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Les zamis de l’internet

Bal des aveugles à Puycity en 1959 (avec Numebert et ses groupies, déjà) - Photo : Paul Grély - © Fonds Auzanneau - reproduction interdite

Y en a qui sont des amis de plume et d’autres en notre temps qui sont des amis électroniques : on appelle ça des zamis avec un z devant le a. Ou alors des aminautes. Tout ce qu’on n’est pas Ici, tous autant qu’on est.

Pourtant on est de l’internet : c’est des forums pourraves où nous avons affronté le Roger Velu et le museau de chienne de garde en vinaigrette que nous venons ; où nous sommes nés en quelque sorte. Avant il n’y avait pas de mère Dodu, ni de Hulk ni personne : il n’y avait rien, ou alors quelque chose de très compact, opaque comme le bois d’une table de cuisine.

Nos plus distingués savants se perdent encore en vaines conjectures à subodorer l’avant Big Bang. À un moment donné il y eut le Wig Wang Web et ce fut le raout général dans l’expansion exponentielle des radicules du Réseau : un dieu dédié décréta que les octets fusent, et il fusèrent dans les fils de cuivre et la fibre de verre sous forme de photons, véhiculant toutes sortes de sentiments plus ou moins humains.

Les cervelles s’échangèrent tout un tas de trucs philosophiques abscons, et les cœurs chavirèrent à vitesse lumière en pulsant à l’unisson. Les particules agressives se combattirent farouchement, et les furtives mordillèrent en catimini les mollets des paisibles blogueurs en s’affublant de trente-six pseudos à la con.

Il y eut la guerre, puis le football et enfin les forums de l’internet. Et au septième jour il y eut les Réseaux Sociaux. Et les zamis.

Avant la Big Company  il n’y avait que des amis sans z devant. Le z, c’est pour Zuckerberg : l’inventeur du zami.

Évidemment, si la gravitation nous a faits choir Ici, c’est parce que nous n’entrons pas dans la catégorie de Zuckerberg. Pas de bouton Facebook Ici, et ce n’est pas demain la veille qu’on en verra l’ombre d’un, ni de tout ce genre de choses. L’Ici-Blog n’est pas un réseau social. Il n’est même pas relié au reste de l’internet. Lequel est pourtant pétri de relations et dont l’essence même est l’interconnexion.

Les amis de l’Ici-Blog ne sont pas totalement composés d’immatérialité et n’ont pas le moindre z devant. Ils se sustentent de denrées dûment roboratives : gratins dauphinois prétendument véritables, saint-nectaire de buron, betteraves rouges du jardin, poireaux d’AMAP, whiskys antiques et very exotiques…

Les amis de l’Ici-Blog éprouvent le besoin de se frotter le lard très régulièrement, et pas juste de se retrouver quelques poignées de minutes à des apéros monstres et mortellement chiants avec des zamis fugaces au regard vide et au sourire commercial, à siroter mornement des saletés à bulles dans des godets plastoques.

L’Ici-blog est un blog coûteux en calories et au bilan carbone déplorable : les véhicules des déconnologues sillonnent le pays en permanence : l’un va toujours chez l’autre sans relâche, histoire de se coller les pieds sous la table et de papoter au lieu de tapoter sur le clavier. Sans compter les raouts, gros consommateurs en énergie fossile.

Mais si productifs en chaleur. Et vu le temps de merde qu’il fait dehors, autant rester au chaud et se pelotonner douillet, douillet…

E la nave va..

Sur une idée de Numebert, ici : CLIC.

 

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Mort Vert

Le Christ de Caylus et Daphné en cours de travail dans l'atelier de Zadkine aux Arques (Lot) en 1952 - Photographie inédite de Paul Grély - © Fonds Auzanneau

Trop tard : je viens de me rendre compte que cette image a déjà été publiée dans un billet précédent : CLIC. Aucune importance : il y a tant dedans…

C’est une boîte de papier photo Kodak dans laquelle sont en vrac une pile de vieux plans-films dans la poussière du grenier de l’ancienne boutique de Paul Grély, maintenant celle du Barbu. Il y a de tout, là-dedans : du catalogue d’isolateurs en céramique, du mariage, du banquet d’anciens combattants, et puis trois prises de vues de l’atelier de Zadkine aux Arques datées de 1952.

Il n’était bien que là. Paris, c’était pour la croûte; trouver de quoi gagner son manger dans le Lot à l’époque en étant artiste, ça n’existait pas. Un drôle de Russe très ours qui envoyait volontiers chier les emmerdeurs; maintenant on lui passe la pommade et sa grange a été transformée en musée aseptisé par décret des notabliaux du cru.

Il n’avait pas élaboré de grande théorie sur la sculpture : il suivait le fil de l’arbre sans se poser trop de questions, avec des outils de menuisier. Seul. Un bel ormeau fraîchement abattu pour orner l’église de son ami le curé de Caylus[1] et un chêne séché sur pied pour sa Daphné. Tranquille et sans bruit de moteur à explosion pour déranger. Rien de pire que la pétarade et le ronron du diesel : ces saloperies couvrent le chant des outils et gâchent le parfum du tabac. Zadkine les détestait autant que les mondanités parisiennes. Mauvais pour le travail.

