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Machine à écrire

Illustration © Pierre Auclerc - ICYP - 2014Humecter le bout du pouce et de l’index, choper une feuille dans la ramette, la glisser dans la mécanique et en avant : tac tac tac. En avant toute : droit devant jusqu’à épuisement de la ramette.

J’ai fait comme ça pendant des lustres et puis un jour un nouveau modèle de machine à écrire est arrivé. Une machine sans papier ni ruban encreur. Une machine à écrire en direct, une espèce de presse d’imprimerie instantanée. Celle avec laquelle j’écris en ce moment. Et qui, grâce à l’intercession de Lady de Nantes auprès de Sainte Soluce, me permet enfin de briser le carcan imposant la rédaction de textes courts sur le substitut du bon vieux papier A4 qu’est la pâte à octets de l’internet.

Or donc à compter de maintenant, l’Icyp est doté d’un dispositif exclusif tout tricoté à la main par notre bonne fée mécano, qui découpe le texte en pages de manière automatique. Ça va y aller gaiement : au kilomètre. Pour l’heure il n’est pas encore possible d’inclure des images dans le texte, mais ça ne saurait tarder. Inauguration et essuyage de plâtres.

Pour ce premier billet d’essai avec le nouveau bidule, on va faire simple : je vais retranscrire l’ambiance du fil de discussion ici-même, au fur et à mesure. Comme ça, au pif, au débotté. Comme ça me passera par la tête. Clavier au poing. Et ce qui me passera sous les yeux et par les oreilles. L’ambiance du temps. Avec le cliquetis des granulés de bois tombant dans le creuset du poêle, à trois pas de mon dos, à la cambuse de la maison de l’Horreur de Puycity, bien au chaud, clafoutis et petit IBM posé sur la table en bois d’arbre.

Bien confortable alors que 814 millions d’Indiens s’apprêtent à aller voter, que les grues cendrées ont croisé les hirondelles en chemin, les matous feulent dans la venelle, suivis par des troupeaux de puces friandes de mes mollets et que le monde gronde comme bourrasque d’autan passé l’hiver.

Ça craque aux entournures pas mal ces derniers temps je trouve : les gens se révèlent tels qu’eux-mêmes, après avoir longtemps repassé des couches de vernis sur leur épiderme, au poil de martre pour mieux lisser la pâte à maquillage. L’imposture n’est plus de mise : maintenant tout un chacun se relâche du boyau sereinement, sûr et certain d’être mêmement approuvé en retour par un concerto flatulent d’affranchis de la tripe. Ça sent la poudre à canon : soufre et charbon, délicieuse et familière pestilence attisant le rut des va-t-en guerre ou en révolution de notre temps. Troublé dans têtes pensantes tout autant que dans celles des poulets de girouettes à carte d’électeur du même carton que les bonnets phrygiens qu’on aperçoit dans les rallyes mégalopolitiques.

Clopin-clopant, bouffons ébouriffés, étourneaux étourdis bouffant du croupion à la rafale, en plein grain. De dinguerie : tout stridulant, vitupérant au cœur de leur tempête au dedans, dans la brume orageuse ; fureur fracture et fracas ; aveugles dans leur cyclone à l’œil crevé et happés comme en trou noir : avides d’eux, centripètes brassant d’obsessionnelles paranos sans la moindre cesse, jamais.

Sans ce calme partout à l’entour, sans ce sans tout doux, sans ces petits riens gentiment follets. Au régime sec comme coup de trique ils sont soumis, névrosés déambulant patibulaires, comme pris d’amok. Tout ravageant sans répit, tout en crocs derrière les grilles dont ils se sont entourés jusqu’à se claquemurer dans leur idéal étriqué s’étrécissant encore, une fois bien barricadés dans leur monde capitonné de certitudes absolues. Imperméables aux plaisirs fusant au grand dehors.

Tout se mélange. Pas bien allègrement. Pour ne pas dire que ça vire à l’aigre. Ça va pas bien bien. Ça a peur. Parce que Dieu n’existe pas encore, sans doute. Homère a échafaudé une théorie palpitante la nuit passée : j’ai rien compris mais l’idée d’un Dieu pas encore existant me séduit bien. Il disait ça précisément :

Je ne plaisante pas hein, mes méditations m’ont conduit à la révélation suivante qui ouvre des perspectives immenses : Dieu n’existe pas encore.
Voilà.
Je répète, je suis sérieux, là.

