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Écoutilles

© Cyp Luraghi 1989 - Inde - Himachal Pradesh - village de Malana

 

À force de me durcir la feuille
je me boulonne les écoutilles
je ne vois rien non plus
plus rien du tout.
Qu’on croit, mais non.

C’est là que j’entends mieux ce qui se passe dans le monde ; à travers un filet ténu. J’ai bouclé la radio depuis des jours et des semaines, je ne lis plus que les grands titres de la presse en diagonale, je suis très loin de tout et plus proche que jamais. Il y a trop. C’est notre époque ; un gonflement des choses au détriment des idées, une oppression des méninges ; alors tout est confus, fatras, chaos et marigot.

Comme maintenant, exactement. Un temps aussi troublé qu’une avant-guerre, où tout est mélangé.
Nous avons des personnages publics tout à fait similaires à Doriot, tiens-donc…
Et un peuple toujours aussi bête et même plus.
Animal, plus machine.
Et puis des termitières immenses en béton, ça c’est nouveau. Et l’internet, l’eau chaude à volonté, tout plein de choses qui font de nos clapiers des hôtels chics.

Vaut mieux regarder ça en tirant une bouffée, le cul posé sur une poutre. C’est mieux ainsi.
Je ferais rien comprendre à personne, d’abord. Faut que je me me le martèle, d’ailleurs c’est déjà fait.

Je peux penser que c’est Vichy, mais je ne peux pas l’écrire sinon je me fais condamner, donc c’est Vichy. C’est aussi simple que ça.
Je peux penser que Philippe Val est un facho et Charlie un journal d’extrême-droite, mais je ne peux pas l’écrire ni le dire à haute voix en public, sinon il m’en cuira.

Alors je pense, tranquillement, comme une vache rumine.
Et je ne dis, ni n’écris.
Tiens : je pense depuis dix ans au moins que la Betancourt est une pisseuses grand-bourgeoise à la Carla Bruni, et depuis qu’on nous les broute avec son enlèvement, je me fais mal voir parce que j’en ai vraiment rien à secouer de cette bonne femme. Mais alors rien du tout, parce que quand tu as touché le fond pourri du monde comme je l’ai fait, t’en as vraiment rien à branler de ces babioles. Nelson Mandela, c’est d’un autre calibre, non ? Ça méritait qu’on se remue… alors que là, hein, faut pas trop m’en demander.

Je vous dis : c’est Vichy. Y a des zazous et des vieux dans mon genre qui s’en foutent en écoutant leurs chansons. C’est mieux que la TSF.
Je coupe. Ah ! ça va déjà nettement mieux.

La gauche, c’est la droite… Vous ne me croyez pas ? Et pourtant.
On en parlait avec Myel qui part au Cambodge demain pour rejoindre son Gilbert, ce soir, au café.
Elle trouve qu’il y a de plus en plus souvent des articles plus à gauche que ceux de Libération… dans le Figaro. J’avais remarqué. Étrange, mais vrai.

Et tout le reste à l’avenant.

La gauche, c’est la droite !
Un vrai slogan novlangue.

 

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Terre devant

© Cyp Luraghi 1985 - Zanskar - 78 mètres de long, osier tressé, câbles d'acier maigrichons, tel fut le pont de Zangla, qui n'est plus.

 

Avec l’hiver les éperdus de vue, les fous de vie, les malades d’Asie se disent des choses au chaud, accoudés à la table de vieux noyer fêlé, à la cuisine, soit à l’ordi, ou bien en vis à vis devant une cafetière italienne crépitante.

Gilbert est passé cet après-midi pour m’emprunter la deuxième saison de l’excellente série Rome de la HBO, qu’il attendait impatiemment.

— Dis Cyp, tu vas faire quoi quand tu seras vieux ?
— Je me casse en Inde ou au Népal avec Annie. Définitif. C’est prévu.

Lui et Myel aussi.

D’autant que Nanouche a déjà pris les devants, qui s’est acheté un cabanon à côté de Pondichéry.

Nanouche.

Elle a guidé des voyages en Asie depuis les années soixante-dix et jusqu’à tout récemment. Des centaines. L’Himalaya.
Là, elle se pose.

L’autre jour, je reçois un courriel des anciens de l’agence de voyages pour laquelle on bossait. Les anciens ont envie de se revoir. Mais ça n’a rien à voir avec une réunion de vieux collégiens : on a trimé ensemble, on s’est aimés, haïs, on en a chié, on a vécu en grand dans l’air qui claque.

Et ceux qui ne voyagent plus sont des amputés. J’en suis. Gilbert aussi, qui a vécu trois ans en Inde et s’y est infusé. Et tous les autres, qui ont fait corps avec les ponts d’osier, ont sniffé la silice des sentiers, humé l’extrême et lourde pourrissure des forêts de bois rouge tapissées de lichens barbus.

