Archives par tag : Merde

LES DÉCONCOMBRES

Illustration originale de Nono - © 2010 - Cliquer pour agrandir.

L’une des beautés de Rue89 est de « penser contre soi ». Même si certains Riverains préfèrent souvent « penser entre eux ».

Blandine Grosjean, rédactrice en chef adjointe, ici : CLIC sur le fil de discussion de l’article dont je causais Ici : CLIC.

***

 

J’explique : un Riverain, dans le jargon de ce journal, c’est un commentateur : un rat de catacombes comme nous disons Ici, vu que ça reflète mieux la réalité ; un véritable riverain étant tout autre chose que cette escroquerie langagière.

Dans ces deux courtes phrases que la madame a écrites, se concentre le résumé parfait des décombres de la pensée dominante.

La cheftaine nous dit plein de choses en même temps : d’abord que son journal est beau de multiples manières. Une espèce de diamant taillé à facettes diaprées. Je compatis à sa fierté collective : ce journal est aussi brillant que l’écran d’ordinateur sur lequel je le lis et que le papier glacé de tout magazine normalement constitué.

Ensuite, la madame dit que dans son beau journal, il est d’usage de penser contre soi. En bon rat de catacombes malicieux, j’ai essayé de faire ça : il en est résulté un mal de crâne atroce, suivi d’un dédoublement de personnalité des plus calamiteux. Soudain, j’étais tout gniasse, à lutter avec mes pensées contre elles-mêmes. Un truc de fou.

D’ordinaire, je pense en phase avec mon soi et les engrenages de mon carter cérébral baignent dans l’huile alors que là, ça grinçait méchamment dans la boîte. On ne dira jamais assez l’immense souffrance à laquelle sont soumis les combattants de leur propre pensée. Il faut l’avoir vécu comme je l’ai fait un temps − bref, mais suffisant − pour ensuite revenir dans le monde en missionnaire de la pensée coulant de source et se frayant naturellement son chemin jusqu’à l’embouchure.

Penser comme dit la madame relayant l’opinion de la rédaction d’un journal pensant contre soi, n’est pas mon fort. Une pensée contredite par elle-même s’annule et il en va de même pour une opinion, puisque l’opinion est l’expression d’une pensée particulière sur un objet ou une idée. De facto, la rédaction d’un journal qui pense de telle manière, indique qu’il ne s’agit pas un journal d’opinion.

Pourtant cette gazette si bellement brillante, a bel et bien une opinion : celle du penser contre soi qui en est une cependant. Tout comme le vivre ensemble n’est qu’un ensemble de deux mots ne reflétant aucunement la réalité de leurs significations associées. Prônée par les journaux d’opinion contre soi, le vivre ensemble est une étrange manière de glorifier l’individu, monarque absolu de cet agrégat d’égoïsmes régnant depuis de longs et lugubres lustres, sur  les administrés de la Ligue Marchande de Gloubiboulgalia.

À l’ensemble de ces contradictions entraînant forcément des pans entiers de son lectorat vers l’insanité mentale, la rédaction elle-même devenue paraphrénique à force de lutter contre son opinion, rentre dans le chou de l’opinion des rats de catacombes, qui en ont une bien conformée, eux.

Ces mauvais Riverains dont je suis et sommes Ici quelques uns, qui ont l’outrecuidance non seulement de penser en accord avec leurs idées, mais d’avoir des atomes joliment crochus et de papoter ensemble, voire pire : de festoyer joyeusement en se foutant de la triste mine de ces concombres sous serre de la pensée contre soi, que sont ces journalistes sans opinion autre que l’admiration de l’engrais à la merde contaminée qui les fertilise et les rend si brillants aux yeux de l’opinion des penseurs contre soi bien rangés dans leurs cageots ; pauvres cornichons. 

E la nave va…

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , , , , , , | 675 commentaires

FOIREUSES FULGURANCES

Animation maison extraite de "Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pasolini.

Mangia la merda !

Le gniaf a des fulgurances.

(traduire : dès qu’il sort du texte qu’on lui a écrit, il dit une connerie monumentale ; si, si, vérifiez …)

Ça le prend comme une soudaine envie de chier, c’est irrépressible ; il a d’ailleurs souvent la mimique de circonstance. On se souvient de l’inénarrable suppression de la taxe professionnelle qui a engendré une usine à gaz dont je vous passe les détails : de la merde comme s’il en pleuvait.

