Archives par tag : mécanique

monstre

Illustration © Pierre Auclerc 2012

 

la montre s’exhibe et roule des mécaniques
toquée d’elle-même, c’est la toquante
insensible à tout
fors au temps
connement mécanique
faux rubis


rien que du toc
*

e la nave va… 

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coucou

Illustration © Pierre Auclerc 2012

 

le coucou est une sale bête dotée
d’une bizarre mécanique au dedans
il cherche la petite bête pour mieux la dénicher
passant son temps à recopier le temps qui passe
et en faire de son bec des aiguilles
bayant aux corneilles à dix heures dix
tic et tac, complètement toqué

coucou le monde
*

 

e la nave va

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Sur le pied de grue

Cliché Lespinard 1913 - l'aviateur Jules Védrines à Prayssac (Lot) - Collection M. Mayssal ©

Une bien belle invention que l’avion : son doux ronron passant au dessus de nos maisons est bien plus harmonieux que le glapissement des grues cendrées. Et puis les avions pérégrinent à toutes saisons, rugissant gaiement des turbines et réjouissant nos cœurs et nos tympans ; et non pas seulement deux malheureuses fois l’an tels ces vils migrateurs trompettants, battant de l’aile.

Et point de fientes immondes : l’avion n’excrète que de très proprettes bombinettes, qu’il largue droit dans l’ mille au commandement des Nations Unies, pour punir rien que les gros méchants. La grue cendrée conchie pareillement les innocents dont elle bousille irrémédiablement les fringues chics.

Une belle salope, la grue cendrée ; interdite de survol au dessus de l’Élysée, ça va sans dire.

***

C’est pas tout ça, mais il y a les actualités. La foule me reproche souvent de ne pas assez en parler. Les grues cendrées, qui s’en soucie encore ? le monde entier roupille quand elles passent les frontières de l’espace Schengen en douce, déjà. Mais le monde entier se fout aussi de pas mal de choses : la dernière tenue de Chaaaaarlène et les retards de livraison du dernier produit de la marque Apple® l’occupent énormément, ainsi que de faire la Révolution en cliquant frénétiquement du bouton gauche de la souris sur les forums.

Or donc la France est partie en croisade contre le vil sarrazin en Libye avec ses beaux avions excrétant leur bombes astiquées exactement là où il faut, faisant couler le sang impur dans nos sillons sans que la moindre goutte éclabousse nos fils et nos compagnes. Cette nouvelle guerre a d’ores et déjà généré un nombre considérable de clics gauches dans l’opinion ; presque autant que le dernier chapeau de Chaaaaarlène, mais moins que le dernier produit de la marque Apple®, dont les sectateurs en manque se dessèchent à vue d’œil en faisant le pied de grue devant les rayons désespérément vides des magasins dédiés.

Ah et puis il y a les actualités politiques : la démocratie se porte bien, je vous assure. Elle va bientôt envoyer des grues aux japonais atomisés pour la reconstruction, à la satisfaction générale des clics de souris.

 

cliquez dans l’image pour lire la vidéo

 

Ce billet est dédié à tous les pauvres travailleurs exilés népalais, indiens, philippins et compagnie, qui se retrouvent abandonnés de tous, au beau milieu des croisades pétrolières.

E la nave va…

 

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Durable, Duravel et 203

Reliques des trois saints de Duravel (Lot) : Agathon, Hilarion et Poemon - © Pierre auclerc 2010Bien mille ans que ça dure à Duravel.[1] Chaque lustre depuis, on les aère en ostention et puis on les recolle dans la crypte : increvables cadavres trimbalés à dos de moines de Palestine jusque chez les Francs.

On faisait de la belle qualité dans ces temps reculés. Du saint impeccablement desséché au soleil, paré pour l’éternité. Charlemagne ne faisait ramener de Gaza que de la momie de premier choix. De l’ascète ayant longuement pratiqué toutes sortes de macérations au Désert et nourri de figues sèches avec parcimonie.

Ensuite, Charlemagne les distribuait aux abbayes qui se faisaient un max de blé avec les pèlerinages. Tous les patelins rêvaient d’avoir des reliques. Et à Duravel : trois d’un coup, et non des moindres. Le coup de bol. Imaginez le chiffre d’affaires que ça représente, mille ans de bourses pèlerines soigneusement vidées. Combien d’estomacs de moines ça a rempli au cours de ce millénaire ; combien de papes ça a engraissé…

Alors bien sûr, ça ne produit plus autant que jadis, mais tout de même : ces trois inusables anachorètes ramènent encore quelques piécettes à la quête et font vendre de la carte postale. Et pour quasi zéro de coût à l’entretien ; pas question de les virer à la benne.

