Archives par tag : Paranoïa

ça existe

© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp Luraghi

– Et la tique, ça sert à quelque chose dans la grande chaîne de la vie ?
– Euh… ben pas vraiment. T’as raison : on pourrait très bien se passer d’elle.

***

C’était il y a une douzaine d’années ; nous étions chez Tristan Lafranchis, grand spécialiste des papillons. Il m’expliquait que la moindre bestiole avait son utilité ; j’avais des doutes. J’avais eu un voisin autrefois au Népal, qui étudiait une variété locale de cet acarien et avait écrit une thèse intitulée « The great leap into unknown » – le grand bond dans l’inconnu – ; la tique est sans yeux et se dirige à l’odorat, qu’elle a surdéveloppé. Elle vous flaire à cinq cent mètres et vous saute dessus pile-poil au bon moment. Si elle se loupe, elle a de bonnes chances de crever le ventre vide. Bien fait.

La tique refile des maladies. Annie en sait quelque chose : trois semaines au pieu avec quarante et plus de fièvre et des boutons mahousses partout. Et des douleurs nerveuses pendant des mois et des années. Non seulement la tique craint de la couenne, mais selon nos critères, elle est moche. Ce n’est pas même une belle saloperie.

Ça fait chier le monde entier, à exister. Nul ne songerait à verser une larme si l’espèce était mise en danger. Je ne vois pas les ligues de protection des animaux voler au secours de ces hideux ixodes.

Et il existe des hommes et des femmes tiques ; c’est une des caractéristique du peuple debout : il régurgite bien toutes les bêtes dont il descend et les transpose impeccablement, suscitant chez ses congénères un éblouissement de sensations irisées. Avec la tique humaine, nous plongeons dans le tréfonds, tout à l’extrémité basse du spectre humanoïde. La tique humaine est tout en bas ; nous en croisons parfois ; tout le monde en connaît plus ou moins. Elle empoisonne, alors méfiance.

Après avoir éradiqué la burne dans le billet précédent, je vous propose d’amener les tiques humaines à la non-existence. Tous les moyens sont bons. Grillons-les bien : ça fera des petits boudins.

Édit édicté.

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Ce billet est dédié à « Jexiste », ex-commentatrice de Rue89, à qui je fais un petit hibou, l’heure du coucou étant passée.

[Note Venue Du Futur (27 mai 2013 et 5 mars 2016) : lisez les billets liés « NEMROD34 GAGNE EN APPEL CONTRE OVERBLOG » et « Catherine X de Brest : coupable relaxée en appel » , car cette histoire ne faisait que commencer quand j’avais écrit ce billet et des années plus tard elle continue]

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Se poser là

Photo © Annie Luraghi  2003 - Tritouillage : Cyp

Coller les chocottes plutôt qu’avoir les boules. Il vaut mieux. N’avoir pas froid aux yeux ; sentir le pincement taraudant de la peur et écarter les doigts devant les yeux pendant la scène du massacre ; faire fuir les spectres en personne.

C’est magique, de n’en faire qu’à sa tête. Rien que pour voir celle des autres, pas réjouies. Nous faisons peur… il y en a… il y en a qui rôdent… Ceux qui n’ont pas peur font peur aux autres ; c’est ainsi. C’est pas moi qui changerai ça. Alors autant y aller franco de port : foutons la trouille aux pleutres, ils en ont grand besoin ; c’est leur raison de vivre ; d’autre ils n’en ont pas, ne connaissent que ça : la sujétion à la pétoche.

Nul besoin d’être beaucoup : semés clairs dans la population, nous produisons grand effet. Susciter l’effroi est faire œuvre utile ; rien de tel pour rompre l’hébétude ambiante que le sain effarement que nous procurons. Lâchez-nous dans la nature – ou sur des forums de l’internet – et nous opérerons des miracles.

Les fous redeviendrons sains d’esprit ; les frustrés trouveront des houris à foison qui les déniaiseront… l’épouvante rapprochera les êtres séparés par des haines farouches. Bref : la déconnologie ectoplasmique de combat est un art de vivre achevé qui nous épanouira. Non seulement nous aurons la joie de faire cauchemarder le citoyen mollasson, mais en plus nous lui offrirons la terreur de sa vie. Là, tout d’un coup, grâce à vous vaillants ninjas il sera décoincé ; le manche à balai lui tombera du cul.

