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Du déjà vu

© Cyprien Luraghi 1998 - Inde - Maddhya Pradesh - Peinture murale - temple de Lakhsmi Narayan à Orchha.

 

1842. Les Britanniques se retirent d’Afghanistan. Un pays juteux, quoique sec. Le raisiné y a coulé à flot : c’est la patrie des cinq cent variétés de vignes et du jus d’homme.

Il s’y étaient cassé les dents, évidemment. La raclée. Dix-huit mille morts d’un coup quelques années plus tôt et un seul survivant, épargné pour aller raconter l’histoire à ses copains. Les Britishers surent alors qu’il fallait vraiment être con pour aller se battre en Afghanistan. En 1978, les Soviétiques se fourrèrent jusqu’à l’os dans un nid de frelons. Leur peaux d’endives furent percées de mille dards. Leurs successeurs se vengent actuellement encore en Tchétchénie. Increvables Tchétchènes.

En Afghanistan, les Britanniques avaient appris une chose essentielle : on fait pas la guerre contre un ennemi, mais avec, pour filer le coup de main dans ses guéguerres à lui. Après, on engraisse son sultan et au final on rafle tout : pas vu pas pris.

C’est ainsi que les Brits conquirent l’Inde : avec quelque milliers de peignes-culs mal embouchés, de la poudre à canon et de perlimpinpin. Ils ramollirent les descendants des rudes Afghans, qui avaient eux-même fait main-basse deux siècles auparavant sur les 601 principautés constituant Les Indes. Nos ci-devants monarques eussent été plus au fait des choses coloniales, la face du monde aurait été changée : on jouerait à la pétanque en sifflant du picrate de Lahore à Chandernagor, et du Cachemire jusqu’au Cap Comorin la cohorte ininterrompue de képis blancs et bérets rouges feraient pâmer d’admiration les villageoises en saris de mousseline au beau milieu de leurs génisses.

Et là, t’as les Ricains qui déboulent avec leurs gros sabots et qui font boum-boum. Y a du gaz dans le pays, alors ça les attire. Les Soviets aussi aimaient beaucoup le butane afghan, mais comme ils le touchent à pas cher en Tchétchénie… Avec les cadavres, ils se sont même mis au biogaz. Avec les subventions maousses de la lutte des gros machins internationaux. L’afghan est mauvais combustible, lui. Pire qu’en Irak, où ils se sont faits berner par Saddam Hussein qui clamait partout posséder la quatrième réserve pétrolière du monde. Mon cul, oui : des vieux gisements de mauvais brut goudronneux dur à extirper de la caillasse. Et maintenant ils ont l’air fin, engoncés dans leurs tenues de combat qui en imposent mais c’est tout. Pan, t’es mort. Un Marines de moins, un. Quatorze pour le prix d’une douzaine, ça te va ?

Mais bon, malgré leur balourdise proverbiale, ils ont enfin pigé et repris le vieux principe angliche à leur compte : s’incruster en loucedé dans le pays juste à côté. Le Pakistan. De là, on tire mieux. Peinards. Gros boum-boum en ce moment sur toute la zone montagneuse au nord du pays. Là où le vilain Ben Laden se terre comme un chacal depuis sept ans. Bouquet final du fils Bush, mieux qu’à Trocadéro le 14 juillet. 99 % de dommages collatéraux ; c’est les gens qui meurent, ça. Qu’est-ce qu’ils foutaient là, d’abord ? Hein ? Des gens de peu ; des gens de trop. Plus que deux mois à tirer. La quille, bordel ! Les élections, vite !

Ils sont à l’aise, mes Ricains : ils demandent même plus l’autorisation du gouvernement pakistanais, pour bombarder. Pas besoin : ils sont chez eux. À deux pas de l’Indus.

***

Après, chez nous ça donne à la radio, dans les journaux… les bribes qui dépassent, qu’on nous martèle :

Un haut responsable de l’armée française, sur France Inter, qui déclarait sans honte aucune que nos petits gars envoyés là-bas se battaient pour une juste cause : la lutte de l’Occident et de ses valeurs contre la barbarie des Talibans. Et les danger terroristes qui en découlent et nous menacent directement, bla bla.

Rien que ça… Oulala.

Et Bernard Kouchner avec son fameux trémolo hargneux et méprisant, qui insiste douloureusement sur le fait que cette mission a été bénie par l’ONU.

Certains prêtres hindous et même des catholiques, bénissent bien les bagnoles.

On bénit n’importe quoi, de nos jours…

De nos jours ?

 

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