Les squelettes de saint Hilarion, Agathon et Poémon sont comme la Peugeot 203 : de la belle ouvrage faite pour durer. Bien entretenue, votre Peugeot 203 vous fera de l’usage au moins jusqu’en l’an 3000. Vos descendants vous diront merci.

De nos jours c’est fini : la pénurie de saints frais et durables est totale. Mais on trouve encore assez facilement des 203 pas trop chères, roulantes − et durables − dans les petites annonces.

Il faut opter pour l’excellence afin que ça dure. Pas comme la caille qu’on nous refourgue de nos jours : ne surtout pas croire le gniaf[2] quand il vante l’Excellence avec un grand E en moulinant des bras. Pas plus que pour tout le reste de la camelote qu’il tente chaque jour de nous vendre. L’excellence économique, c’est la 203 et la relique d’ermite sec ; rien d’autre. Allez trouver une caisse aussi robuste que la 203 en 2010 : que dalle. Nib. Je ne parle même pas de la piètre qualité des momies actuelles. Y a plus de saints, voyez-vous. C’est un article qui ne se fait plus. Désolé m’ sieur-dame : le stock est épuisé.

Mais j’ai d’excellents pantins gonflables made in India en promotion. Vraiment pas chers. Ils vous feront pas mille ans, bien sûr. Mais à ce prix-là on peut pas tout avoir. Un petit investissement qui pourrait vous rapporter gros. Mais pas longtemps. N’oubliez pas de vous carapater avec la caisse avant la Crise, monsieur-dame.

Suivant !

En partant des idées des copains ICI.

E la nave va…

 

  1. Village à quelques bornes de Puycity : CLIC et CLIC. []
  2. Le Convulsé. []
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ACIDE GRAS

Plaque de générateur électrique diesel Franco Tosi - Photo de Sambucus © 2010 Cyp Luraghi pour le tritouillage - Musée des vieilles mécaniques de Cazals (Lot)

Non seulement il n’y en a qu’un fond de carter, mais elle est cradingue et poisseuse comme du brut. Elle ne lubrifie plus rien et elle pue.

La machine vibrionne et du dedans de sa masse métallique s’entendent maints cliquètements, et ça y grince des dents à qui mieux mieux. C’est l’enfer : ça goudronne et calamine contre les parois brûlantes, déformées par la pression. Et au milieu de tout ça le carburant humain se consumant, projeté avec force par les injecteurs dans cette chambre de combustion qu’est notre monde fou.

Un monde avec un vieux fond d’huile cramée en guide d’onguent et de baume émollient : la belle affaire… le plan arnaque sur toute la ligne. Après le Décervelage, le Surenculage. Que des sociétés sans huile dans le moteur, depuis l’aube des clans. Rien que pétarade et ratés, fumée âcre et noirâtre, suie grasse et poussier.

Allez faire frire des patates sans gras dans une poêle : impossible et dégueulasse. Carbonisées dessous et demi-crues sur le dessus. Le gras, c’est la vie. C’est pour ça qu’ils veulent un peuple qui meure en bonne santé, au Palais. Alors ils le font trimer dur pour qu’il maigrisse dur, le populaire. Et ils le font trimer jusqu’à la dernière extrémité : extrême onction pour tous en finale et à la graisse de palme hydrogénée produite par des esclaves dans les plantations des multinationales de l’Empire. Vendue en promo chez les bradeurs de boustiffe au personnel hâve payé au lance-pierres − avec horaires aménagés ça va de soi.

C’est naturel qu’ils disent : l’acide et les plaies dessous et le doux épiderme huileux dessus : comme dans la vinaigrette. Pas question d’émulsion : la mayonnaise, c’est communiste !

Ah putain : c’est beau, le progrès. Con de dieu, que c’est chouette. C’est pour ça que c’est pas près de s’arrêter : on n’arrête pas le progrès. Propulsé par une machine de 280 tonnes[1] il se trémousse en ravageant les petites fleurs sur son passage. Elle n’en a rien à foutre des fleurettes, la machine : elle surencule le monde et ça lui suffit bien.

C’est son seul et unique but. Elle garde le cap, imperturbable, en bouffant tout pour recracher sa pestilence à l’entour.

Quel cap, déjà ?

[roulage de clope et cassage de noix dans la cambuse de la maison de l’Horreur]

E la nave va…

 

  1. C’est le poids de la génératrice Franco Tosi dont la plaque d’entretien illustre ce billet. []
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