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IN OUT

Illustration originale © Cyprien Luraghi 2011La possibilité de se tenir sur le rebord n’est pas assurée : c’est in ou out et rien entre les deux.

Souvent je me suis dit : vas-y mon coco, plonge. Pas si facile. Ça sent bon, la couleur est attrayante et l’ensemble attirant. Ça semble confortable, ça fait envie. Parfois seulement. J’ai de sérieux doutes tout de même, y ayant goûté. Tâter de la chose n’est pas bénin. Pourtant je suis né in la société des mes contemporains. Celle des proches m’est familière et plaisante. Mais celle des lointains, je ne sais pas. J’ai longtemps hésité : est-ce qu’elle en vaut la peine ou bien s’en tenir out ?

Et puis ça n’a pas trop envie de s’embarrasser d’un comme moi, cette chose. Elle s’en passe fort bien et qu’elle se rassure : c’est réciproque.

Ceux du in se foutent de la poire de ceux du out, qu’ils qualifient un tantinet hâtivement de has been ; on ne peut pas être et avoir été : ça tombe sous le sens. Ceux du out matent avec circonspection ce qui se passe dans l’in. Ils ont l’air de pas mal de faire chier là-dedans, qu’ils se disent. Mais ceux-là sont volontaires et j’en suis : la fusion dans le grand in, non merci.

L’intégration : une lente digestion suivie − facile à deviner − d’une sortie peu reluisante après un long cheminement dans les entrailles : dans le in du in ; là où il convient d’être quand on est du monde.

À la pansée générale je préfère la pensée gustative et, penché sur le rebord, plonger ma petite cuiller pour ne chiper que les meilleurs morceaux. Juste de quoi me sustenter, pas plus, pas moins.

Comme me le disait justement Djames qui est out lui aussi et vit en caravane au camp de gitous du patelin d’à coté : « Moi, j’veux bien m’intégrer, mais à quoi ? »

Sur une idée de Numérosix : CLIC 

E la nave va…

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ACIDE GRAS

Plaque de générateur électrique diesel Franco Tosi - Photo de Sambucus © 2010 Cyp Luraghi pour le tritouillage - Musée des vieilles mécaniques de Cazals (Lot)

Non seulement il n’y en a qu’un fond de carter, mais elle est cradingue et poisseuse comme du brut. Elle ne lubrifie plus rien et elle pue.

La machine vibrionne et du dedans de sa masse métallique s’entendent maints cliquètements, et ça y grince des dents à qui mieux mieux. C’est l’enfer : ça goudronne et calamine contre les parois brûlantes, déformées par la pression. Et au milieu de tout ça le carburant humain se consumant, projeté avec force par les injecteurs dans cette chambre de combustion qu’est notre monde fou.

Un monde avec un vieux fond d’huile cramée en guide d’onguent et de baume émollient : la belle affaire… le plan arnaque sur toute la ligne. Après le Décervelage, le Surenculage. Que des sociétés sans huile dans le moteur, depuis l’aube des clans. Rien que pétarade et ratés, fumée âcre et noirâtre, suie grasse et poussier.

Allez faire frire des patates sans gras dans une poêle : impossible et dégueulasse. Carbonisées dessous et demi-crues sur le dessus. Le gras, c’est la vie. C’est pour ça qu’ils veulent un peuple qui meure en bonne santé, au Palais. Alors ils le font trimer dur pour qu’il maigrisse dur, le populaire. Et ils le font trimer jusqu’à la dernière extrémité : extrême onction pour tous en finale et à la graisse de palme hydrogénée produite par des esclaves dans les plantations des multinationales de l’Empire. Vendue en promo chez les bradeurs de boustiffe au personnel hâve payé au lance-pierres − avec horaires aménagés ça va de soi.

C’est naturel qu’ils disent : l’acide et les plaies dessous et le doux épiderme huileux dessus : comme dans la vinaigrette. Pas question d’émulsion : la mayonnaise, c’est communiste !

Ah putain : c’est beau, le progrès. Con de dieu, que c’est chouette. C’est pour ça que c’est pas près de s’arrêter : on n’arrête pas le progrès. Propulsé par une machine de 280 tonnes[1] il se trémousse en ravageant les petites fleurs sur son passage. Elle n’en a rien à foutre des fleurettes, la machine : elle surencule le monde et ça lui suffit bien.

C’est son seul et unique but. Elle garde le cap, imperturbable, en bouffant tout pour recracher sa pestilence à l’entour.

Quel cap, déjà ?

[roulage de clope et cassage de noix dans la cambuse de la maison de l’Horreur]

E la nave va…

 

  1. C’est le poids de la génératrice Franco Tosi dont la plaque d’entretien illustre ce billet. []
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