Il y eut également (putain , comme une grosse et soudaine envie de chier encore) « Il n’y aura plus d’école le samedi (et démerdez-vous avec ça) »

Comme pour la taxe professionnelle, des connard d’élus bénévoles ont planché pendant des heures pour quadraturer le cercle, harcelé au téléphone des fonctionnaires aussi peu renseignés qu’eux (Quand le gniaf a envie de chier, ça urge), les instit’s ont convoqué les parents, les élus le personnel communal, les services des transports scolaires départementaux se sont arraché les cheveux.

Une vraie chierie , pour résoudre le problème il avait même pondu un texte réglementaire autorisant à réduire de deux heures par semaine le temps de travail des employés communaux dans les écoles avec diminution de salaire équivalente.

Le gniaf est un brave homme qui conchie le smicard. Quand le gniaf a une colique, il faut des dizaines de milliers d’heures de boulot pour répondre à sa lubie, des centaines de milliers peut-être. L’en a rien à péter le gniaf du boulot bénévole, il ne sait même pas que ça existe. Tous les concernés confondus ont demandé un moratoire, mais quand le gniaf a envie de chier, il se torche avec les demandes de moratoire.

Et deux ans après, quand tout le monde a constaté de visu, mais sans en avoir jamais douté, que la semaine d’école de quatre jours est une connerie, on parle de revenir dessus. Allez, des dizaines de milliers d’heures en perspective …avec des dizaines de milliers de fonctionnaires en moins pour aider les connards de bénévoles.

Avec les fulgurances du gniaf, on n’a pas fini d’en chier.

E la nave va…

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , | 574 commentaires

Rue88

© Annie Luraghi 2008

« La violence est préférable à la lâcheté,
la non-violence est préférable à la violence. »

Gandhi

 

J’ai quitté Rue89 en demandant à l’équipe de supprimer mon compte, et d’effacer l’intégralité de mes messages. Je veux qu’il ne subsiste pas la moindre trace de mon passage dans cette rue qui pue.

Au printemps, après y avoir écrit deux mois durant, je l’avais déjà quittée en expliquant pourquoi.[1] En novembre, j’y suis retourné comme si de rien n’était, et, de fait : rien n’était. Je m’étais souvenu de l’immeuble, au 89, avec ses affiches publicitaires et sa façade lumineuse, où les actualités défilaient à toute berzinque en clignotant, et de ses caves comme un tunnel de métro bondé, aux odeurs d’aisselle, de suint de rat et d’eau de toilette bon marché, d’épices exotiques et de cols amidonnés.

Mais là, au fur et à mesure que j’arpentais en sifflotant, j’ai eu un doute : je me serais-t-y pas gouré, des fois ? Pas de rue, non, mais de numéro : ça reniflait comme dans le vieux chenil pourri d’en face, au 88, d’où émanait déjà une violente odeur de merde et de sang séché.

BLOCK 88 sur l’enseigne.

Huitième lettre de l’alphabet, deux fois, comme Heil Hitler. Un signe de reconnaissance des nostalgiques du grand Nettoyeur.

 

Rue88, donc. OK, je me pince le nez : ils ont changé de locaux, c’est tout, que je me dis. Mais non : le décor était tout pareil ; j’étais bien là où il fallait. Les voisins avaient juste sous-loué une partie des caves, d’où la pestilence. Y avait l’odeur, et le bruit qui va avec : des hurlements répercutés sur le béton, claquant sonore. J’ai dit bon, quand faut y aller, faut y aller, faire les pleins poumons et arrêter de respirer… et taper, taper, taper, sur mon clavier comme au concert de casseroles. Et puis avant-hier, j’ai eu mal au bout des doigts : je me suis senti tout clou. Coincé entre marteau et enclume. Entre le hautain garde-chiourme et la soute à gros fachos.

***

La Rue88 est devenue le coupe-gorge favori d’une bande de salauds qui s’en donnent à cœur-joie. Ce n’est pas nouveau : au printemps, j’avais tiré ma révérence pour cette même raison. Et là, je me suis fait eu  dans le cul comme un bleu : j’ai cru, une fois de plus à la publicité mensongère qui proclame haut et fort que chez eux, c’est « l’Info à trois voix », la troisième étant celle des internautes, dont je suis.

