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Pilotique des grains

Phénakistoscope - image Wikimedia Commons libre de droits

 « L’Angélus de Millet beau comme la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d’une machine à coudre et d’un parapluie ».
Salvador Dalí.

 

La persistance de la mémoire lui importait, et la méthode paranoïa-critique. Dalí fait tout un plat de qui se résume en : le temps se traîne en nous et y laisse une trace ; nous vivons dans le décalage perpétuel. La personne en face de nous à table, est comme un soleil : sa lumière met un temps à percuter notre rétine.et bien que le photon cesse d’exister en entrant en collision avec notre corps, il l’imprègne d’une persistance.

Nous avons de très bons corps, puisque nous pouvons y accumuler énormément de persistance et de décalage. C’est la caractéristique majeure de notre espèce  : de gros sacs verticaux. C’est ce qui nous fait créer de l’impalpable plus que tous les autres vivants. Nous brassons bien des ondes, et pas que celles des photons. Des ondes comme du miel : sirupeuses.

C’est de cette viscosité épaisse de la mémoire que s’est élaborée notre paranoïa, tout animale au départ, et formée de peurs : d’ours cavernicoles et de monstres sous les meubles. C’est elle qui nous fit inventer la scie, et les pieds de lits à scier pour empêcher les monstres d’aller se fourrer dessous, et le lit par la même occasion.

Oui, nous pouvons imaginer n’importe quoi ; le chien non. On peut même se penser en amibe, en se concentrant bien. C’est pour dire. Le contraire n’est pas possible.

Le chien se fout de la politique, pas nous. ll se fout à peu près de la persistance de la mémoire. Ça lui est utile pour retrouver sa gamelle, mais guère plus. Et il n’est que rarement paranoïaque, et totalement dénué de sens critique. Parce que ce qui sauve tout et fait que nous sommes funambules, légers, intelligents et joyeux, c’est que nous savons utiliser notre paranoïa pour en faire des choses belles et sans utilité pratique. Des livres avec des histoires dedans comme nos rêves ; des images dans plusieurs dimensions de l’espace et toutes sortes de matières ; des sons plaisants.

Alors que le politicien cumule les tares : il est très paranoïaque, – la fonction l’exige – possède une mémoire très persistante et ne fait rien d’inutile qui pourrait lui faire passer l’envie de se mêler de celles des autre. Il ne supporte aucune critique, puisqu’il a forcément raison et les autres tort.

Foutu pour la méthode Dalí, le politicien. Une excroissance disgracieuse des sociétés humaines, qui ne savent comment s’en passer.

Alors moi, plutôt que de rédiger des articles parlant de politiciens, je préfère laisser errer mon esprit à huit images par secondes dans l’animation du phénakistiscope et songer à la traînée du temps qui fait que je vois un mouvement lisse et coulé.

La pilotique, c’est mieux. Ça sent l’air frais, tout de suite, et c’est beau.

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C’est la Vie ?

Illustration © Cyprien Luraghi 2009

 

Félicité nous signale que lamorille manque à l’appel, dans les commentaires du billet précédent…

En effet, après avoir longtemps tergiversé et constaté son absence, j’ai décidé d’y voir de plus près, car sans lamorille, la vie n’est pas envisageable. Sans sa sporée, que serions-nous ?

J’ai donc branché mon gros ordinateur sur ceux des agences spatiales des différents continents, et après les avoir hacké les doigts dans le nez, j’ai dévié plusieurs sondes intersidérales de leur trajet initial grâce à mes pouvoirs informagiques – Jissé, Jexiste et une blogueuse récemment passée à la maison pourront vous le confirmer : j’espionne leurs pécés depuis mon QG-bloghaus.[1]

L’exploration fut des plus palpitantes : je pris avantage de l’effet-boomerang de Io, dans la banlieue de Jupiter pour partir à la recherche de toute forme de vie de type lamorillienne, au delà du système solaire…

 

Tvashtar Caldera en éruption sur Io - © http://wanderingspace.net

 

Survolant cet astre à face de pizza, au risque d’y crasher l’astronef, je rebondis dans le vide et, une fois la banlieue solaire dépassée, j’appuyai sur le champignon que je calais avec un parpaing de passage dans l’habitacle : les joies de l’hyperespace s’ouvraient enfin à moi. J’ai fêté ça modestement, seul, incompris ; mais avec l’exaltation au cœur de celui qui œuvre pour la Communauté et se donne à Elle en un éblouissant potlatch multicolore.

 

Tvashtar Caldera sur Io - © Ricardo Nunes et Jason Pery

 

Et enfin, quelques trop longs instant d’infinité plus loin et tard – puisque c’est ça, le continuum spatio-temporel dont on nous gonfle les bouboules –, j’eus enfin en vue la planète tant désirée… celle où je soupçonnais la présence de la Vie qui Va comme elle Vient, prônée par notre grand-maître en déconnologie lui-même : le champipi suprême.

