Archives par tag : Mouche

Chauds les cœurs

Photographie : Pierre Auclerc-Galland 2010 - tritouillage : Cyprien Luraghi 2017 © ICYP

Bientôt le printemps, chic. Les patates ont commencé à germer, on tient le bon bout. Derniers virages avant la ligne droite et au bout les fleurs, les boutons, araignons et autres champignons, et les jolis chatons aussi − tant animaux que végétaux. On va enfin pouvoir tomber les caleçons longs, les chaussons et entendre à nouveau la chevêche ululer, c’est chouette. Il fait bon chaud enfin, comme au bain, comme au vin chaud. Tomber les épaisseurs, les pelisses, les marcels, écarter les orteils en éventail, aller se prélasser en compagnie des lézards. En faisant gaffe au greffier en chasse dans la venelle. Et tout bientôt aussi le grand retour de la souris du soir croquée par la Moutche[1] sous la chaise à la cuisine. Et les troupeaux de puces qui vont avec. Puis ces saloperies de mouches zonzonnant au bout du nez, agaçant les oreilles. Car rien n’est jamais parfait dans ce bas monde de merde. 

*

Trois jours que je n’ai pas vu la mouche d’hiver. Je ne sais pas chez vous, mais sous notre toit il est de tradition de ne pas aplatir à la tapette l’ultime mouche d’automne : celle narguant le sort la vouant à une mort certaine aux frimas venus. Celle exigeant un second printemps. Tous les ans il y en a une et ce depuis des lustres. Déjà à Paris au siècle passé, puis dans mes cagnas lotoises d’autrefois, au fin fond des grands bois du Périgord. Et maintenant à Pucity aussi. Notre mouche d’hiver de l’année s’appelait Mireille.[2] S’appelait parce que là je crois que c’est cuit pour sa couenne. Comme c’est dommage de louper le printemps soudain qui vient de nous tomber dessus de manière inopinée. Personne ne s’y attendait. La bonne blague. Météo France avait tout faux. Comme quoi le bordel climatique c’est du pipeau. Monsieur Donald a bien raison de négater le bordel climatique. 

*

Profitant du printemps subit, le majordome du grand gouvernail de la France s’est rendu en délégation dans notre bon département du Lot il y a quelques jours. La révolution est en marche : tout va changer et changer pour le mieux. Réjouissons-nous. Hauts les cœurs. Olé. Joie républicaine. Liesse rituelle. Petits fours. Salle, sièges, écran, blabla. Applaudissements nourris. De ce conclave départemental a surgi une idée géniale : afin de vibromasser l’Économie, il apparaît que la prolifération des virages sur nos routelettes est trop onéreuse, puisqu’elle impose la pose de kyrielles de panneaux attention, virages dangereux qu’il faut renouveler à grands frais tous les tant et tant à cause de l’inéluctable usure des ans ; or donc l’invention du panneau achtung, ligne droite puis sa pose à l’entrée de l’unique ligne droite réellement digne de ce nom dans le département[3]  s’impose. Comme c’est mon dessin pour ce panneau qui a été retenu, je vous le présente en avant-première exclusive : bientôt il fera la fierté du plat de spaghettis géant tenant lieu de réseau routier dans la contrée. Il est librement inspiré du design de notre célèbre Poteau 62[4] :

© Cyprien Luragi 2017 - ICYP 

Restons au frais, loin du cagnard au dehors et ménageons nos méninges, les aminches… E la nave va !

  1. Notre minette de compète. []
  2. Comme la mouche de la chanson de Dick Annegarn. []
  3. Je ne la dévoilerai pas, craignant d’engendrer des accidents mortels. []
  4. Un totem constitué d’un poteau EDF en bois de 1962, bien rugueux, avec lequel nous surenculons les tristos et les biomormons []
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De jour et de nuit

Illustration originale © Pierre Auclerc 2010

La nuit je fais mes petits gribouillis du bout des doigts : cliquetis au clavier. Chouette musique à chat-huant. 

Un petit bout de trucs informatiques pour faire que l’Ici-Blog soit encore plus coquet, un petit bout de roman et un grand café clope. 
Je picore, oiseau de nuit ; et ourdis toutes sortes de complots sous le manteau : il faut. 

Dehors dedans : le monde dort. Ou se déchire. Ça dépend de quel côté ça se passe : ici à Puycity c’est le calme olympien des vieux dieux. 

Là, je peux mijoter mes coups. 