(et plus loin)

C’est une lecture mathématique de l’histoire de l’univers, depuis les milli-secondes d’avant le mur de Planck, après que la lumière s’échappe de la matière 300 000 ans plus tard, et ainsi de suite, les milliards d’années encore plus tard quand la vie apparaît, puis la conscience, etc…

Sachant ça ne fût-ce qu’inconsciemment fait que ça a peur. Le monde flippe depuis l’aube des temps, craignant le pire en permanence. Et le plus beau est que ce pire survient parfois de manière erratique et imprévisible : guerres et catastrophes naturelles. Et pas encore de dieu pour arranger le coup. Largués, livrés aux éléments, terrible sort qui leur est échu. Un créateur à retardement pour une création éjaculatoire, spastique, incontrôlée. La charrue avant les dieux. Et de découvrir ça par le biais de la science acquise au cours des millénaires, qui a étouffé la pensée magique, désaxé les citoyens girouettes et projetés sur le fumier de la terreur viscérale. Bref : ils voient des agresseurs partout et imaginent des tas de complots ourdis contre eux. Alors qu’un simple dieu remédierait à tout ça en les rassérénant. Mais puisque selon le théorème d’Homère, Dieu est une grosse feignasse, ça flippe à mort un peu partout sur la planète et surtout en France, ces derniers temps. Heureusement que la cuvette de Grenoble a verdi, ce dimanche. Mon-Al, notre bourrelle bien aimée, a sauté de joie en apprenant la bonne nouvelle. Car comme le disait si justement Homère à l’instant :

Je ne vois qu’une bonne dictature mondiale écolo (comme à Grenoble) pour nous tirer d’affaire…
S’il est encore temps.

Donc pour résumer : nous vivons des temps fabuleux dans lesquels, nous autres créatures en gestation ayant grillé Dieu à la course, avons appris à nous admirer le nombril dans des termitières en béton ultra-sophistiquées nous protégeant du contact hostile et menaçant du dehors. Enfin ça c’est pour la plus que moitié d’humanité qui crèche dans les mégapoles. À Puycity et pour toutes celles et ceux vivant en Plouquie profonde, ça ne joue pas. On vit toujours comme avant ou quasi. Tenez : bien que relié de maintes manières au reste du monde, je sais à peine ce qui s’y passe. Deux ou trois fois par jour on écoute le début du journal à la radio et on passe très vite à autre chose. Voir pousser le lierre dans le jardin d’Edith est bien plus intéressant.

Annie Luraghi - Icyp - © 2006Les élections en France ou ailleurs : il y a comme une espèce de brouhaha mais pas suffisant pour couvrir le gazouillis des piafs et le ronronnement de la Moutche. Il se passe des tas de choses…

le monde s’apprête
à être pondu
ceux qui disent
qu’il est trop vieux
et que
tout vermoulu
il court au naufrage
ont tout faux
le monde est en œuf
et
même pas encore
tout neuf…

L’important c’est le jardin d’Edith. Huit ans après la photo prise par Annie, le voici aujourd’hui :

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2014

Il paraît qu’on a changé de gouvernement. Au loin la guerre bat son plein. Un peu moins loin aussi. Un client passe à l’atelier de dépannage au rez-de-chaussée, la porte est grande ouverte et on taille la bavette un bon bout de temps et ça sent bon le bourgeon. Je remonte à la cuisine pour me préparer un caoua : petit plongeon dans le jardin d’Edith. C’est que passant le plus clair de mon temps devant des écrans, le vert est nécessaire et vital en levant le nez, entre deux coups de bourre. Le reste importe peu : du vaste monde un minuscule filet me parvient à peine et c’est bien suffisant. Ne pas se couler dans le flux, éviter de s’y noyer.

Et bosser. Éradiquer des virus et d’autres saletés, faire chauffer le tournevis pour changer un composant mort, récupérer autant de données que possible d’un disque dur agonisant, optimiser et mettre à jour, remplacer un écran brisé, un clavier moribond, ajouter des barrettes de mémoire, installer du Linux sur la bécane d’un papy, expliquer le Windows à la mémé paumée, changer l’alim’ grillée d’un vieux PC empoussiéré, assembler une bête de guerre avec une carte graphique de la taille d’une entrecôte et coûtant un bras, achetée avec les premiers salaires d’un jeune gars passionné de jeux vidéos ; ramoner le conduit, vidange, graissage…