Mais hélas, il me fallut me rendre à l’évidence : nulle âme ici, dans cet univers de falaises mordorées aux gouffres abritant des lacs gelés…

Le Spore était ailleurs ; introuvable et fuyant…

 

 

  1. Lire le billet lié. []
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Machinations

© Vincent Montagu 2009

 

« Le monde court à sa perte ; les attentats du 11 septembre 2001 n’ont été qu’un avertissement ; ils ont juré de détruire le monde ; ils se sont entendus en secret dans ce but ; des milliers de scientifiques sont d’accord : les tours jumelles ont été dynamitées de l’intérieur et nous n’allons pas vers un réchauffement climatique, mais une glaciation ; comme il n’existe aucun média libre, ils nous font croire ce qu’ils veulent ; étrangement, toutes les preuves ont été détruites dans un incendie ; nous ne voulons pas voir la vérité car nous sommes des lâches ; il faut boycotter Israël mais je ne suis pas antisémite ; l’Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord est notre pire ennemi ; les peuples occidentaux ne devraient pas permettre cette existence qui finira pas nous tuer tous ; on nous fait croire que le carbone crée un effet de serre, mais on ne nous dit pas que la vapeur d’eau produit l’effet inverse, or les centrales nucléaires crachent de la vapeur d’eau ; c’est une nécessité que de rechercher sans cesse la vérité que l’on nous cache ; Bush est comme Obama… »

***

J’ai à peine arrangé la sauce, mais ce plat de résistance est un condensé des posts d’un complotiste que la plupart des lecteurs de l’Ici-Blog et de Rue89 connaissent bien, écrivant sous le nom de guerre de Parousnik.

En lisant attentivement une grande partie des 2889 messages qu’il a posté depuis deux ans, sa constance dans le dérapage fait plaisir à voir. Il part doucement en vrille, comme on dit de nos jours.

Avant hier, il en était rendu à ça :

« […] La guerre en Afghanistan et en Irak est non seulement une guerres contre l’humanité, mais c’est aussi une guerre contre la démocratie…ce qui aboutira a l’extermination d’une grande partie de la population mondiale… qui a déjà commencé aux EU et ailleurs par l’élimination de vieux et handicapés qui n’ont pas les moyens financiers de se soigner… comme Hitler naguère l’avait ordonné…»

Notre ami Dul, dont nous connaissons tous la grande équanimité, s’est laissé aller à le traiter de con, hier… ce qui me fait dire qu’un bouleversement planétaire est en cours : d’étranges lueurs sillonnent déjà nos ciels nocturnes en silence et comme le pensent des centaines de milliers de savants : la vie extraterrestre n’est pas un mythe. Il serait vain de ne pas y croire.

Préparons-nous donc à ces événements ! Le conclave est ouvert !

 

Un grand merci à Vincent pour sa bobine sur la photo. Bises occipitales, mon Vinçounet !

 

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Altérés : go !

À Medrano - © Annie Luraghi - 2009

C’est rigolo : un monsieur vient tout juste de sortir de mon petit atelier, où nous avons conversé pendant une petite heure. Il s’agit d’un touriste du 9-3 en goguette à Puycity.

Comme la porte est ouverte en grand dès qu’il fait un peu beau, il a jeté un œil curieux dans la boutique, car nous sommes des aborigènes que rien ne gêne, c’est bien connu.

Il avait envie de tailler la bavette, et moi aussi, vu que je calais sérieux sur le sujet de ce billet. J’avais l’illustration et le titre, mais rien à écrire en dessous… et comme mon premier client ne viendrait pas avant cinq heures, j’ai sauté sur l’occasion.

Le hasard fait bien les choses, et cette fois ne fait pas exception : je tenais là un authentique laïcard obsédé par la burqa – il en voit partout –, fanatique de ce fumiste de Michel Onfray, lecteur de la presse internet et bourré de préjugés débiles. Un petit monsieur à poil gris comme il y en a tant, et que nous croisons tous à foison dans les rue et sur les forums.

Maintenant qu’il est reparti bader dans les venelles et que mon client m’a déposé son ordino mal en point, j’ai le temps de dire ma conclusion : c’est pas gagné, je vous le dis tout net. Nous sommes, déconnologues distingués, très peu au monde. Spectateurs d’un cirque aux gradins presque vides, nous assistons, impavides, au petit numéro des pachydermes domestiques effectuant leur morne ronde.

Comme nul n’est plus normal que ce petit monsieur, je m’interroge sur la normalité : est-ce une forme de folie aussi ? Comment cet homme prétendument sensé, peut-il m’affirmer sans broncher naviguer au milieu d’un océan de femmes en burqas, alors que nos Grandes Oreilles n’en ont décompté que 367 en France ?

Vivons-nous en pleine hallucination collective ? Hein ?

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État policier

Tamsin - © Cyprien Luraghi 2009

Nous y voilà : en plein état policier. Même notre amie Tamsin a cédé à la pression : elle a elle aussi adopté un flic intérieur ; c’est très à la mode ces derniers temps. Ça l’éclate et moi aussi. On se sent plus en sécurité ainsi ; rassérénés et nos taux d’hormones joyeuses grimpant aux rideaux.

Pourtant, dans le vaste univers, il est des êtres pusillanimes renâclant au port de la casquette : ils sont pleins de fiel et d’ennui, et la paranoïa les nimbe d’une pénible aura. Ainsi, sur les grands forums dont nombre d’entre nous proviennent, nous en croisons souvent : drapés dans leur importance, ils caracolent en crachotant leur petit venin, et se la pètent tout en nous les brisant.

Le haut du panier de ces gens-là, c’est Julien Coupat : l’Invisible que j’évoquais dans l’un de mes billets.

Et le fond du fond, c’est la trollesse multicompte de Rue89, dont nous ne retiendrons ici que l’appellation hulkienne : Pipirella.

Il s’agit donc dans cette discussion, de dire tout et n’importe quoi sur ces gens. Sans restriction aucune. Le hors-sujet est permis, et les gros mots aussi.

Et banzaï !

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