Éteindre le monde en commençant par couper net l’internet : vaste projet. Et puis rallumer le tout d’un coup sec pour épater la galerie : une vie dédiée à ce quart d’heure de gloire. Je serais préservé des oubliettes de l’histoire : l’humanité se souviendra de mon passage sur Terre et les petits enfants apprendront des siècles durant dans les écoles qu’un petit con avait tout éteint un temps très bref, suscitant l’émoi général. 

***

Mais je rêve : pour l’heure seuls ont été élaborés les plans de destruction d’une saloperie de mouche qui constelle mon écran de ses crottules après s’être gavée de mes poires [à moi les miennes]. Et j’ai beau m’échiner à la tapette : macache. Il paraît que ces bestioles ont des réflexes trente fois plus rapides que ceux de nous autres, limaces humaines. Je confirme. Dans quelques années, ma patience et la gymnastique neuronale que je m’impose chaque nuit payera : j’abolirais les mouches sans coup férir. 

L’humanité me remerciera en m’élevant des myriades de statues moches au mitan des carrefours. Ça me fera une belle jambe : c’est toujours bon à prendre, une belle jambe. Pour l’autre, j’ai déjà ma petite idée, mais c’est classé secret Défense, alors mouche cousue. 

***

C’est pas tout ça, mais une fois de plus c’est la nouba dans les commentaires, alors modeste : je déleste en tapant un billet express à l’arrache… et cette nuit j’irai faire des tas de trucmachins super compliqués sur notre nouveau serveur : une bête de guerre que j’ai pu louer grâce à votre générosité, mes amis ;-)

E la nave va…

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Corpuscules

Illustration © Cyprien Luraghi 2008

 

C’est une danse, d’abord, qui a commencé avant le Big Bang ; une vibration qui se propage encore et s’aboutit en agrégats, petits tas de matière organisée plus densément que le vide formant l’espace, dont l’univers connu n’est qu’un granule.

Les particules qui sont à l’intérieur se tortillonnent les unes autour des autres, se collisionnent et se trouvent des atomes crochus. Tout s’entrebouffe pour le bien-être général et c’est la vie. Quand le grand Anaxagore de Clazomène dit que tout se transforme, il est poli.

Les amibes font la mêlée comme au rugby : en tas on est content. On se fout sur la gueule pour des broutilles, on s’échange des fluides dans la joie à la troisième mi-temps.

La mouche verte, elle, est perdante à tous les coups. Elle sirote de la merde en zonzonnant, et finit sirotée par une veuve noire, les ailes engluées.

Une semaine de gamelle pour la donzelle à l’abdomen dodu et un exosquelette de chitine sec et sans pensée à tout jamais pour l’énervant bolide métallisé qui m’a tourné trois jours durant autour du nez dans l’atelier, échappant à cent coups de tapette cloutée.

L’univers a tout prévu : la mouche et l’araignée, et même un ridicule bipède qui se demande et s’ébahit d’un rien.

 

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Astre dedans

© Cyprien Luraghi - 1980

 

*

casser la croûte

entre minuit et deux

dans une grotte

en compagnie

des puces

de plancher

j’aplatis une mouche

il y a le soleil

quelque part

*

 

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RÉGULARISONS !

© Shanti Devi Luraghi 2007

 

Le Kondukator d’ici-blog[1] est magnanime : à l’occasion de la survenue officielle de la caillante annuelle, annoncée à grands klaxons de grues cendrées et de camions-citernes de mazout à soixante-neuf centimes le litron, suivi par le rituel du décrochage du ruban à mouches et de l’allumage du Saint Poêle, ainsi que par la célébration de la fête de Diwali, Sa Grandeur Cypounet Premier décrète qu’il dotera de papiers ceux qui sont sans, et ce même s’ils sont six cent mille.

Ils en voulaient, il en auront !
Des pa-piers ! des pa-piers !

Car la parole du Kondukator est d’or, tandis que celle du Sâr Kőzy endort, tant elle est molle et qu’il est mou et que celle du Grand Konduk émeut et émollit la plus pâle âmelette.

On te leur collera des papiers, je vous dis même pas ; et on te les collera dessus, tant qu’on y est…

Et après les Sans-Papiers
Nous ferons les Sans-Abris.
Et même les Sans-Culottes.
Et aussi les Sans-Lits…

Je t’en collerai, moi, des papiers ! 

  1. NVDF : première mention d’Ici-Blog. []
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