Parce que le citoyen a peur, mais à petites doses insidieuses et n’en distille que bile. Jamais il ne jouit de frayeur. Il a oublié quand il était petit enfant et que les chimères nichaient sous le lit. Il ne sait plus les affres, mais la médiocrité de la crainte du chefaillon seulement. C’est la grand’ frousse qui fait avancer droit devant… vers la bonne tranche de rigolade. Parce qu’on rit toujours de ses phobies après coup, à la lumière.

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Pilotique des grains

Phénakistoscope - image Wikimedia Commons libre de droits

 « L’Angélus de Millet beau comme la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d’une machine à coudre et d’un parapluie ».
Salvador Dalí.

 

La persistance de la mémoire lui importait, et la méthode paranoïa-critique. Dalí fait tout un plat de qui se résume en : le temps se traîne en nous et y laisse une trace ; nous vivons dans le décalage perpétuel. La personne en face de nous à table, est comme un soleil : sa lumière met un temps à percuter notre rétine.et bien que le photon cesse d’exister en entrant en collision avec notre corps, il l’imprègne d’une persistance.

Nous avons de très bons corps, puisque nous pouvons y accumuler énormément de persistance et de décalage. C’est la caractéristique majeure de notre espèce  : de gros sacs verticaux. C’est ce qui nous fait créer de l’impalpable plus que tous les autres vivants. Nous brassons bien des ondes, et pas que celles des photons. Des ondes comme du miel : sirupeuses.

C’est de cette viscosité épaisse de la mémoire que s’est élaborée notre paranoïa, tout animale au départ, et formée de peurs : d’ours cavernicoles et de monstres sous les meubles. C’est elle qui nous fit inventer la scie, et les pieds de lits à scier pour empêcher les monstres d’aller se fourrer dessous, et le lit par la même occasion.

Oui, nous pouvons imaginer n’importe quoi ; le chien non. On peut même se penser en amibe, en se concentrant bien. C’est pour dire. Le contraire n’est pas possible.

Le chien se fout de la politique, pas nous. ll se fout à peu près de la persistance de la mémoire. Ça lui est utile pour retrouver sa gamelle, mais guère plus. Et il n’est que rarement paranoïaque, et totalement dénué de sens critique. Parce que ce qui sauve tout et fait que nous sommes funambules, légers, intelligents et joyeux, c’est que nous savons utiliser notre paranoïa pour en faire des choses belles et sans utilité pratique. Des livres avec des histoires dedans comme nos rêves ; des images dans plusieurs dimensions de l’espace et toutes sortes de matières ; des sons plaisants.

Alors que le politicien cumule les tares : il est très paranoïaque, – la fonction l’exige – possède une mémoire très persistante et ne fait rien d’inutile qui pourrait lui faire passer l’envie de se mêler de celles des autre. Il ne supporte aucune critique, puisqu’il a forcément raison et les autres tort.

Foutu pour la méthode Dalí, le politicien. Une excroissance disgracieuse des sociétés humaines, qui ne savent comment s’en passer.

Alors moi, plutôt que de rédiger des articles parlant de politiciens, je préfère laisser errer mon esprit à huit images par secondes dans l’animation du phénakistiscope et songer à la traînée du temps qui fait que je vois un mouvement lisse et coulé.

La pilotique, c’est mieux. Ça sent l’air frais, tout de suite, et c’est beau.

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C’est la Vie ?

Illustration © Cyprien Luraghi 2009

Félicité nous signale que lamorille manque à l’appel, dans les commentaires du billet précédent…

En effet, après avoir longtemps tergiversé et constaté son absence, j’ai décidé d’y voir de plus près, car sans lamorille, la vie n’est pas envisageable. Sans sa sporée, que serions-nous ?

