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ÉTUDE DE CAS

 

 

Mesdames et Messieurs

Merci de votre présence à cette séance de travail.


Je me propose aujourd’hui d’analyser le cas d’un de mes patients, Monsieur Nicolas S. (Président de la République)

Dans le cadre d’une interview accordée au Figaro Magazine le samedi 11 février, Nicolas S. exprime sa volonté de limiter le rapprochement familial des étrangers conjoints de français en imposant des critères de revenus.
Une telle proposition ne manque pas de nous interpeller quelque part© : en quoi le revenu serait-il un gage de sincérité, d’amour et de solidité de la relation conjugale ??

À défaut d’y trouver une logique affective ou d’utilité économique ou sociale, force est de constater que seul un examen attentif et approfondi du fonctionnement socio-affectif du sujet, ainsi que de son histoire familiale, est à même de rendre compte de la complexité du processus mental ayant abouti à ce comportement.

 

Je ne trahirai pas le secret professionnel (puisque les informations sont de notoriété publique) en vous rappelant que Nicolas S. lui même est l’enfant légitime d’une Française et d’un immigré Hongrois. Malheureusement cette union ne dura pas, et le petit Nicolas souffrira toute son enfance de cette situation.

Ainsi ce lourd passé familial, bien que lointain et donc situé en dehors du champ de la remémorance consciente, s’exprime néanmoins par des pulsions enfouies mais prégnantes.
Notre sujet-patient (quoiqu’agité) , confronté dans sa petite enfance à l’image d’un père immigré vivant aux crochets d’une mère qui, quoi que Française, ne justifiait pas d’une souche ancestrale suffisamment profonde pour écarter tout soupçon de cosmopolitisme sournois, a développé des comportements d’attirance-répulsion vis a vis des situations semblables à la sienne.

Cette tache originelle amène Nicolas, par un mécanisme psychique classique bien décrit dans la littérature, à développer en réaction des comportements de rejet de ce passé encombrant, entachés d’une culpabilité angoissante se manifestant classiquement par des troubles du comportement eux aussi bien connus: instabilité posturale, irritabilité, agressivité, complexe de supériorité toute-puissante, etc….
Encore aujourd’hui, malgré tous les efforts du sujet pour enfouir ces pulsions sous l’apparence d’un humanisme de façade se manifestant par des poussées verbales de défense de la démocratie aussitôt contredites dans les faits, son inconscient reptilien, donc, lui dicte ses actes manqués (et il en manque beaucoup) révélateurs de son moi profond.
Ainsi ce dernier épisode de bouffée maniaco-dépressive: même un interne de 1ère année de psychiatrie verra clairement dans cette mesure la tentative inconsciente du sujet d’étouffer à la source tout rappel de sa douleur profonde et fondatrice.
Cet être en souffrance a un urgent besoin de repos auprès de sa famille pour essayer (si c’est encore possible) de résoudre ses conflits intérieurs et d’accéder enfin à la sérénité.

Bien sûr, Nicolas n’est pas en état psychique dans l’instant pour réaliser la gravité de son état. Il lui faut une aide extérieure.
Je suggère donc aux Français de lui apporter une aide massive en Mai prochain: le délivrer de ses préoccupations professionnelles (qu’il n’aurait d’ailleurs jamais fallu lui confier compte tenu de son état).
Français, votez pour qui vous voulez, mais par charité et dans l’interêt même du patient, ne votez pas pour lui.


Docteur Tigerbill
Polito-Psychiatre 
Directeur de l’Unité Spécialisée de soins intensifs pour polyhandicapés de la Puissance Publique

[Note du konduk’ de service : l’idée de départ de cet article provient du fil de discussion précédent, à partir d’ici : CLIC]

E la nave va…

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Les horreurs du monde

On ne dirait pas mais c’est la guerre, la tourmente, la tempête soufflant sur les marchés, le chômage, la misère et l’inflation galopante. J’ai lu ça dans les journaux.

Donc ça doit être vrai ; pourtant on ne dirait pas à voir comme ça : tout a l’air si paisible, perspirant l’harmonie.

Tranquille à la cambuse j’écris et pas bien loin il y a l’océan de bois profonds, ondoyant au delà du bourg. Et puis en tendant bien l’oreille il y a comme un cliquetis ténu qui, en s’approchant un peu, semble être bruit de bataille : là, sous la feuillée tout un monde fait rage et ferraille.