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2014

Note : à la demande générale d’Évelyne, ce qu’on voit sur l’image est ma petite trousse à toutils. Dedans on trouve un assortiment de clés USB contenant des flopées d’outils logiciels, deux pinceaux pour nettoyer les composants, plusieurs tournevis de précision, une lampe frontale, deux vieilles cartes de crédit pour dépiauter les portables, une clé wifi USB, un adaptateur réseau Ethernet-USB, des cure-dents, des cotons-tiges et quelques autres babioles. Avec ça je fais à peu près tout sur à peu près n’importe quelle machine. Rien que du bien je leur fais. Elles entrent foutues, elles ressortent pimpantes. Et quand elles sont vraiment kaput, j’extirpe les précieuses données du client des entrailles de la bête. Pour les lui restituer, intactes ou quasi, sur un support ad hoc.

C’est très mystérieux pour la plupart des gens, ces machines. Aucun dieu n’a procédé à leur création spontanée, résultat d’un processus naturel de complexification des objets manufacturés.

***

Là il est presque une heure de la nuit, le 6 avril. Je suis à l’atelier en train de bricoler des machines complexes. En rêvassant gentiment. C’est calme. Ça gamberge doucement dans la calebasse. De chouettes idées se pressent au portillon. Cette liseuse offerte par notre fée mécano est vraiment excellente. Ce petit billet brouillon de neuf petites pages m’a donné le sujet du prochain billet. La mécanique informatique permet ça comme elle permet au cuisinier de laisser venir à lui les pensées oniriques passé le coup de feu, quand ça mijote sur un coin du piano.

[billet en cours d’écriture : la suite suit…]

… e la nave va !

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Piquons à vif !

© Cyprien Luraghi 2012

 

Vu ce dont ces pourris se sont rendus coupables, faudrait te leur arracher les organes avec les dents, et puis te les couler lentement dans le béton et te les y laisser mariner jusqu’à ce qu’ils y claquent, en bloc. Après les avoir enduits de goudron puis saupoudrés de plumettes. Et poinçonnés à vif à l’Opinel king size. Tranchés façon jambon de Parme avec un couteau à beurre émoussé. 99 ans incompressibles à l’île du Diable, les fers aux pieds. Ou camisolés chimique à l’asile de fous à vie à se baver dessus, légumisés. Pilorisés sur l’internet à perpète. Livrés aux mouches. Jetés au tonneau à limaces après entartage aux clous rouillés. Et enfin leur décapiter la tête

C’est la première chose qui frappe sur les grands forums de l’internet : partout ce ne sont qu’appels à la mort et aux pires sévices, dans les commentaires. Les guillotines y sont bien engraissées et en pressant la sciure du plancher de ces échafauds et piloris modernes, le raisiné jute franchement, qui fournira le boudin poisseux dont la foule fera ses choux gras. 

C’est l’intérieur des tripes de cette multitude que je lis sur l’internet. Déballées sans vergogne sous couvert d’anonymat. J’adore. Quelle belle obscénité que voilà, et bien puante et fumante encore. Inutile de se crever le cul à dégoter un petit forum planqué, hanté de psychopathes thanatophiles : il suffit d’ouvrir n’importe quel quotidien régional ou national pour tomber dessus, pour peu que le sujet de l’article s’y prête − crimes sordides de toutes sortes − : ça gueule contre la lapidation des femmes dans les pays lointains, en vouant leurs bourreaux aux gémonies pour balancer ensuite le coupable préalablement tranché fin-fin dans la géhenne, de manière tout aussi sadique qu’icelui. Par exemple. 

Fascinant spectacle que celui de cette cette agora électrique transformée en place de Grève internationale. Étonnant grand-guignol gratis que cette brochettes de clients droits surgis de ces comptoirs en zinc d’autrefois, où pogromes et ratonnades en cancans allaient bon train tout en sirotant des blancs-cass’ : maintenant c’est tout un chacun qui y va de son petit jeu de massacre perso dans les catacombes du réseau à touches martelées de haine vengeresse, et le monde entier en profite. Étrons humains à masques de soie artificielle en plein rite sacrificiel après le turbin. Double peine capitale et exclusion définitive du circuit : si leur imagination morbide passait à l’action, notre planète bleue rougirait du sang de leurs victimes et les astronomes d’outre galaxie se gratteraient le crâne en apercevant cet étrange phénomène dans leurs lorgnettes. 

