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Libérons gnous !

Illustration © Cyprien Luraghi 2009

« À force de ne jamais réfléchir, on a un bonheur stupide.[1] »
Jean Cocteau

 

Penser ensemble c’est tout gnou, ou quasi-comme pour la plupart ; c’est aimer béatement en ribambelle, ou détester en gang… toujours les yeux tournés vers la scène ou l’estrade.

Le problème est l’esprit troupeau face au totem ; tout un chacun les yeux tournés vers l’objet adoré ou abhorré, et les oreilles tendues à l’extrême : se rassurer en entendant le son des autres ; flanc à flanc et cul à cul, bien grognants ou ronronnants.

Et s’il n’y avait plus de scène, plus de spectacle, plus de comédien à tomater ou applaudir ? Se ferait-on chier ?

Le voyageur solitaire, lui, n’a pas cette interrogation : il a vu toutes sortes de troupeaux, de hardes, de meutes et de peuplades et ne s’est attaché à aucun. Comme l’eau glissant sur les mucosités du poisson, il ne s’accroche à rien.

Pour voyager, l’échelle est kilométrique ; ou pas. Pas à pas à arpenter le globe, ou user le plancher d’une chambre de bonne ; ou ne pas se mouvoir la carcasse d’un seul pouce : la distance physique ne signe pas le voyageur. La distance, pourtant, lui est nécessaire.

Attention : le voyageur n’est proie ni prédateur : il est ailleurs en étant là, au beau milieu, tout dénué de peur et le ventre sans faim, et ses crocs bien rangés : il veille au grain et avance, avance.

Méfiance : le gnou qui s’aventure hors du troupeau a devant lui le vaste monde dangereux. Et joie ! s’il en réchappe, il sera le plus grand !

Ô moussafîrs assemblés dans l’Ici-Blog ! entonnons le chant du plus libéré d’entre gnous !

 

  1. Je viens d’écrire 197 mots et La Pensée Du Jour de l’ami Vincent (LPDJ) tombe sur mon téléscripteur : c’est parfait ; je la colle en exergue.  []
Publié dans Binosophie, Déconnologie, Édits Vespéraux | Autres mots-clefs : , , , , , | 451 commentaires
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