Pour des rogatons sans doute, ça s’étripe et pisse le raisiné : en tout cas ça a l’air d’en chier et d’en découdre, là-dessous. Et en levant la tête c’est pareil : clameur, rumeur, cris et ululements dans le béton des cités ; partout un vent de fou fait virer les plus sages, bredins et les agite considérablement.

Mais il faut posséder bons yeux et fines oreilles pour déceler ce tintamarre dans la mer d’huile du silence de la nuit profonde à Puycity. N’ayant pas ces sens aiguisés plus que de raison, je n’entends que les petits fous-rires des cancrelats et assimilés se tapant la cloche au chaud et les joyeux éclats de la grande nouba d’avant l’hivernage.

Seuls les fous, aliénés par leurs sens indûment en alerte perpétuelle et aiguisés à vif, perçoivent le fracas des armes là où tout n’est que doux gazouillis. La fin du monde n’est pas proche, qu’on se le dise ;-)

E la nave va…

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ASSURANCE MORT

Ah, ça y va. Chacun dans son petit véhicule avance à sa guise, guidé seulement par les règles du code de la déroute. Et chacun dans son petit habitacle se sent chez soi ; bien chez soi.

Protégé des intempéries et grisé par la vitesse : tout un monde roule à tombeaux ouvert sur les autoroutes de la paranoïa.

Éviter à tout prix tout contact de pare-chocs à carrosserie : tout un chacun tient à sa peau métallique en conservant ses distances. Respectueuses.

Et tout un chacun seul dans sa caisse : sa boîte à soi. Jusqu’à sa caisse en sapin finale : seul. Comme un con qu’il est, tout un chacun. Heureux d’avoir conquis sa solitude et le privilège d’avancer de concert avec des corpuscules distants, dans le vaste n’importe quoi : sa liberté chérie rien qu’à soi, con de dieu.

***

Tu m’étonnes qu’après ça ils deviennent totalement flippés, ces gens-là. T’en as qui voient des islamigrés partout et toutes sortes d’autres dangers fantasmagoriques depuis leur caisse. Ils entendent des voix. Ils craignent pour leur carrosserie ; leur armure, leur pucelage[1] social. Leur bulle de déni du fait qu’ils sont comme moi et tous les joyeux primitifs vivant en tribu, des animaux sociaux. Quoi de plus clos que leurs open spaces ? Tout un chacun sous cloche estourbi par le battant, assourdi par l’insoutenable vacarme intérieur.

Tout un chacun pour sa gueule : quel triste luxe. Et ils en sont si fiers. Les luttes sociales d’autrefois ont cédé la place à la conquête du soi et au décompte de ses sous en base dix : en bon grand singe langoureux je compte sur les autres qui peuvent compter sur moi… en base vingt-et-un ;-)

En partant des commentaires du fil précédent… dont celui de Liger ici : CLIC

E la nave va…

  1. Le jour où on aura pigé que Jeanne d’Arc était affligée de tous les symptômes de la paranoïa délirante, le fascisme aura disparu de la planète. []
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L’EAU CHAUDE AU ROBINET

Un des plus gros flips irraisonné dans le vieil Occident est pour ses aborigènes, de croire que les Indiens et les Chinois rêvent tous d’avoir une bagnole et que par conséquent ce serait l’enfer à cause de l’effet Coriolis poussant ces gaz délétères jusqu’au cœur de l’espace Schengen au grand dam des gabelous de service sur le limes

Rien ne coincera jamais le flux continu soufflant de l’Orient depuis la nuit des temps, autant le savoir tout de suite et éviter ainsi de sombrer dans la paranoïa générale, constatée à la lecture d’articles apocalyptiquement cons fleurissant un peu partout comme des chiures de mouche ces derniers temps.

Autrefois le monde était simple pour le fruste esprit occidental : en Inde, y avait des vaches sacrées et des miséreux qui ne les mangeaient pas et c’est d’ailleurs pour ça qu’ils crevaient la dalle. En Chine les chinois étaient cruels, point barre. Réflexions entendues mille fois du temps où j’étais guide de voyages, et maintenant étalées par des myriades de connards sur les forums de l’internet… et des connards de toutes obédiences politiques, en plus.

Et puis un jour, Lakhsmi Mittal a racheté Arcelor et les aborigènes occidentaux n’ont plus tellement parlé des vaches sacrées.