Bon : pendant ce temps-là ils font pas de bêtises, nos bourreaux de canapés. Les pédophiles satanistes de l’ultragauche barbue peuvent dormir sur leurs deux oreilles en rêvant à la commission de leurs prochains méfaits : les octets font tampon et rien de matériel, tranchant ou contondant, jamais, ne franchit la barrière des écrans. Seuls des petits grains de lumière colorée viennent frapper la rétine et se frayent leur chemin jusqu’à ma boîte à comprenette. Qui y trouve un plaisir joyeux sans cesse renouvelé ; la vision d’une vilaine troupe de méchants cuistres s’agitant en vain étant des plus distrayantes. 

Le problème sur l’Icyp, c’est que personne n’y souhaite jamais la mort de quiconque et que quand on y tranche des gens en rondelles, c’est pas pour de vrai. D’où le risque terrible de voir l’ennui mortel se pointer. 

C’est pourquoi en tant que Kondukator Kosmoplanétaire de la Déconnologie Pilotique (lamorillienne), je nomme Mon-Al bourrelle officielle à vie de l’Icyp : elle saura nous estrapasser nos condamnés après leur avoir fait cracher leurs aveux au concasseur à poulets,[1] j’en suis certain.

Cet édit est dit et édicté et l’infaillibilité kondukatoriale étant ce qu’elle est, la séance est close. Et indiscutablement discutable, juste en dessous de ce billet.

 

En partant de ce commentaire de Homère sur le fil précédent : CLIC 

E la nave va… 

  1. …ou pire… []
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Semper biroute

Sujet pas facile. J’aurais mieux fait de prendre au vol celui que Mon-Al me proposait sur le fil de discussion précédent : le printemps qui pointe son nez. Je me méfie toujours des faux départs du printemps, alors comme une nouille j’ai sauté sur le commentaire de Miss Peggy juste en dessous : l’éternel masculin. La galère maudite : faut vraiment être un mec plein de couilles pour y aller comme ça sans réfléchir, juste pour la frime : je VAIS le faire. Il ne sera pas dit que je ne relèverai pas ce défi au débotté : cette nuit je pondrai un article traitant de ce putain d’éternel masculin, ouais !

Quel con. Non mais quel con. Je sais pas quoi écrire, là… Mone et la Miss affirment qu’il y a un éternel féminin, mais la seconde est dubitative quant au masculin. Et il faut que j’écrive à propos d’un éternel inexistant : seul un con de mec peut se lancer dans pareille aventure. Banzaï, Cyp ! au casse-pipe en piqué : écartez-vous que je m’écrase tranquillou sur le rebord du caniveau ! 

Chevalier du n’importe quoi, le bonhomme. Dans la boue glacée jusqu’à la taille il se bat, le gazier. Jusqu’à clamser comme un con pour l’honneur ou autre connerie typiquement de bonhomme. Aucune femme au monde ne serait assez jetée pour en faire autant. Ou alors Jeanne d’Arc :  elle en tenait une couche épaisse comme du lard de sumotori, faut dire. 

Les filles n’aiment pas leur éternel féminin : c’est elles qui disent, pas moi parce que j’ignore tout de ces choses-là : bien que dépourvus d’éternel masculin, tous les mâles savent ça depuis la nuit des temps. Nous, on est peinards : pas d’embarras périodique à propos de notre éternel inexistant : ça ne nous tracasse pas comme ça le fait pour le camp d’en face. Et si par extraordinaire l’un d’entre nous commence à gamberger sur ces choses, ça ne fait pas un pli : soit c’est un pédé, soit il se fait traiter comme tel. 

Pourtant j’avoue y réfléchir parfois, bien que la vue d’un mec à poil ou pas, ou sans, me laisse froid comme un colin mayonnaise. Alors que la vue d’une morue velue ne me laisse pas indifférent, pas plus que celle d’une tanche hirsute et butée : dans ces deux cas je comprends bien que les femmes en aient jusque là de leur éternel féminin, à cause de ces poisses qui leur sont de sacrés boulets.

Car non seulement l’éternel féminin est la maternité éternelle, la douceur madonesque, la fécondité mythique, la douceur, la beauté, la candeur, le sein nourrissier,[1] mais en plus c’est comme ça tout le temps quoi et qu’elles fassent : la moderne hygiène émulsifiante des mœurs n’y fait rien : malgré l’osmose métrosexuelle, le mâle en elles passe mal. Alors que le femelle pénètre nos fibres les plus intimes en moins de temps que de l’eau tiède file au cœur d’une éponge gratteuse.

