Archives par tag : Marrakech

BEN MON COLON !

Illustration : Le Petit Journal 1911 - Tritouillage © Cyp Luraghi 2011

Le Résident est une étrange espèce invasive et colonisatrice qui prolifère actuellement de façon exponentielle, notamment à Marrakech.

Le Résident français au Maroc est à distinguer de notre immigré basique. Pour mémoire, je rappelle que l’immigré est souvent le type qui vide nos poubelles ou construit nos immeubles, dans lesquels il n’habite pas, préférant, probablement par choix, s’entasser à 10 dans 12 m² décorés au plomb et au salpêtre. Non content de payer des impôts en France, l’immigré se permet d’y toucher aussi des prestations sociales.

L’immigré ne s’intègre pas, car il s’obstine à suivre ses archaïques coutumes et se refuse obstinément pour d’obscures raisons à se nourrir de bon porc breton de batterie, ce qui est antipatriotique en diable. C’est dire si c’est un cas désespéré et inassimilable.

En revanche, le Résident fait des efforts. Il a le civisme de racheter de futures ruines pour un prix dérisoire, ce qui permet au couillon de Marrakchi de la médina d’aller se faire construire une jolie cage à poule de béton au bord de la nationale, à seulement 30 minutes à mobylette du centre-ville. Le Résident, lui, est prêt à sacrifier son confort : il doit parfois parcourir des 50, voire 62 mètres entre son véhicule 4X4 et son riad (on me susurre dans l’oreillette que Veolia pense à un réseau de chameaulib, ou même de bourricotlib, beaucoup plus maniable).

L’habitat du Résident est dénommé riad (le terme tendant à désigner actuellement n’importe quelle habitation de néocolon Résident au Maroc). Les premiers arrivés ont fait reconstruire ces maisons dans les règles de l’art et ont pour cela employé des maîtres artisans pour une reconstruction à l’identique. C’était au temps de la préhistoire bobeauf marrakchienne, il y dix ans.

Un jour, un éclair de génie traversa de sa fulgurance le chapeau de brousse d’un Résident (le mâle résident adore arborer le chapeau de brousse sur ensemble de lin, portable vissé à l’oreille et démarche invariablement pressée, qui lui permet de se démarquer du touriste sac à dos et nez au vent, avec lequel il lui répugne d’être confondu). Un éclair de génie, disais-je, qui lui donna l’Idée : la piscine dans le patio. Et c’est ainsi que naquit le style néo-marrakchi de l’an 2000 : déco allégée, murs en tadelakt dans toutes les nuances de beige possible et piscine dans le patio pour le confort des « hôtes ».

Mais que fait donc le Résident à Marrakech ? Le Résident surfe sur le net pour mettre en ligne les photos de son si joli riad, qu’il loue exclusivement à des francaoui de la Métropole. Je résume : à Marrakech, le Résident a des voisins français, des potes français et loue son riad à des Français (en euros payables sur son compte français du fait de la non-convertibilité du dhiram). Lorsqu’il revend, il revend à des Français, parfois par l’intermédiaire d’un notaire français, de toutes façons, en se faisant virer directement le dessous de table sur son compte français en France. Et à des prix français (mais ça, ça me fait plutôt marrer).

Ne me faites pas dire ce que je ne sous-tend pas : le Résident connaît et fréquente même des Marocains. Enfin, un Marocain. Le Résident est super pote avec son poteau Abdel, qu’il a au téléphone plusieurs fois par jour, tellement ils sont copains. D’ailleurs, c’est Abdel qui lui a dégotté sa superbe affaire à un super prix, qui l’a aidé pour les démarches administratives en lui disant à qui et combien il fallait verser de bakchich pour faire avancer les choses, qui connaît de supers artisans aux prix raisonnables, qui s’est occupé de trouver le personnel de maison, bref, Abdel est une perle, toujours disponible dès que Bobeauf a un souci (le Marocain est accueillant, je répète).

Le Résident apporte une véritable valeur ajoutée chez les pauvres et contribue à l’édification des masses. Ainsi, depuis son arrivée, Marrakech se développe. Le bidonvillien, s’il faisait un effort pour se civiliser, pourrait passer ses soirées en bodega (plus à la mode que les boîtes pour Casaoui en goguette) et s’habiller normalement, comme tout le monde, chez Zara.

Mais non ! Ces dangereux continuent à rester planqués dans leur gourbi et à faire de la mobylette en djellaba, au lieu de tripoter les accortes drôlesses qui illuminent la nuit marrakchi. Preuve que ce sont des sauvages et que le Résident a bien raison de continuer à ne fréquenter que ses potes Résidents.

D’où mon étonnement ces derniers jours lorsque je lis ou j’entends que … « euh…si le Résident pouvait se faire un peu plus discret, hein ? » et…euh..comment dire ? … « un peu moins arrogant…euh…plus respectueux des lois en vigueur et du fonctionnement de la société, hein ? » Parce qu’il se pourrait qu’éventuellement, à un moment, le Marocain (bien qu’accueillant) en ait vraiment marre, de tous ces bobeaufs, colons, résidents »…

 

Ce billet est dédié aux employés et touristes qui ont eu le malheur de se trouver au premier étage de l’Argana le 28 avril, ainsi qu’aux Marrakchi expulsés de la médina par le fric des néo colon) [fors les crétins parmi eux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur portefeuille] Et merci à Numérosix pour les bobeaufs.

E la nave va…

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , | 622 commentaires
Aller à la barre d’outils