Alors ils se sont tournés une fois de plus vers l’Amérique, mais il n’y avait plus d’Amérique… juste des GI’s enlisé dans les sables pétrolifères, et une planche à billets imprimant de manière aussi frénétique ses dollars pourris, que celles de la République de Weimar après la guerre de 14-18, ses Papiermarks.

Et pendant ce temps-là, l’Inde négocie paisiblement avec l’Iran, le payement de ses importations de pétrole en belles et bonnes roupies : CLIC (en anglais).

« Il y a péril en la demeure et il n’est pas que jaune : la fin du monde est proche ! », hurlent les demeurés de service beuglant leur prédictions hallucinées sur les blogs et gazettes de l’internet en s’arrachant la toison à pleines poignées : les nouveaux Speaker’s Corners des tribuns à trois balles adulés par des indigents de la comprenette tristes comme des jours sans pain.

On va se faire bouffer tout crus par les asiates après avoir été asphyxiés par les gaz d’échappement d’un milliard trois cent millions de Tata Nano : brrrrrr !

Un jour l’eau coulera librement dans tous les robinets de notre vieux monde : c’est tout le malheur que je nous souhaite.

E la nave va…

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Le FLIP

Illustration originale © Cyp 2011Les petites bêtes ne mangent pas les grosses : ça se discute. J’y ai jamais cru, à cette sentence. Un régiment d’asticots vient à bout de n’importe quelle charogne, déjà.

Et puis on sait jamais : la moindre pipistrelle avec ses petites pattes griffues, pourrait faire je ne sais pas quoi… d’ailleurs c’est ça qui est flippant : quand on ne sait pas.

L’autre nuit elle est entrée par la fenêtre de la bibliothèque : il faisait bon chaud et elle a atterri sur le plancher sans faire plof. C’était terrible. Le frelon, qui est une petite bête aussi, a le bon goût de faire un boucan d’enfer avant de vous planter son dard dans la couenne, au moins. Alors que la pipistrelle : silence radio. On ne connaît même pas son modus operandi et encore moins ses mauvaises intentions.

Ensuite elle a rampé jusqu’au lit : c’était atroce…. par petits soubresauts erratiques, éraflant les interstices des vieilles lames de peuplier et plantant ses serres affilées dans les trous de vers à bois.

Impuissant, j’assistais au spectacle de mon infortune en gésine. Et rien pour la neutraliser : pas de scie à pieds de commode[1] ou à pieds de lit en vue, qui m’aurait permis d’aplatir la bête… pas de nettoyeur à haute pression élyséen, pas de braves pandores en vue : rien. Seul, j’étais. Ça m’arrive à peu près deux fois par an, quelques jours à peine et manque de bol ce soir-là il n’y avait personne à la Maison de l’Horreur[2] pour apaiser mon petit palpitant tiquetoquant à 220.

Au loin l’orage grondait : et si soudain une panne de jus survenait ? Pas même le temps de peaufiner cette nouvelle angoisse, que la pipistrelle, d’un bond malhabile mais déterminé, disparut sous le pieu. Trop tard pour agir : j’étais cuit. Dans ces cas-là il faut se faire une raison, mais j’avais beau me triturer les méninges : seule la déraison se pointait à l’horizon, comme une nuée de criquets à l’assaut du désert…

Manquerait plus qu’une invasion sarrasine, pour parachever le tableau.

Si encore ça s’était passé le 14 juillet… j’aurais pu me rasséréner en voyant défiler les militaires à la télé. Sauf que je n’ai pas de télé et à la radio c’est pas aussi efficace, et puis de toute façon c’était le soir du 6[3].

Résigné à mon sort, je suis redescendu à la cuisine pour me préparer un dernier café et me griller une ultime cigarette.

***

18 juillet : elle est toujours là sous le pieu dans la bibliothèque, je le sais. Les Sarrasins ont fait tomber la foudre à moins de trente kilomètres de Puycity, occasionnant au moins trois micro-coupures de jus. L’émetteur de France Inter est tombé en panne : ils veulent ma peau. Mais je la défendrai chèrement : j’ai de quoi tenir un siège !

E la nave va…

  1. Lire le billet lié « Virtuel = Foutaise ». []
  2. Lire le billet lié « La Maison de l’Horreur ». []
  3. J’ai mis la date au pif, étant crès crès nul en maths et en dates. []
Publié dans Billet Express, Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , | 625 commentaires
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