C’est là notre pays, et notre peuple est bel et bien humain, entier, debout, fier, les yeux droits dans les nôtres ; pas des demi-portions, de vrais entiers. Chez eux, même les salauds rutilent. L’abbé gras et l’ascète aigrefin, le boutiquier cupide, sont des espèces choyées, que l’on bichonne avec amour comme le faisaient si bien Bruegel l’ancien et Hieronymus Bosch.

Un jour de 1993, un vieux monsieur que je guidais à travers le Madhya Pradesh m’avait dit :

— Cyprien, tu sais quoi ? En Inde, c’est comme en France dans les années 50… C’est pas le luxe, mais ils vivent. Ils sont vivants comme chez nous autrefois. Maintenant c’est fini. Là, tu vois, je suis heureux, je peux mourir peinard.

Il s’appelait Christian et avait tout du Gabin de Gas-Oil. Camionneur en retraite, Berliet de douze tonnes à long capot. Je l’avais assis sur le capot-moteur du car et il était tombé copain avec le chauffeur indien (un assassin qui avait étranglé sa femme et tiré vingt ans à Tihar, la prison de Delhi. Taciturne. Il n’en avait pas décoincé seize jours durant. Il regardait la route, juste la route. La route se suffit à elle-même, il ne faut rien y ajouter.

Il est mort à coup sûr, depuis.

Et nous, ben on attend juste le bon moment pour mettre les voiles. Patiemment, car rien ne presse. Cela aussi, nous l’avons appris en Asie ; et aussi en marchant des dizaines de milliers de kilomètres à mouliner de la caillasse de nos deux pieds, ou à s’hypnotiser en fixant le goudron. L’asphalte bosselé du très vieux continent. 

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Pieds Nickelés V2.0.0.6

Zoÿ camarades !

Le bienheureux Kondukator is back.
Rapidou, résumé :
Zolive m’avait promis il y a deux ans, quand on brassait du parpaing sur le chantier de la Maison Rouge, qu’il me payerait le voyage au Népal s’il vendait sa bicoque à bon prix. Ce qu’il fit. Zolive est un homme de parole…

Sauf qu’entre temps le bougre se niqua les cervicales : hernie discale, minerve, etc.
Mais bon… La hernie un tantinet stabilisée, notre gars en eut marre de tourner en rond dans sa cagna…

Donc l’autre matin je reçus un courriel d’icelui :

« Salut cypounet, j’ai trouvé des billets Paris-Katmandou très abordables avec une escale de 4 heures a l’aller et 5 heures au retour ce qui est raisonnable, j’ai fait pire. Sur Gulf Air, est-ce fiable? La période la plus intéressante au niveau tarif est du 20/03/2007 au 24/04/2007 ou 03/05/2007? Est ce que ça correspondrait à tes disponibilités?
Par contre d’après mes différentes lectures à ce sujet, il faut des autorisations du royaume avec versement de pépètes pour les treks.
Penses tu qu’un porteur est abordable? L’Olive s’emballe mais actuellement je ne peux pas porter de poids excessif par rapport a ma putain d’hernie.Ton expérience peut certainement répondre même si les temps ont peut être changé là-bas. Je te chauffe un peu dans cet automne gris de notre plat pays……….Bisous a ta tribu. »

Pendant le même temps, à cent pas de chez nous, l’ami Gilbert et sa Myel bouillottaient dans leur coin ;après trois ans passés en Inde et au Népal avec leur petite famille, l’envie d’y retourner les démangeait gravement…

Par le plus pur des hasards (mais le hasard peut-il donc être impur, hein ?), nous nous retrouvâmes comme trois mamies, papotant avec Annie et nos progénités devant des pâtisseries et quelques tasses de thé ; Zolive déboulina soudain, pour aller se coinçant les pinceaux sous la table carrée… Et blablabli et blablabla, jusqu’à quatre heures du mat -j’en ai la voix tout arauquie-…

Vous ne savez pour l’heure rien de Gilbert. Je vous convie donc à vidéonner ensemble une oeuvre de son cru pour vous faire une idée du trio qui s’en ira bientôt vous stimuler les zygos… car nous sommes zigotos, ça va sans dire.

La vidéo a été tournée à Goa il y a quelques années. C’est la recette du poulet tandoori en live, comme vous ne l’avez jamais vue. C’est en anglais, mais n’ayez crainte : avec l’accent de Gilbert, no problem !!!

GILBERT’S TANDOORI CHICKEN

© Gilbert Caruso

Cliquer pour lire la vidéo

 …Pour les Zadéesselles…

(cliquer pour lire la vidéo)

…et les punis du réseau… (Coucou Catherine) 
 
 
Publié dans Déconnologie, Inde, Népal | Autres mots-clefs : , , , , , | 25 commentaires
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