Ne jamais perdre le fil mais le suivre : au ciseau et à la gouge ou pour d’autres avec un pinceau, un clavier : toujours être dedans même en dormant. Grappiller la moindre minute sur le temps obligé des nécessités vitales. Sinon rien de bon. Exiger qu’on vous foute la paix le temps que ça se fasse, ou bien montrer les crocs l’air mauvais.

L’important, c’est ce temps arraché pendant lequel tu suis le fil et la veine; après ils en feront ce qu’on fait d’ordinaire avec le sang du rêve : les critiques pondront des mots flatteurs ou acides, les petits penseurs théoriseront au bistouri en te disséquant comme une grenouille sur la paillasse et momifieront ta vieille grange en nappant son sol en terre nue de béton plat et lisse.

Et puis il te foutront dans une boîte : artiste contemporain. Sauf que tu n’entres pas dedans. Tu t’es déjà tiré ailleurs avec ta pipe, en ronchonnant. Loin des moteurs à explosion et du blabla des petits tenanciers branlotins de l’art …euh… enfin.. : contemporain. 

 

  1. Tarn-et-Garonne. []
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Un mec bien

Alain Barbu - © Pierre Auclerc - 2010Ça arrive. Il n’y a pas que les tordus dans la vie : y a les gens bien. Lui, là, sur la photo : le Barbu. Alain. Photographe à Puycity (rive nord).

Un ami en or. Parfois j’en parle Ici ou ailleurs[1]… et pof, je tombe sur sa bobine réjouie en cherchant une illustration pour le billet de Liger, prévu pour publication ce soir, alors changement de programme.[2]

Le mec qui ne te laissera jamais dans la merde, déjà. Et puis un artiste avec l’art de vivre fourni avec : cool, bouboule : on n’a qu’une seule vie et on va pas se la gâcher.

Il n’est pas fainéant ceci dit : toujours à sautiller avec des mimiques de sapajou derrière son appareil, à choper l’instant exact du déclic.

Vingt ans de mariages,  dis-donc : c’est ce qu’on a vécu, Barbu et moi. Les samedis d’été je lui gardais sa boutique quand il partait photographier les nouveaux mariés dans le canton et au delà. Pour la période des photos scolaires aussi, j’étais au comptoir à papoter avec les clients et tirer des identités.

Quand il était au labo, j’étais là pour servir. Là, ça fait bien plus de trois ans que je n’y vais plus, à sa boutique. On se tire pas du tout la gueule mais dépanner les ordinos me bouffe une bonne part de mon temps maintenant, alors il s’est arrangé autrement. Avant moi, c’était le vieux Paul − son prédécesseur de 1942 à 85 − qui lui filait le coup de main gratis, et puis un jour Paul n’ayant plus pu… je suis passé derrière le comptoir. Avant j’étais client.

Chez le Barbu c’est différent : tu y vas pour tes agrandissement et tu ressors deux heures plus tard pour aller boire un demi en face en sa compagnie, assez souvent.

Et puis il porte à gauche le Barbu, depuis le temps des réfugiés du Chili de Pinochet[3] , chez lui ça n’est pas un vain mot : le cœur et le paquet sénestres et bien ancrés à leurs emplacements respectifs. Tout le contraire d’un salaud : voilà Alain. Pas une demi-portion ni un pied-tendre : un homme entier, entièrement honnête. Pas froid aux yeux non plus. Quand il faut y aller il faut y aller et il y va. Toujours pour la bonne cause.

Quand on était dans la panade : il était là. Sans hésiter une seule seconde.

Et puis des photographies elles sont extras. Je vous en montrerai avec sa permission, un de ces quatre.

En dire du mal ? évoquer ses petits travers qu’il a nécessairement comme tout un chacun ? Faudrait être méchamment con et gravement tordu pour voir du vice dans  not’ Barbu. Faudrait le rechercher en soi, le mal, dans ce cas.

Ce billet super-express est dédié à la petite famille du Barbu.

  1. Dans les sinistres catacombes biomormons de Rue89 (un journul sur octet glacé). []
  2. Pas de bol, Liger : j’étais en train de trier des photos de poules à cou calé et celle  du Barbu se trouvait au beau milieu du dossier, alors désolé une fois de plus : cas de force majeure ; ce n’est que partie re-re-remise ;-) []
  3. Qui seraient foutus menottés dans un avion et renvoyés dans leur dictature en nos sombres années du règne de Tristion-le-Gniaf© []
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Poule au gibier

© Paul Grély - Fonds Auzanneau - 1961

 

On colle tout dans la poule, on joue jusqu’à pas d’heure et le gagnant encaisse le gibier.

PHASE DEUX : après avoir glané les idées du fil de discussion précédent, (condensées dans un mini-fichier PDF ici  : CLIQUEZ FORT), la discusse se poursuit pour améliorer la création du site en gestation désormais intitulé : HORS-SUJET.

Inutile d’en rajouter : tout se passe au bistrot, juste en dessous…

C’est parti !

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En antre

L'atelier d'Ossip Zadkine en 1952 - Photo inédite de Paul Grély - © Fonds Auzanneau

 

là et pas ailleurs
ou bien alors
vraiment ailleurs

loin

sous les toits de bois
dans les gros murs
sans vent dedans
sinon le sien

et seul

là où l’essence s’élabore

 

*

Ossip Zadkine a longtemps vécu aux Arques, dans le Lot

 

Publié dans Tout court, Tout Venant | Autres mots-clefs : , , , , | 94 commentaires
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