J’ai donc branché mon gros ordinateur sur ceux des agences spatiales des différents continents, et après les avoir hacké les doigts dans le nez, j’ai dévié plusieurs sondes intersidérales de leur trajet initial grâce à mes pouvoirs informagiques – Jissé, Jexiste et une blogueuse récemment passée à la maison pourront vous le confirmer : j’espionne leurs pécés depuis mon QG-bloghaus.[1]

L’exploration fut des plus palpitantes : je pris avantage de l’effet-boomerang de Io, dans la banlieue de Jupiter pour partir à la recherche de toute forme de vie de type lamorillienne, au delà du système solaire…

Tvashtar Caldera en éruption sur Io - © http://wanderingspace.net

Survolant cet astre à face de pizza, au risque d’y crasher l’astronef, je rebondis dans le vide et, une fois la banlieue solaire dépassée, j’appuyai sur le champignon que je calais avec un parpaing de passage dans l’habitacle : les joies de l’hyperespace s’ouvraient enfin à moi. J’ai fêté ça modestement, seul, incompris ; mais avec l’exaltation au cœur de celui qui œuvre pour la Communauté et se donne à Elle en un éblouissant potlatch multicolore.

Tvashtar Caldera sur Io - © Ricardo Nunes et Jason Pery

Et enfin, quelques trop longs instant d’infinité plus loin et tard – puisque c’est ça, le continuum spatio-temporel dont on nous gonfle les bouboules –, j’eus enfin en vue la planète tant désirée… celle où je soupçonnais la présence de la Vie qui Va comme elle Vient, prônée par notre grand-maître en déconnologie lui-même : le champipi suprême.

Mais hélas, il me fallut me rendre à l’évidence : nulle âme ici, dans cet univers de falaises mordorées aux gouffres abritant des lacs gelés…

Le Spore était ailleurs ; introuvable et fuyant…

  1. Lire le billet lié. []
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Machinations

© Vincent Montagu 2009

 

« Le monde court à sa perte ; les attentats du 11 septembre 2001 n’ont été qu’un avertissement ; ils ont juré de détruire le monde ; ils se sont entendus en secret dans ce but ; des milliers de scientifiques sont d’accord : les tours jumelles ont été dynamitées de l’intérieur et nous n’allons pas vers un réchauffement climatique, mais une glaciation ; comme il n’existe aucun média libre, ils nous font croire ce qu’ils veulent ; étrangement, toutes les preuves ont été détruites dans un incendie ; nous ne voulons pas voir la vérité car nous sommes des lâches ; il faut boycotter Israël mais je ne suis pas antisémite ; l’Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord est notre pire ennemi ; les peuples occidentaux ne devraient pas permettre cette existence qui finira pas nous tuer tous ; on nous fait croire que le carbone crée un effet de serre, mais on ne nous dit pas que la vapeur d’eau produit l’effet inverse, or les centrales nucléaires crachent de la vapeur d’eau ; c’est une nécessité que de rechercher sans cesse la vérité que l’on nous cache ; Bush est comme Obama… »

***

J’ai à peine arrangé la sauce, mais ce plat de résistance est un condensé des posts d’un complotiste que la plupart des lecteurs de l’Ici-Blog et de Rue89 connaissent bien, écrivant sous le nom de guerre de Parousnik.

En lisant attentivement une grande partie des 2889 messages qu’il a posté depuis deux ans, sa constance dans le dérapage fait plaisir à voir. Il part doucement en vrille, comme on dit de nos jours.

Avant hier, il en était rendu à ça :

« […] La guerre en Afghanistan et en Irak est non seulement une guerres contre l’humanité, mais c’est aussi une guerre contre la démocratie…ce qui aboutira a l’extermination d’une grande partie de la population mondiale… qui a déjà commencé aux EU et ailleurs par l’élimination de vieux et handicapés qui n’ont pas les moyens financiers de se soigner… comme Hitler naguère l’avait ordonné…»

Notre ami Dul, dont nous connaissons tous la grande équanimité, s’est laissé aller à le traiter de con, hier… ce qui me fait dire qu’un bouleversement planétaire est en cours : d’étranges lueurs sillonnent déjà nos ciels nocturnes en silence et comme le pensent des centaines de milliers de savants : la vie extraterrestre n’est pas un mythe. Il serait vain de ne pas y croire.

Préparons-nous donc à ces événements ! Le conclave est ouvert !

 

Un grand merci à Vincent pour sa bobine sur la photo. Bises occipitales, mon Vinçounet !

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , | 346 commentaires
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