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Les sans parole

Je me mouche ce matin, c’est noir dans le Sopalin.

On est partis  en bande, hier au soir, pousser des pneus jusque sur la rive Sud où vit notre pote le Barbu, photographe à Puycity, avec sa chérie et leur babou d’un an et demi. Prahoutac, c’est connu pour la fête des confettis et justement c’était hier soir. Non, mais des confettis, vous n’avez pas idée : c’est par sacs de cent litres qu’on se les balance… et je dois dire que si parfois le Lot me les gonfle, là non : pas un képi à l’horizon, des gens qui ramènent les portefeuilles plein de sous sur scène, des jeunes, des vieux, des entre-deux, des couleurs… et une banda folle pour s’achever en beauté. Ça dépote au gros cuivre, ça couaque à mort et le chanteur est cassé. Donc nous sommes pleins de confettis, ce matin on en a jusque dans les lits.

C’est l’après-midi et le ventilo ronfle à fond. Papillon Bleu est passée avec son mari, Tarzan le peintre. Ça n’a pas fait un pli : Annette a tout raconté à Radegonde-aux-gros-genoux, Radegonde a téléphoné à ses vieux, qui se sont radinés aussi sec. Je te les ai allumé, ces empalés, mais pas qu’un peu ! C’est qu’en plus ils se justifient. Enfoirés ! Voudraient en plus qu’on dise oui, oui, qu’on leur pardonne de nous jeter comme des chiens, de nous expulser au profit de leur gniarde alors qu’ils − elle, Papillon Bleu− nous avait juré ses grands dieux (on lui avait rien demandé, d’ailleurs) qu’on pourrait vivre à la Cazelle à demeure, que jamais, au grand jamais ils ne reviendraient vivre ici. On se garde juste la grange pour venir y passer le week-end deux ou trois fois par an, pour ramasser les fruits. On vous en laissera, de toute façon. Ils voudraient qu’on les croie.

Dans sept mois faut qu’on décanille et on sait pas où aller… Ordures ! Je vous refais pas la diatribe, mais le Céline, à côté du Cyp, il peut repasser ! Ils se sont retirés penauds, comme deux grosses merdes qu’ils sont. Maintenant qu’ils fassent ce qu’ils ont à faire : nous envoyer la lettre. Et qu’ils se démerdent avec leur conscience… parce qu’ils aimeraient bien en avoir une, de conscience. Ça fait chic. Un luxe que je leur refuse. Qu’ils crèvent cententaires, tristes et cons. Le Lot est déjà un cimetière, alors, y a de la place.

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IL S’EN TROUVE !

Chic et chouette ! je viens de tout piger. Le langage HTML, c’est terrible au premier abord. J’ai mis une petite semaine à m’y mettre et à concevoir le site et là, ça me démange de me bouffer de la page.

Je bosse sous le toit, il fait 29 sans un poil d’air et ça sent le cèpe grillé dans toute la maison. Annie bricole une tarte aux pêches et Gaspard s’emmerde − Game Boy confisquée pour cause de délire vespéral : des gnons à la frangine, non mais j’t’en mettrais, toi ! Shanti est chez sa pote Nono, à Pouliviac. Le tracteur au père Roudy passe et repasse sur le goudronnet, à moins que ce ne soit le Relou avec sa tronche de fouine. Thiéfaine se sent coupable sur la chaîne, dans la cuisine en bas, et pas moi.

C’est la saison des cèpes.

IL S’EN TROUVE !

IL S’EN TROUVE !

IL S’EN TROUVE !

C’est le cri de guerre en vigueur.

Et du coup c’est la guerre. C’est comme ça dans le Périgord.