Mais non : comme l’écrivait ce matin Marie-Sophie Keller à l’ami Kebra :[2]

« La révolution par les trois voix, c’est en terme de provenance de l’info, pas de mode d’organisation. »

Pour aller lire le dialogue en question sur leur site : CLIC ! Elle a raison, Marie-Sophie : c’est nous qu’on est cons. Quand Sarkolas-le-Maudit me dit : casse-toi pauv’ con, j’obéis, et à Marie-Sophie aussi, et à Chloé Leprince, et à toute la salle de rédaque.

Si je les fait plus chier que le gang d’identitaires islamophobes, alterophobes et phobes tout court, ben je me casse : si je suis plus indésirable qu’un profanateur de cimetière ou d’un autre qui écrit qu’ils faudrait priver les détenus de nourriture pour les calmer (Signé Ouko, Célibataire) ou un ‘Pedro66’ qui souhaite ardemment renvoyer les Sans Papiers raflés tassés dans des charters dont on aurait arraché les sièges… ou que ‘Bardamu’ insulte la mémoire des époux Aubrac en se présentant toujours propre sur lui comme un simple citoyen ‘de droite’ et que la rédaque ne voit pas, parce qu’ils n’ont pas ‘quatre bras’, comme ils disent… et certainement pas non plus quatre cervelles, et encore moins quatre cœurs, sans parler de quatre nez : c’est pas des fins limiers ni des bons truffiers, ah ça non !

Moi, je pense surtout – comme Kebra – que c’est une rédac de notaires. Qu’il n’y a pas de big boss totalement barge comme Jean-François Bizot, par exemple… qu’il n’y a pas de fine équipe. Rue88 est un gratuit jetable et qui en jette : c’est la presse Kleenex qui n’a pas d’opinion, pas de goût, pas d’odeur. Quand ça sent la merde dans la soute, pschittt-pcshittt, comme faisait Chirac : un bon coup de déo et ciao.

Rue88 s’en fout : elle est goudronnée de frais, il ne lui manque plus que les plumes pour faire bon effet.

Rue88 n’est qu’un des petits reflets de ce qui se passe partout ailleurs sur l’internet mercantile : une ville pourrie aux rues jonchées de merde avec des poubelles dégueulantes sans gardiens de la paix, quadrillée par des miliciens de Darnand ivres de haine traquant l’Étoile Jaune, avec Philippe Henriot à fond à la radio.

***

Dans la Rue88, il ne faut surtout pas faire ce genre de parallèles : on vous saute tout de suite sur le paletot, et même pour moins que ça… Pourtant, je persiste : les fascistes actuels n’ont fait que remplacer l’antijudaïsme par l’islamophobie et le bolchevique exécré par une tarnacoise de la Cellule Invisible. L’histoire se répète alors que les cendres des fascismes du siècle mort sont encore chaudes…

***

Cet après-midi, j’ai reçu dans mon atelier monsieur Francisco, son fils Jean-Claude qui est un bon copain, accompagné de sa fille : trois générations. Monsieur Francisco a vécu la guerre civile espagnole et il veut raconter ce qu’il a vu : il en est très marqué. Comme Lucie Aubrac et d’autres Résistants, il veut transmettre sa mémoire : je me suis proposé de les recueillir et de les transcrire, pour les publier ensuite, sur le papier et sur le Net.

En quelques petites phrases, ses yeux clairs plantés dans les miens, j’ai réalisé combien il était important de dire l’indicible, de l’écrire et de l’offrir à la lecture publique : ce qu’il a vu dans les jarres d’huile trouvées par les Républicains dans un couvent aux nonnes presque toutes enceintes, dépasse l’entendement et se doit d’être brandi, puis projeté comme un brûlot à la face des ignorants qui ne réalisent pas à quel point le danger est grand de laisser parler les fascistes de notre temps.

Rue88 les laisse agir librement : c’est leur petite affaire, leur boutique, leur fond de commerce. Leur responsabilité. Leur choix. Pas le mien ! 

cyp
en ligne(s) et à l’œil
« compte supprimé 24 »

*** 

Merci à G2G pour sa trouvaille : Rue88 ! Five points.

 

  1. Lire le billet lié « À la Rue » []
  2. Note Venue Du Futur : Kebra le « bisounours killa » , qui n’est plus du tout mon ami depuis bien longtemps. []
Publié dans Pilotique, Spectacle, Trollogie, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , | 232 commentaires
Aller à la barre d’outils