C’est toujours l’homme qui a dessiné la femme et pas le contraire[2] : rien n’est plus faux. Nous les hommes, on ne dessine pas la moindre femme : c’est leur éternel féminin qui leur fait penser ça. On est bien trop feignasses pour faire ce genre de choses. Les filles se débrouillent très bien sans nous. Qu’elles disent. 

E la nave va…

  1.  Extrait de ce commentaire de Miss Peggy : CLIC []
  2. Ibid.  []
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Run Mone run

Collage et tritouillage : Cyp Luraghi 2011

Voici trois décennies que je n’avais pas trouvé le créneau … trois décennies que je vivais sans l’avoir vu … trois décennies que je vivais dans l’ignorance. Dans l’ignorance du génial… du superbe … de la super-production : je cite : Blade Runner ! Le Blade Runner. Le film culte que tout le monde – du plus petit jusqu’au plus grand – avait vu. Sauf moi. Maintenant, c’est fait. Je suis autre. Je vois la vie autrement. Mais je cours encore.

Car courir, c’est ma vie ! Depuis l’enfance, je cours. Je cours après la vie, je cours après le mieux, je cours après tout : car je veux tout. Je veux tout avaler en un temps record, très vite, pour passer à autre chose. Comme si le temps qui m’est imparti et qui est fixé depuis ma naissance, me semblait trop court. J’ai toujours tout fait très vite, sans doute trop vite, peut-être n’ai-je pas suffisamment rêvé, pas suffisamment profité du moment présent, en pensant toujours à l’après ?

Maintenant, j’arrive à un stade de ma vie où je pourrais me reposer, contempler calmement la route effectuée. Mais non … il faut encore que je me fixe des buts, des projets qui probablement n’aboutiront pas, faute de temps, faute de moyens. Mais quand vais-je enfin comprendre qu’il est temps de s’arrêter ? De se reposer ? Sans doute jamais. Car mon repos, je le prendrai pour l’éternité, un jour … Le plus loin possible, car j’ai tant encore envie et besoin de courir vers l’impossible !

Bon, voilà, je l’ai fait ce billet ! Ceux qui voulaient un résumé de Blade Runner peuvent se rendre sur leur Google habituel. Je ne suis pas critique cinématographique. Mais Harrison Ford et Rutger Hauer, eh bien, eh bien, voilà : j’aime !

E la nave va… 

 

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Les temps qui courent

Illustration © Cyp 2011 (à partir d'une vieille pub et d'un fond gracieusement offert par Valérie)Ça roule et tout baigne dans l’huile. Tout va bien à bord et y a pas de souci. La droite est bien ancrée à droite et la gauche tout pareil. Et nous allons de l’avant chacun pour soi et tous ensemble, bien centrés ; correctement axés et concentrés sur la seule chose valable en ce monde : les masses. Monétaires avant tout, les masses : de liasses. 

Parce que les autres masses, rien à foutre. Du moment qu’on trouve notre équilibre en avançant sans relâche jamais, le monde peut bien s’écrouler sur les masses populaires : qu’il en reste suffisamment pour nous remplir la panse et assurer le ménage et ça ira bien. 

Et il en restera toujours quoique nous fassions. Avec la surpopulation de l’élevage, la crise du petit personnel n’est pas pour demain. Parfois il se rebiffe, regimbe et s’indigne mais ça n’entravera pas la course vers l’inexorable bonheur de nos individus.

***

Quelque part dans l’Himalaya, il y a longtemps…

J’avance. La tête flottant au dessus d’une masse vaguement caoutchouteuse qui est mon corps. La grimpette est interminable, apparemment. Mais je ne tiens pas compte des apparences : à quoi bon ? Tout là-haut il y a le col, c’est irréfragable. La montagne est ainsi faite. Je sais où je vais, me frayant chemin entre les deux masses rocheuses : rejoindre mes prochains au bourg, sur l’autre versant. Bien calé contre eux, au chaud je serais ce soir, loin de ces solitudes congelées où c’est bien joli mais où on a vite fait de s’emmerder à se causer tout seul. 

***

Et là, présentement…

Je progresse. Mot après mot le livre prend forme dans l’isolement, toutes écoutilles bouclées. Je sais où je vais [frétillement de neurones et crépitements d’ongles sur le clavier]…

Le grand et beau monde par contre, je me demande s’il sait. Mais il y va, c’est indubitable. Les masses aussi, avec les dents, les poings et en rangs : serrés. 

Sur une idée de Mon-Al et Tjeri.

E la nave va…

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