Rencontre au bois, hier matin. Je me suis levé avec l’odeur du mycélium aux naseaux, je me suis fait un caoua et hop, panier sous le bras, me v’là en route. Je suis pas le premier, ça saute aux yeux : les bois ont été battus de bottes et de bâtons fouisseurs, les fougères aplaties et faut vraiment connaître pour s’en dégotter la douzaine, mais je dois dire qu’ils sont mimis. Deux têtes nègres et le reste en bolets. Je sifflote des chansons à la con, très mal − avec un dentier, la chose n’est pas gagnée d’avance − quand j’aperçois le fils Alacoul, son bide et sa moustache en plein milieu de chez moi. Chez les Alacoul, y a la mère et le fils, surtout ; le vieux on le voit pas. la vieille, elle peut plus arquer sans peine, alors maintenant c’est le fiston qui ratisse. La vieille, je te l’avais jetée un jour de juin, sous la saucée, avec ses deux poches pleines de girolles, qui m’avait foutu le souk dans mes filons à retourner les lits de feuilles comme une laie. Je croyais être à tout jamais débarrassé des Alacoul et voilà que je tombe sur le fils. Dans la famille Porcachon, je demande le fils et on me refile une grosse merde teigneuse… Gras, con et gascon, le fils, et que je le tance :

− Hé monsieur, z’êtes pas chez vous, que je sache…

− Ouais mais moi je paye mes impôts…

− Moi aussi je les paye, que je dis. Il me mate, l’air mauvais.

− Mais moi je paye des impôts sur mes bois.

− Mais c’est pas vos bois, c’est ceux de Papillon Bleu (notre proprio − honni soit son nom !).

− Ah mais moi je fais ce que je veux, je suis de Crassac, moi. (Il est entendu que le Cyp et sa bande ne sont que de sales estrangers, hein…)

 

Il a le panier plein, il continue comme si de rien n’était, je marche à trois mètres de lui, en parallèle ; il se dirige vers la châtaigneraie ; je le charrie en l’accompagnant. On se sépare. On trouve encore des pithécanthropes de nos jours, surtout dans certains recoins du Lot. Mieux reconstitués qu’au Museum, même. Vivants.

Je suis dans le pré, je vois une vieille, panier au bras, des cèpes dedans. C’est Annette, une cousine de Papillon Bleu.

− Pas la peine d’aller plus loin, Alacoul junior a tout raflé, je gueule (elle est au loin). On se rapproche.

− Oh ! mais vous en avez trouvé deux beaux ! Des têtes noires, ça crée de l’envie. Il faut dire que c’est bon, et pas qu’un peu.

− Et alors, Cyprien, comment vous allez ?

− M’en parlez pas, Annette, avec ces salauds qui vont nous foutre dehors, j’ai la haine vissée.

− Mais vous allez bien vous trouver quelque chose à louer, non ? C’est quand, que vous devez partir ?

− En mars prochain, mais pour ce qui est de trouver à louer, c’est niet. Y a plus que des gîtes et des maison à vendre pour les Hollandais plein de fric. Nous autres, on peut aller se faire voir. On peut payer deux mille cinq de loyer et pas plus et y a rien à moins de trois mille, dans le coin… Ah, putain que je les hais ! Mais je me laisserai pas faire, Annette, si je trouve rien je reste, et merde ! et qu’ils m’envoient les huissiers, ces empalés, je les attends !

 

Je sais pertinemment qu’Annette joue tout sucre avec moi. Pas de vagues, dans le Lot, c’est l’inflexible règle de ce département cliniquement mort. Crassac n’est qu’un cimetière entouré de résidences secondaires et de gîtes. L’école a fermé il y a neuf ans (avec 17 élèves, un instit génial et personne pour oser lever le petit doigt ou s’indigner…) et la municipalité a fait retirer le panneau « traversée d’enfants » à l’entrée du bled. Un village sans école n’est plus un village.

Annette s’en prend plein les oreilles et je sais qu’elle va s’empresser d’aller raconter tout ça à notre voisine Radegonde, la fille de Papillon Bleu.

C’est que Radegonde a dans l’idée, avec son homme (Monsieur Pivert) de nous bouter dehors et de s’installer chez nous. Pour ce faire ils ont imaginé une magouille vraiment peu ragoûtante.

1) Profiter d’une fin de bail prochaine (pour nous, c’est à la mi-mars prochaine) de façon à ce que Papillon Bleu et son homme puissent prétendre récupérer notre maison pour y revenir habiter.

2) Faire les travaux (c’est-à-dire saccager ce qui fait le charme de notre vieille maison).

3) Installer Fifille et son con de mec à notre place en douceur. 300 mètres carrés pour deux personnes, c’est pas mal vu, hein ?

Légal, mais parfaitement dégueulasse.

 

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