujours et encore.

C’est ça depuis les Âges Farouches, quand la petite troupe engoncée dans des pelisses à l’esquimaude contempla les mêmes molles collines que celle que je voyais de la fenêtre de la Gazelle en deux mille deux, le dernier hiver que nous y avons passé avant de décamper en direction de Puycity.

Sans l’horizon devant soi, tout se nécrose et dépérit dans l’animal humain avide dont c’est la raison d’être ; sans lui le ventre reste vide, le gibier s’enfuyant toujours plus avant et sans lui notre insatiable esprit hurle sa famine. Il ne faut pas rester assis ou pieds ballants, le cul sur le rocher ; à peine le temps nécessaire pour souffler au sommet du tuc[1] et on repart engouler le vent qui vient du bout de l’horizon, là où on va vers.

La joie, la peur au ventre du danger droit devant soi, que l’on ne voit pas encore et qui est là pour sûr, loin-loin ou au coin du bois noir dans les barbes de lichen et le craquement des branches sous la semelle, bien planqué.

Au bout de l’horizon il y a le renne et l’ours, la vallée fertile ou le sang d’une bataille sur le sable sec ; le paradis des flemmards, l’enfer des serfs trop besogneux. Pour le savoir, suffit d’aller y voir et de savoir ce qu’on veut.

Sinon, on peut tout aussi bien ressentir la même trouille au tripes et jouir de sa tête fendant le vent depuis sa chaise à la cuisine ou en prison : l’horizon fait fi des murailles.

Au bout de l’horizon il y a nous : les scrutateurs du rêve droit devant qui sont debout ; privilège humain.

 

Sur une idée de Banana (la bibise à ses fifilles !) sur le fil précédent, ici : CLIQUEZ FORT !

 

  1. Coste, pech, puy, tuque, tuc, truc : toutes sortes de variantes de collines gasconnes. []
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Se poser là

Photo © Annie Luraghi  2003 - Tritouillage : Cyp

Coller les chocottes plutôt qu’avoir les boules. Il vaut mieux. N’avoir pas froid aux yeux ; sentir le pincement taraudant de la peur et écarter les doigts devant les yeux pendant la scène du massacre ; faire fuir les spectres en personne.

C’est magique, de n’en faire qu’à sa tête. Rien que pour voir celle des autres, pas réjouies. Nous faisons peur… il y en a… il y en a qui rôdent… Ceux qui n’ont pas peur font peur aux autres ; c’est ainsi. C’est pas moi qui changerai ça. Alors autant y aller franco de port : foutons la trouille aux pleutres, ils en ont grand besoin ; c’est leur raison de vivre ; d’autre ils n’en ont pas, ne connaissent que ça : la sujétion à la pétoche.

Nul besoin d’être beaucoup : semés clairs dans la population, nous produisons grand effet. Susciter l’effroi est faire œuvre utile ; rien de tel pour rompre l’hébétude ambiante que le sain effarement que nous procurons. Lâchez-nous dans la nature – ou sur des forums de l’internet – et nous opérerons des miracles.

Les fous redeviendrons sains d’esprit ; les frustrés trouveront des houris à foison qui les déniaiseront… l’épouvante rapprochera les êtres séparés par des haines farouches. Bref : la déconnologie ectoplasmique de combat est un art de vivre achevé qui nous épanouira. Non seulement nous aurons la joie de faire cauchemarder le citoyen mollasson, mais en plus nous lui offrirons la terreur de sa vie. Là, tout d’un coup, grâce à vous vaillants ninjas il sera décoincé ; le manche à balai lui tombera du cul.

Parce que le citoyen a peur, mais à petites doses insidieuses et n’en distille que bile. Jamais il ne jouit de frayeur. Il a oublié quand il était petit enfant et que les chimères nichaient sous le lit. Il ne sait plus les affres, mais la médiocrité de la crainte du chefaillon seulement. C’est la grand’ frousse qui fait avancer droit devant… vers la bonne tranche de rigolade. Parce qu’on rit toujours de ses phobies après coup, à la lumière.

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