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LE GRAND NOIR

Illustration © Cyp 2011

Il n’y a peut-être rien tout au bout du bout. Personne n’en sait rien de rien. La curiosité pousse à y envoyer des sondes, pour mieux y voir. Mais c’est si noir, et vaste. Heureusement qu’il y a quelques loupiotes ça et là, sinon il n’y aurait rien du tout et je ne serais pas en train d’écrire, ni vous de lire.

Les nouvelles de notre petite planète m’emmerdent bien souvent, alors je lève les yeux au ciel. Il n’y a pas de paradis là-haut, je sais bien. C’est pas ça que je cherche ; d’ailleurs est-ce que j’y cherche nécessairement quelque chose ? bien que dans le ciel il n’y ait pas rien. Si vraiment il y avait que du rien, ça se saurait. Nous autres on ne le saurait pas, ceci dit en passant. Quoique que mine de rien on y est, au ciel, puisque pourtant elle tourne

 L’air de rien et la tête en l’air : c’est ça le truc. Ça ne mange pas de pain ; enfin pas trop : juste de quoi me sustenter et pouvoir observer le spectacle. Quoi faire d’autre ? chacun son poste : le mien est d’observation. Pas que du ciel : mon regard se pose autant à l’horizon. Mais si mater l’éther apaise, zyeuter le perpendiculaire attaque la rétine. 

C’est que ça s’agite un max, à mon niveau. Ça impose une gymnastique radicale à la prunelle. Faut les suivre, mes contemporains. À toute vapeur atomique ils y vont, et pas avec le dos de la petite cuiller. 

Chirac n’est toujours pas en prison. Bush non plus, mais le monde s’en fout. Du moment que Ben Laden est mort et que les petits soldats meurent pour la bonne cause en Afghanistan, ça n’a aucune importance. C’est à se demander ce qui en a encore, de l’importance. Le pétrole : il est important ; et importé jusque chez nous où il est de toutes sortes d’usages, plus importants les uns que les autres. 

Le charbon est très important aussi, tout comme l’uranium et d’autres matières vitales : il y en a des masses considérables au cœur des galaxies lointaines, mais justement : elles sont hors de portée. C’est pour ça qu’on y envoie des sondes : pas seulement pour satisfaire le bon plaisir des savants et enrichir notre petite culture. Pour s’engraisser tout court à terme, on les scrute tant qu’on peut et que ça se pourra encore. Pour nous chauffer et nous épaissir la couenne : rien de tel que l’énergie des étoiles et des corps célestes gravitant autour. 

Des petits soldats donneront leurs vies un jour aussi lointain que les constellations, c’est sûr et certain. Ils iront porter la civilisation aux aborigènes et reviendront les soutes pleines, dans leurs lourds astronefs. Bush sera mort et oublié. 

Mais il y aura toujours des yeux pour voir au loin… 

 

La nébuleuse Helix (cliquer sur la vignette pour aller voir l'image en grand format sur le site de la Nasa).

 

E la nave va…

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SELF SERVICE

Animation maison extraite du film Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1982) On n’arrête pas le progrès. Qu’on dit. Mais est-ce qu’il va bien droit devant comme il devrait, le progrès ? ou est-ce qu’il fait la toupie en se bouffant la queue et tout le reste jusqu’à la disparition ? Comme Ginkoland, il m’est avis que oui. Pas comme l’ouroboros des anciens : je l’entends d’Ici qui se grignote, le progrès qui progresse dans son œuvre de suicide nihiliste, le progrès de l’Humanité.

Au passage il se fait jouir les papilles, le progrès. Et puis il n’y a plus rien. Que le goût du sang de guerre et l’amertume de la poudre explosive. Le sentiment de l’inutile après un effort gigantesque, pantelant et vide ; prêt à gober des cachetons pour se faire la nuit et le jour plus opaques et sirupeux : le Sheol ; un purgatoire sans trop de peine et fort peu de plaisir.

On n’arrêtera pas le progrès. Il sucera jusqu’à la dernière goutte de pétrole dans les sables profonds et les fosses marines, et puis il n’aura plus rien à sucer alors il s’ingérera lui-même. Il en aura pour un bon bout de temps encore parce qu’en deux gros siècles, le progrès a super pris de l’embonpoint. Il est gras comme une loche, le progrès, au point d’étouffer en s’auto-cannibalisant.

On n’a pas le choix : c’est le progrès ou rien. Qu’on nous dit. Mais en y réfléchissant un peu, on voit bien qu’il va droit au rien de rien, la mâchoire et les crocs en avant. On le voit bien tous les jours en ouvrant le journal, surtout ces derniers jours : le progrès c’est la mafia, les armes, la dope, les putes, le pouvoir politique corrompu jusqu’au trognon. Partout ou quasiment.

C’est ça qui envoie de la chair à canon à l’autre bout du monde au nom de la démocratie. Qui délocalise en Corée du Nord et fraternise avec les princes dictateurs pétrolifères. C’est ça qui nous gouverne, ça que la plupart des gens suivent aveuglément, sans se poser d’autre question que l’heure de la diffusion des concours de miss.

Ça, c’est l’idéal de vie qu’on nous impose : le progrès laïc, gratuit et obligatoire. Encore que pas si gratuit que ça.

Et rien à l’arrivée : le Sheol pour tous.

Et merci à Wikileaks.

E la nave va…

 

Publié dans Billet Express, Binosophie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , , , , | 590 commentaires
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